China Machinery Engineering Corporation (CMEC), entreprise faisant partie des constructeurs de la mine de fer de Mbalam dans l’Est du Cameroun, vient de décrocher un marché de 23,05 milliards de FCFA en vue de la construction de l’immeuble siège de la Douane camerounaise. Selon une décision signée depuis le 16 septembre 2025 par le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, dont EcoMatin a pu obtenir copie, il s’agit d’un marché de gré à gré. Le document révèle que cette procédure exceptionnelle est motivée par l’avis favorable du ministère des Marchés publics.
Mais il faut noter que l’attribution de ce marché fait jaser au sein de l’opinion. Car, la norme en la matière exige un appel à concurrence pour des marchés dont le montant dépasse 100 millions de FCFA. Dans le cas du marché attribué à l’entreprise chinoise CMEC, le montant réglementaire est largement dépassé pour un gré à gré. C’est donc une attribution exceptionnelle du marché public.
En effet, l’article 109 du Code camerounais des marchés publics dispose que, la passation des marchés par la procédure de gré à gré ne peut être sollicitée que, « pour les besoins ne pouvant être satisfaits que par une prestation nécessitant l’emploi d’un brevet d’invention, d’un procédé, d’un savoir-faire, d’une licence ou de droits exclusifs détenus par un seul entrepreneur, un seul prestataire ou un seul fournisseur ».
Cet article indique également que le gré à gré ne peut être sollicité que pour des fournitures, services ou travaux qui complètent ceux ayant fait l’objet d’un premier marché exécuté par le même titulaire. Ceci à la condition que le marché initialement ait été passé selon la procédure d’appel d’offres et que le marché complémentaire qui en découle ne porte que sur des fournitures services ou travaux qui ne figurent pas dans le marché initial conclu, mais qui sont rendus nécessaires, à la suite d’une circonstance imprévue et extérieure aux parties et que ces fournitures, services ou travaux ne peuvent être techniquement ou économiquement séparés du marché principal.
Dans le cas de l’attribution de ce marché public au Chinois CMEC, rien n’indique l’exclusivité dont jouit se prestataire pour qu’’il n’y ait pas un appel à concurrence. La seule raison évoquée est que la Commission centrale de contrôle des marchés des travaux de bâtiment et équipements collectifs du ministère des Marchés publics (Minmap) a donné son quitus le 11 septembre 2025.
Selon le Minmap, l’inflation des procédures dérogatoires (gré à gré) prospère parce que certains maîtres d’ouvrage en profitent pour percevoir des rétrocommissions. De 2011 à 2017, 46% des marchés annuels étaient passés de gré à gré. Mais avec le retour à l’orthodoxie en 2018, à travers une réforme du secteur, l’autorité des marchés publics indique que ce type de marché est passé de 46% à seulement 14%, se rapprochant ainsi de la norme internationale de 10%.



