En janvier 2025, la République centrafricaine célébrait la découverte d’un diamant exceptionnel, estimé à plus de 5 millions de dollars, soit un peu plus de 2,8 milliards Fcfa. Quelques semaines après la levée de l’embargo total imposé par le Processus de Kimberley sur les exportations de diamants bruts centrafricains intervenue en novembre 2024, cette trouvaille médiatisée en grande pompe par les autorités devait incarner la relance d’une filière stratégique, longtemps asphyxiée par les conflits et la contrebande. 10 mois plus tard, le joyau aurait disparu, sans trace ni explication officielle. Selon une enquête de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, en anglais Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), le contrat de vente initialement conclu avec un négociant sud-africain agréé aurait été annulé in extremis, sans raison officielle. L’ONG suisse y voit la main des Russes du groupe Wagner, acteur militaire et économique omniprésent en Centrafrique. Depuis, aucune trace de la pierre n’a été retrouvée, ni dans les registres d’exportation, ni dans les circuits commerciaux légaux.
Contactée par EcoMatin, une source à la présidence centrafricaine a réagi avec prudence à ces accusations. « C’est à cette ONG d’apporter les preuves. À défaut, elle prêche le faux pour avoir le vrai », a déclaré un responsable de la presse présidentielle, minimisant la portée du rapport du GI-TOC.
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Cette disparition embarrassante survient dans un contexte où, malgré un sous-sol riche, le secteur minier reste marginal dans l’économie. Selon la Banque de France, entre 2018 et 2022, la contribution combinée du secteur industriel, dont le minier, s’élevait à seulement 17% du PIB. Ce contraste illustre la faible capacité du pays à transformer son potentiel géologique en véritable moteur de développement. Pour Bangui, le diamant devait symboliser la fin de 10 années d’isolement et la reconquête de la souveraineté économique. Mais le rêve pourrait être de courte durée. Ce balbutiement met en lumière un système captif, où les ressources naturelles demeurent un levier de rente pour des acteurs militaires, politiques et économiques dont les intérêts dépassent largement les frontières nationales. Les chercheurs du GI-TOC décrivent une économie de prédation consolidée depuis l’entrée en scène de Wagner en 2020, officiellement pour soutenir le régime contre les groupes rebelles.
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En réalité, la société paramilitaire russe a progressivement transformé son influence sécuritaire en contrôle direct des gisements d’or et de diamants, via des concessions opaques et des sociétés écrans. Selon l’ONG, certaines mines, à l’instar de Ndassima, peuvent générer jusqu’à 100 millions de dollars par an, sans qu’aucune donnée officielle ne soit déclarée par l’État. Cette situation est loin d’être l’apanage du diamant. Un rapport national du secrétariat technique de l’ITIE, produit sous la supervision du ministre coordonnateur national Robert Moïdokana et publié en février 2025 révèle que, sur les 19 sociétés minières retenues dans le périmètre de la conciliation, seules trois ont soumis leur formulaire de déclaration à l’Etat. Le rapport pointe directement les sociétés russes sous contrôle de Wagner, qui exploitent depuis 2019 la mine d’uranium de Bakouma (Est) et la mine d’or de Ndassima (Centre), et qui refusent de se soumettre à la réglementation.
Dans plusieurs régions minières, écrit GI-TOC, « les autorités locales dénoncent une confiscation des richesses au profit de réseaux transnationaux mêlant militaires, hommes d’affaires et fonctionnaires ». Le rapport évoque aussi le rôle croissant du Rwanda, qui, à travers des partenariats économiques et sécuritaires, étend son empreinte sur les zones minières stratégiques du pays. Cette situation met aussi en évidence l’imperfection des dispositifs supranationaux de contrôle. Malgré les sanctions et les dispositifs de certification, le commerce des pierres précieuses centrafricaines continue d’échapper à tout contrôle. L’absence de traçabilité et la porosité entre circuits formels et informels font de la RCA l’un des maillons les plus vulnérables du marché mondial des diamants. De l’aveu même du gouvernement centrafricain, plus de 75% des pierre précieuses extraites échappent à la comptabilité publique, soulignant l’ampleur des circuits parallèles et l’échec des mécanismes de régulation.
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Au-delà du symbole, la disparition du diamant de 177 carats, si elle se confirme, révélerait l’échec d’un modèle extractif incapable de profiter à la population. Dans un pays où plus de 70% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, les promesses de la « relance minière » se heurtent à une réalité brutale : un État dépossédé de ses ressources, d’une élite compromise, et d’une économie nationale mise sous tutelle par des intérêts étrangers.
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