Cinq mois seulement après son lancement commercial en République centrafricaine, Starlink se retrouve au cœur du phénomène pour le moins inattendu de la multiplication de fournisseurs d’accès à Internet opérant en dehors de tout cadre réglementaire. Le 12 août, le ministre de l’Économie numérique, des Postes et des Télécommunications, Roger Andjalandji, a personnellement conduit une opération de démantèlement de cinq sites clandestins à Bangui, notamment à Benzvi, au croisement Marabena, près du lycée de Miskine et dans le quartier Damala, situé à proximité de l’aéroport international de Bangui M’poko.
Sur ces différents sites, les équipes du ministère et de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) ont découvert des installations équipées de terminaux Starlink, proposant au public des services commerciaux d’accès à Internet sans autorisation préalable. Tous ces équipements ont été saisis et les activités immédiatement interrompues, en présence d’un huissier de justice. « Derrière cette opération de démantèlement, il y a le respect de la réglementation. C'est vraiment ça d'abord. On est dans un environnement qu'il faut assainir un peu. Il y a eu un peu de l'anarchie il me semble », a déclaré Roger Andjalandji.
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Le succès de ces activités clandestines tient en grande partie au modèle technologique de Starlink. Contrairement aux infrastructures traditionnelles, qui nécessitent des investissements lourds et des autorisations spécifiques, le service de l’américain SpaceX fonctionne grâce à des kits satellitaires faciles à acquérir et à installer. Une simple antenne, un routeur et un abonnement suffisent pour fournir une connexion haut débit, y compris dans des zones mal couvertes par les réseaux terrestres. Cette simplicité d’usage ouvre cependant la voie à des reventes non autorisées de capacité Internet. Pour Bangui, pourtant, le secteur des télécommunications constitue aujourd’hui l’un des moteurs de l’économie.
Selon les données du marché, les opérateurs mobiles ont généré un chiffre d’affaires cumulé de 69,6 milliards Fcfa en 2025, en hausse de 10,8% sur un an, grâce aux performances d’Orange Centrafrique et de Moov Africa. Les investissements dans les réseaux, les recettes fiscales et la concurrence entre opérateurs pourraient être fragilisés par cet essor d’activités échappant à tout contrôle, drivées par le système permissif de Starlink qui a été évincé l’année dernière d’un pays voisin de la République centrafricaine, le Cameroun, en l’occurrence.
Le gouvernement assure toutefois que son action ne vise ni Starlink, ni l’élargissement de l’accès au numérique. « L'opération ne consiste pas à interdire l'accès internet. Ça, il faut que ça soit bien compris. L'opération consiste à dire qu'il y a aujourd'hui des individus, des opérateurs qui font l'accès à l'internet en toute impunité », insiste le ministre. L’offensive n’en est qu’à ses débuts, assure Roger Andjalandji, qui affirme avoir donné instruction à l’Arcep d’identifier « tous ces points de fourniture de services d’accès internet qui ne sont pas répertoriés dans les lignes de l’autorité de régulation ».
L’opération s’étendra ensuite à l’ensemble du territoire. « Nous sommes en train de répertorier, d'identifier, de localiser tous ces fournisseurs illégaux d'accès internet pour aller les traquer », prévient-il, ajoutant que la campagne « va durer tant qu'on aura identifié des connexions internet non autorisées ». Le paradoxe est que Starlink avait suscité de grands espoirs lors de son lancement officiel le 16 mars 2026, à la suite d’un accord signé le 18 décembre 2025 entre Bangui et SpaceX, la maison mère de Starlink.
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L’entreprise américaine était attendue pour accélérer l’inclusion numérique, notamment dans les zones enclavées où les réseaux terrestres restent limités. Mais l’apparition de réseaux commerciaux non autorisés souligne la nécessité d’adapter rapidement les mécanismes de contrôle à l’ère de l’Internet satellitaire. À ce stade, Starlink n’a pas encore officiellement réagi aux opérations menées par les autorités centrafricaines, ni aux usages détournés de ses équipements sur le marché local.














