En République centrafricaine, l’inauguration, le 15 janvier 2024, du réseau à fibre optique d’un linéaire de 1200 kilomètres synonyme de la connexion du pays au haut débit, avait charrié de grosses attentes en termes d’amélioration de la qualité du service et de compétitivité prix. Le président de la République, Faustin Archange Touadera, qui plastronnait presque du fait de cette « avancée technologique » lancera, euphorique, que celle-ci allait contribuer à la diversification de l’économie numérique, promouvoir des services en matière de technologie de l’information et de la communication. Il faut préciser que le chef de l’Etat avait promis peu de temps avant de faire de la digitalisation un pilier de l’économie centrafricaine. Seulement, 10 mois après, non seulement la fracture numérique est loin d’avoir été réduite, le secteur des télécommunications restent marqué par ses problèmes structurels : une mauvaise qualité du service, une régulation défaillante…combinées aux coûts élevés des produits et services.
Ce dernier facteur est régulièrement à l’origine de manifestations chez les utilisateurs, qui dénoncent une entente tacite entre les trois opérateurs de téléphonie mobile en activité dans le pays, à savoir Telecel, Moov Africa et Orange, pour maintenir les services de télécommunications hors de prix du Centrafricain moyen. Le gouvernement semble enfin prendre le problème à bras le corps. Le 04 octobre, l'Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep) a lancé un avis à manifestation d'intérêt pour la réalisation d'un audit des coûts des produits et services sur les réseaux des opérateurs. L’opération concerne tous les titulaires d'une licence d'établissement et d'exploitation des réseaux de communications électroniques ouverts au public en République centrafricaine, en l'occurrence ceux qui interviennent sur les marchés de téléphonie fixe, de téléphonie mobile ainsi que le gestionnaire des infrastructures à large bande.
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Le mandat du consultant est clair : « auditer les coûts sur les réseaux des opérateurs de téléphonie fixe et mobile ainsi que celui de l'opérateur d'infrastructure à fibre optique [MTN Bahobab, Ndlr] et proposer un modèle de régulation des marchés de gros (interconnexion et accès) tout en tenant compte du pouvoir d'achat des consommateurs, des intérêts des opérateurs et de sécuriser les contributions du secteur au budget de l'Etat ». Par cet audit en téléchargement, l’Arcep tente de sortir de sa torpeur, elle que la société civile centrafricaine accuse trop souvent de rester « impuissante face aux sociétés de télécommunications qui se font du beurre dans le dos des consommateurs ».
Mises en demeure
En réalité, si cette structure étatique dispose d’un cadre juridique approprié et d’une compétence pour défendre les intérêts des consommateurs, les équipements de contrôle efficaces pour confronter les données fournies par les opérateurs télécoms lui font cruellement défaut. « C’est un manque à gagner pour l’Etat et pour les consommateurs livrés à eux-mêmes. Même si l’Arcep fait des mises en demeure régulièrement, aucune amélioration n’est observée au niveau des consommateurs. A tel point qu’on ignore même l’existence du régulateur », décriait dans une interview accordée à EcoMatin en février dernier, le coordonnateur de la Plateforme des acteurs pour la défense des droits numériques, Fridolin Ngoulou.
Ce journaliste soutenait qu’en RCA, l’internet reste un produit de luxe au lieu d’être un outil de travail. « Le coût des data mobiles restent trop élevés. Exemple : 1 Go se vend à 2.650 FCFA, 8 Go à 15.900 FCFA, 12 Go à 21.200 FCFA par mois, la taxe de 7% y compris. En plus d’être coûteux, les data d’un mois n’arrivent jamais à couvrir deux semaines. Donc, il faut doubler ou tripler son budget. Sachant qu’un Centrafricain lambda vit avec environ 1 dollar par jour, il faut avoir des moyens financiers conséquents pour maintenir sa présence en ligne », ajoutait celui qui officie désormais à la présidence de la République en qualité de directeur de la presse présidentielle. Pour mémoire, la Centrafrique est réputée pour pratiquer les prix plus élevés en matière de télécommunications au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).








