Un pan entier du patrimoine hôtelier, gastronomique et touristique de Port-Gentil vient de s’effondrer. Par décision rendue le mardi 9 juin 2026, le Tribunal de Première Instance de la ville a prononcé la liquidation des biens de la société « S.A. Mandji Loisirs ». Fondée au capital de 10 000 000 FCFA, l'entreprise phare tire définitivement son rideau.
Dans le cadre de cette procédure collective à bref délai, le tribunal a désigné Maître Joseph Chaslerie en qualité de liquidateur officiel. L'ensemble des créanciers est désormais invité à produire l'état de leurs créances auprès de son étude à Port-Gentil, afin de fixer l'apurement du passif.
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Pendant 53 ans, Mandji Loisirs a constitué le poumon social de la cité mariale. À travers ses enseignes mythiques comme le Café du Wharf, le Masséna, le Masséna Beach ou encore le Rétro, la structure a accueilli des générations de Port-Gentillais, de visiteurs de passage et de personnalités de premier plan. Le Café du Wharf, véritable carte postale centenaire de la ville, s'imposait comme un point de ralliement incontournable. Au-delà de sa renommée touristique, l'entreprise assurait le pain quotidien de dizaines de familles locales employées au sein du groupe.
Le poids fatal des impayés institutionnels
L'origine de cette faillite retentissante réside dans une ardoise financière colossale laissée par des partenaires publics. En août 2025, alors que le climat social se détériorait en raison des arriérés de salaires et de cotisations sociales, la fondatrice et dirigeante emblématique de l'enseigne, l’Italienne Amélie Frittoli, avait été admise en urgence dans un centre hospitalier sous assistance respiratoire.
Depuis son lit d'hôpital, elle avait dénoncé la cause directe de son asphyxie financière : près de 300 millions de FCFA d'impayés cumulés par la mairie de Port-Gentil, le Conseil départemental de Bendjé, la Marine nationale et le ministère de l'Éducation nationale. Ces prestations de service honorées mais jamais réglées ont fini par ruiner la trésorerie de l'entreprise et miner la santé de sa dirigeante.
Arrivée sur les rives de Mandj'Imbwiri au début des années 1970, Amélie Frittoli s'était consacrée pendant plus de cinq décennies au rayonnement de sa ville d'adoption. Saluée par les autorités locales comme un « pilier de la communauté » et un « exemple vivant de ténacité », la restauratrice s'est éteinte en début d’année en laissant derrière elle des collaborateurs désemparés. Réunis devant les établissements désormais clos, les employés du Café du Wharf et du Masséna font face à la précarité, impuissants devant la disparition d'un fleuron gâté par l'indifférence de ses plus prestigieux créanciers.
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