A l'arrêt depuis 2019, le projet d’aménagement hydroélectrique du barrage de Bini à Warak, dans la région de l’Adamaoua au Cameroun, n’a toujours pas repris sept ans plus tard, malgré la signature d’un accord avec le britannique Savannah Energy pour achever le chantier. « Dans l’optique de préparer l'accord de développement conjoint avec ce nouveau développeur, le gouvernement envisage de recruter un consultant avec une expertise avérée, susceptible de conduire un audit technique et financier du projet, afin de vérifier l'ensemble des activités réalisées, leurs livrables et les montants investis », indique un avis de sollicitation à manifestation d’intérêt lancé le 31 mars 2026 par le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba.
Pourquoi l’audit ?
L’audit financier se justifie principalement par l’évolution opaque des coûts du projet. Il faut souligner que le gouvernement camerounais avait signé, dès février 2013, un contrat de type EPC (clés en main) avec l'entreprise chinoise Sinohydro Corporation Limited pour la conception et la mise en service de l'infrastructure. En 2017, un accord de prêt de 182 milliards de FCFA avait été conclu avec la banque chinoise ICBC. Si les travaux préparatoires (installation du chantier, excavations et voies d'accès) ont été achevés en 2018 grâce à un préfinancement estimé à 20 milliards de FCFA par Sinohydro mais sans évaluation rigoureuse, le chantier a été brutalement interrompu deux ans plus tard sans une visibilité du niveau d’avancement du projet. En cause, « la banque est une banque commerciale. Elle estime que le Cameroun s'est engagé avec une autre banque, c'est pour cette raison qu'elle a suspendu le financement », expliquait Gaston Eloundou Essomba face aux parlementaires lors de la session de novembre 2021.
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Par ailleurs, la passation du projet à Savannah Energy en avril 2023 a entraîné un changement stratégique de bailleurs de fonds, sans aucune précision de la contribution de chacun. La Banque mondiale (BM) et la Banque islamique de développement (BID) ont remplacé Industrial and Commercial Bank of China (ICBC). À cette époque, Gaston Eloundou Essomba se voulait rassurant quant à la disponibilité des fonds. Autre fait marquant, Savannah Energy a annoncé en février 2024 avoir « reconfiguré les capacités prévisionnelles de production qui étaient initialement de 75 MW en les portant à 95 MW ».
En marge du salon Promote 2024, Joseph Pagop Noupoué, président du Conseil d’administration de Savannah Energy Plc, précisait que le gouvernement avait validé cette proposition visant non seulement à accroître la capacité de l’infrastructure, mais aussi à intégrer un modèle mixte associant le solaire à l’hydraulique. Cette reconfiguration devrait logiquement engendrer des coûts supplémentaires qu’il importe de savoir avec exactitude, alors que les estimations divergent déjà selon les sources : si le rapport annexé à la loi de finances 2024 table sur 178,286 milliards FCFA, le Projet d'investissement prioritaire (PIP) du ministère de l'Économie prévoit désormais 213 milliards FCFA. A ce stade, il n'est n'existe donc pas de données fiables ni sur le taux d'exécution du projet, ni sur les montants effectivement débloqués encore moins, le coût définitif de construction de l'ouvrage.
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Une fois exécuté, le projet devrait augmenter de plus de 50 % la capacité actuelle du réseau électrique des trois régions septentrionales (Adamaoua, Nord et Extrême-Nord). Toutefois, bien que le redémarrage ait été annoncé pour 2025, l'incertitude plane, car la sélection du consultant et la réalisation de l’audit technique et financier pourraient considérablement retarder le calendrier, alors que l’adjudicataire prévoyait la livraison des premiers mégawatts entre 2027 et 2028.
Consistance des travaux
Concernant la consistance de l’audit, les travaux techniques porteront sur « la vérification de l'exécution des activités du projet réalisées à ce jour, et examiner la cohérence de ces dernières avec les contrats passés et les cahiers de charge du Projet. Ces activités devront inclure notamment les études et les travaux réalisés, etc. ».
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Sur le plan financier, le consultant devra exprimer une opinion professionnelle sur la situation globale du projet, incluant « la vérification des montants investis et la cohérence de ces derniers avec les cahiers des charges du Projet et les bordereaux de prix correspondants ; la vérification et la validation de l'ensemble des factures des prestations et travaux enregistrés et introduites en paiement auprès de la Banque ICBC ou du Gouvernement du Cameroun selon le cas ; ainsi que l'établissement de la situation du service de la dette et des fonds de contrepartie engagés », précise le Minee.
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