La nouvelle est tombée comme un couperet. Le 10 octobre, Simon Paley, directeur général de Tradex depuis 2019, a été démis de ses fonctions à l’issue d’une session extraordinaire du Conseil d’administration de l’entreprise. « Le Conseil a unanimement décidé de décharger M. Simon Paley de ses fonctions de directeur général », a sobrement déclaré la société. Ce départ marque la fin de près de cinq ans à la tête de l’entreprise. Officieusement, c’est une « perte de confiance » qui est avancée pour justifier cette décision. Mais que reproche-t-on exactement à Simon Paley ?
Scandale financier
Selon des confidences d’une source du secteur pétrolier, la chute du désormais ex-directeur général de Tradex s’expliquerait par des dysfonctionnements internes qui ont marqué son mandat. En 2022, l’entreprise a été secouée par un vaste scandale de fraude, occasionnant une perte financière estimée à près de 2 milliards de Fcfa. Des indiscrétions évoquent le nom d’un certain Salihou Balarabe, informaticien en poste à Yaoundé et réputé proche du directeur général, accusé d’avoir orchestré ce présumé détournement avec la complicité de plusieurs chefs de stations-service. Si Paley n’a pas été directement incriminé dans cette affaire, sa responsabilité en tant qu’ancien patron du trader est pointée du doigt. La fraude n’aurait été rendue possible apprend-on qu’à la suite d’une décision du directeur Général, de soustraire l’informaticien au contrôle de la direction des systèmes informatiques après une réorganisation de l’organigramme. Alors que l’affaire est toujours pendante devant le Tribunal criminel spécial (TCS), le principal accusé, Salihou, demeure introuvable. « Après enquête, il est acquis que cette fraude n'a été rendue possible que grâce à un certain nombre de décisions prises par le Directeur Général, retirant ledit informaticien du contrôle de la Direction informatique, suite à une révision de l'organigramme. Si l'enquête n'a pas permis d'établir une quelconque culpabilité de la part du DG, elle établit à minima sa responsabilité », souffle notre interlocuteur.
Climat délétère
Un autre fait qui aurait motivé la décision du Conseil concerne la situation interne de l'entreprise. Simon Paley s’est retrouvé sous le feu des critiques, notamment en raison de la dégradation progressive du réseau de stations-service, couplée à la fermeture de certaines boutiques, la perte de clients industriels et commerciaux, ainsi qu’un climat social délétère au sein du personnel, dont plusieurs avantages ont été érodés sous sa direction.
Résultats financiers
A première vue, toute cette situation a prévalu dans la balance, malgré des résultats financiers positifs. Les chiffres régulièrement communiqués par l’entreprise montrent en effet que sous la gestion de Paley, les bénéfices de Tradex sont passés de 7,1 milliards en 2019 pour s’établir à 7,4 milliards l’année suivante avant de chuter à 5,3 milliards en 2021 pour remonter à 11,8 milliards en 2022 et enfin à 14,7 milliards de Fcfa en 2023. De bonnes performances en toute objectivité, même si des sources dignes de foi, nuancent ces résultats. Selon ces dernières, ces résultats ont plus ou moins été tirés par l’incapacité de la Sonara à approvisionner le marché en produits pétroliers suite à l’incendie qui a ravagé ses installations, ce qui a poussé Tradex à pallier l’approvisionnement national d’une part, et d’autre part à la reprise de provisions sur les créances.
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En effet, les provisions, au sein d’une entreprise, représentent des sommes mises en réserve pour couvrir des dépenses ou pertes futures potentielles, liées à des risques tels qu'un contentieux ou un défaut de recouvrement. Elles permettent de lisser l’impact de ces risques sur les résultats, évitant qu’ils ne viennent brusquement dégrader les performances futures. Dans le cas de Tradex, la société avait provisionné un certain montant (non révélé) à cause d’une créance de 50 milliards de Fcfa d’Eneo, jugée difficilement recouvrable sur les exercices 2018 et 2019. Finalement, un règlement avait été trouvé en 2020, et les montants provisionnés, en plus de l'ajustement d’autres dossiers, ont été réintégrés dans les comptes. Ce mécanisme a eu pour effet de gonfler les résultats de l’entreprise sur la période, donnant l’impression d’une performance plus solide qu’elle ne l’était en réalité.
« Il faudrait juste noter que le DG sortant prend les rênes de la société le 13 décembre 2019. Ses chiffres commencent donc en 2020. Il souffre de l'effet Covid-19, mais bénéficie de reprises successives de provisions, lesquelles ont impacté les résultats de son prédécesseur. Pour faire une lecture appropriée des résultats sur sa période (4 ans), il faut tenir compte de l'impossibilité de la Sonara d'approvisionner le marché national. Sans cette conjoncture exceptionnelle et les retours de provisions, le résultat net de Tradex serait amputé de 6 milliards sur les années 2022 et 2023 », fait remarquer notre interlocuteur.
Nommé à la tête de Tradex après avoir passé une douzaine d’années à la SNH notamment comme directeur commercial, Paley est remplacé par Emmanuel Patrick Mvondo, 49 ans. Directeur des affaires juridiques et de la conformité de Tradex depuis 2018, ce juriste chevronné va assurer l’intérim jusqu’à nouvel ordre. Il est appelé à maintenir à la fois les performances de Tradex et sauvegarder l’image de cette entreprise détenue à 54 % par la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH).

