La relance de la Société centrafricaine des télécommunications (SOCATEL) entre dans sa phase concrète. Le groupe américain GreenLine Technologies Inc., spécialisé dans l'intégration de systèmes TIC et d'énergie pour les marchés émergents, notamment en Afrique, a officiellement lancé, le 16 juillet à Bangui, le processus de reprise de l'opérateur public, dix mois après la signature d'un mémorandum d'entente (MoU) avec le gouvernement centrafricain à Casablanca (Maroc), en marge de la Table ronde des bailleurs consacrée au Plan national de développement (PND) 2024-2028. Il s'agit de la première retombée majeure de cette rencontre organisée en septembre 2025, à l'issue de laquelle le gouvernement de Faustin-Archange Touadéra avait obtenu 9 milliards de dollars de promesses d'investissement sur les 12 milliards recherchés.
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Le lancement de cette phase opérationnelle a été acté lors d'une audience entre le ministre de l'Économie numérique, des Postes et Télécommunications, Roger Andjalandji, et Max Sicari, vice-président des opérations de GreenLine Technologies Inc. Cette rencontre a permis de valider les premières étapes de mise en œuvre d'un projet présenté comme l'un des principaux leviers de la transformation numérique du pays. L'accord prévoit un investissement global de 150 millions de dollars destiné à remettre sur pied la SOCATEL, confrontée depuis plusieurs années à l'obsolescence de ses infrastructures et à une perte de compétitivité face aux trois opérateurs privés du marché : Orange Centrafrique (46,1 % de parts de marché à mi-2025, selon l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), Moov Africa RCA (39,5 %) et Telecel Centrafrique (14,4 %). L'entreprise publique avait cessé ses activités en 2019.
Programme d’inestissement
Le programme d'investissement de GreenLine s'articule autour de quatre axes. Le premier porte sur la réhabilitation et la modernisation complète des infrastructures et des services de la SOCATEL. Le deuxième vise à renforcer la souveraineté numérique du pays à travers la construction d'un data center de niveau Tier III, capable d'héberger localement les données stratégiques de l'État et des entreprises. Le troisième concerne l'extension de la couverture numérique grâce au déploiement d'un réseau de connectivité à l'échelle nationale. Enfin, le projet ambitionne de générer plusieurs milliers d'emplois directs et indirects, principalement au bénéfice des jeunes.
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Déjà présent dans une dizaine de pays africains dans les domaines des télécommunications, de la cybersécurité et de l'énergie, GreenLine Technologies affiche des ambitions élevées pour la République centrafricaine. L'entreprise entend contribuer à faire du pays un « hub numérique au cœur de l'Afrique », selon son vice-président des opérations. Au-delà de la reprise de la SOCATEL, les discussions entre les deux parties ont également porté sur la digitalisation des services publics, un chantier inscrit dans la stratégie nationale « RCA Numérique 2025-2030 ». Les autorités centrafricaines misent sur cette feuille de route pour accélérer la transformation digitale de l'administration, améliorer l'accès aux services publics et stimuler le développement de l'économie numérique.
Le ministre Roger Andjalandji s'est félicité de la concrétisation rapide des engagements pris à Casablanca, tout en réaffirmant le soutien du gouvernement à ce projet. Les deux parties sont convenues de mettre en place un comité conjoint de pilotage chargé de superviser l'exécution des investissements, de finaliser les accords définitifs de reprise et d'arrêter un calendrier de déploiement.
Un passif lourd
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Pour mémoire, l'État centrafricain n'en est pas à sa première tentative de relancer la SOCATEL. En 2017, le gouvernement avait engagé des discussions avec le magnat camerounais des médias Jean-Pierre Amougou Belinga en vue du rachat de l'entreprise. À l'époque, rien n'avait filtré sur les prétentions financières du milliardaire. Après l'échec de cette opération, les autorités avaient lancé, en 2020, un projet de réhabilitation de la SOCATEL avec le groupe français Global Technologies comme partenaire technique. Cette initiative avait finalement été abandonnée, faute pour le gouvernement de mobiliser les 20 millions d'euros nécessaires au lancement des travaux.
Au moment de son dépôt de bilan, la SOCATEL traînait un lourd passif, avec près de 500 millions de FCFA de dettes bancaires auprès des établissements de crédit centrafricains, auxquels s'ajoutait une dette sociale jamais officiellement chiffrée, mais réputée considérable. En reprenant l'opérateur historique, GreenLine Technologies n'acquiert donc pas seulement une licence d'exploitation et des infrastructures, largement obsolètes. Le groupe américain hérite également d'un passif financier qui pèsera sur la rentabilité du projet durant ses premières années.
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Par ailleurs, GreenLine est loin de débarquer sur un marché vierge. Les trois opérateurs déjà présents, renforcés par l'arrivée récente de Starlink, ont accéléré le déploiement de la 4G à Bangui et dans plusieurs villes de l'intérieur, intensifiant la concurrence sur les segments les plus solvables.Pour autant, le potentiel de croissance demeure important. Avec un taux de pénétration de la téléphonie mobile limité à 38,1 % au 31 décembre 2025, la République centrafricaine reste l'un des marchés les moins équipés de la sous-région. Le marché des données affiche également une dynamique favorable : le taux de pénétration de l'internet est passé de 15,5 % fin 2024 à 30 % fin 2025, selon les statistiques publiées en mai dernier par l'Autorité de régulation.
Autrement dit, si GreenLine devra absorber un lourd passif et faire face à une concurrence déjà bien installée, le groupe pourra s'appuyer sur un marché encore largement sous-exploité. Dans un pays où la faible couverture numérique constitue autant un retard à combler qu'un important gisement de croissance, l'entreprise compte également capitaliser sur son expertise en cybersécurité, en transformation numérique et en solutions énergétiques pour asseoir durablement sa présence.









