Comme à l’Assemblée nationale plus tôt dans la matinée, la session de juin au Sénat s’est ouverte hier, 11 juin, sous un concert de félicitations à l’endroit du président de la République, Paul Biya, pour la « brillante » célébration de la 52e édition de la fête de l’unité et sa victoire diplomatique consacrée par l’élection du Cameroun et, notamment, de l’ancien Premier ministre Philemon Yang à la présidence de la 79e Assemblée générale de l’Onu. L’un des sujets les plus attendus des 30 prochains jours de travaux des sénateurs, a trait à l’organisation du débat d’orientation budgétaire, activité majeure d’introduction récente dans les usages législatifs du Cameroun. Cette plénière qui sera organisée pour la quatrième fois dans cette institution permet en effet aux parlementaires d’intervenir en amont de l’élaboration du cadrage macroéconomique pour l’exercice budgétaire suivant. Les autres sujets subsidiaires pourraient tourner autour des échéances électorales de l’année 2025, le Parlement des enfants, etc.
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Outre ces enjeux, la session de juin s’ouvre sur fond de crise au Sénat, crise marquée par des soupçons de malversations financières dans l’administration de la chambre haute du Parlement. En effet, un audit de gestion commandé par le bureau de la cette institution a conclu il y a environ trois mois sur un scandale de détournement de deniers publics qui ne dit pas son nom. Sur la période allant de fin octobre 2023 à février 2024, révèle cet audit, un trou de 1 à 3 milliards Fcfa a été découvert dans les caisses de l’institution. Comme nous le soulignions le 29 mai, l’argent s’est évaporé en l’absence du président du bureau de la chambre, Marcel Niat Njifenji, en évacuation sanitaire à l’étranger durant les trois mois auxquels la commission d’enquête présidée par le vice-président Robert Nkili et dans laquelle l’on retrouvait tous les questeurs a circonscrit ses investigations. Cette commission qui a siégé pendant 10 jours a auditionné, outre l’administration, tous les responsables des services financiers du Sénat.
Et sur la base du rapport de cette instance, formalités administratives obligent, une demande d’explications a été servie à un proche parmi les proches collaborateurs du président de la chambre. Ce dernier a écopé d’une mise à pied de 10 jours, avant de reprendre discrètement du service début juin, après avoir, selon nos informations, présenté des excuses à Marcel Niat Njifenji. Outre ce haut responsable qui bénéficie d’une délégation de signature depuis la mise en congé prolongé du titulaire du poste, le secrétaire général Michel Meva’a Meboutou, qui, en raison de ses ennuis de santé a été déclaré en incapacité de travailler depuis un an, les services financiers, scellés pendant 10 jours, ont rouvert au même moment comme si de rien n’était.
Niat Njifenji : « je suis toujours là »
Tout semble être fait pour sauver les apparences, mais il n’y a pas de doute que ce dossier va hanter cette session de juin. Relativement à l’affaire du présumé détournement de 3 milliards de Fcfa, Niat Njifenji a indiqué à l'ouverture de la session que les valeurs morales et l'éthique seront préservées au Sénat : « Je tenais à faire ce discours pour dire que je suis là. Des choses se disent mais je suis toujours là. Je voudrais rassurer les Sénateurs que les valeurs morales et l'éthique seront préservées. La maladie passera mais le Cameroun restera ». Les élus du peuple que sont les sénateurs, dont l’activité pendant ces 30 jours va être particulièrement scrutée par l’opinion, sont pratiquement mis en demeure d’agir pour éviter que ce scandale soit passé sous silence. Au terme de l’examen du rapport produit par la commission d’audit susmentionnée, il était logiquement attendu une réunion du bureau qui devait décider du sort de ceux par qui ce scandale est arrivé. Il faut dire qu’en l’état actuel de la législation, ni le Contrôle de discipline budgétaire et financière (Cdbf) du Contrôle supérieur de l’Etat, ni la Commission nationale anticorruption (Conac), encore moins la Chambre des comptes de la Cour suprême, ne peuvent s’inviter au Sénat sans avoir formellement été saisis par le bureau de cette chambre.








