Vous êtes journaliste de formation, auteure, et aujourd'hui Directrice Exécutive RSE du Groupe Orange. Comment une femme de médias devient-elle la conscience environnementale d'un géant des télécommunications ?
Mon engagement pour les questions environnementales remonte à ma carrière de journaliste. Pendant des années, j’ai réalisé des reportages sur le terrain qui m’ont permis de constater à quel point les effets du changement climatique étaient déjà visibles, alors même que beaucoup continuent de penser qu’il s’agit d’un problème lointain. En réalité, les conséquences sont déjà là et touchent directement les populations. Il y a ensuite eu un second déclic lorsque j’étais administratrice d’Action contre la Faim. Nous constations une augmentation du nombre de bénéficiaires affectés par des phénomènes climatiques extrêmes comme les inondations, sécheresses, pertes de récoltes. Cela m’a fait comprendre que le changement climatique n’était pas seulement un enjeu environnemental, mais aussi un enjeu social, économique et humanitaire.
Enfin, cette prise de conscience est aussi très personnelle. À Yaoundé, dans le quartier Essos où se trouve ma maison familiale, un glissement de terrain a détruit notre mur de clôture et entièrement emporté la maison voisine. À quelques mètres près, ma mère aurait pu être directement touchée. Plus récemment, nous avons vu des catastrophes similaires à Dschang, à Madagascar ou dans d’autres régions du continent. Ces événements ne sont pas le fruit du hasard ; ils sont liés à des dérèglements climatiques de plus en plus fréquents.
Mon engagement pour les questions environnementales remonte à ma carrière de journaliste. Pendant des années, j’ai réalisé des reportages sur le terrain qui m’ont permis de constater à quel point les effets du changement climatique étaient déjà visibles...
Les impacts sont multiples. La dégradation des mangroves, par exemple, réduit les ressources halieutiques et fragilise les revenus de nombreuses communautés. Derrière les questions environnementales se cachent donc des enjeux très concrets de développement, d’emploi et de sécurité alimentaire. Pour moi, la question n’est plus de savoir si nous devons agir, mais comment agir. L’Afrique est un continent jeune. Au Cameroun comme ailleurs, nous avons une responsabilité collective : quel héritage laisserons-nous aux générations qui arrivent si nous ne prenons pas dès aujourd’hui les mesures nécessaires pour préserver notre environnement ?
Vous avez grandi au Cameroun, vous y êtes de retour pour la Journée mondiale de l'Environnement. Qu'est-ce que ce pays représente pour vous aujourd'hui, au-delà du cadre professionnel ?
Le Cameroun représente beaucoup plus qu’un pays où je me rends pour travailler. C’est le pays de mes racines, celui où j’ai grandi et où se trouvent ma famille, mes souvenirs d’enfance et une partie importante de mon histoire personnelle. J’y reviens très régulièrement, aussi bien pour des raisons professionnelles que pour passer du temps avec mes proches. J’ai toujours tenu à transmettre cet attachement à mes enfants : je les emmène au Cameroun depuis leur plus jeune âge afin qu’ils connaissent leurs origines, leur culture et leur pays. J’ai également choisi d’y investir personnellement en construisant une maison à Kribi, une ville qui me tient particulièrement à cœur. C’est un lieu où j’aime me ressourcer, mais aussi un endroit qui me permet d’observer concrètement les transformations de notre environnement. Lorsque j’ai acheté mon terrain il y a une vingtaine d’années, la plage était beaucoup plus éloignée. Aujourd’hui, la mer a considérablement avancé et le trait de côte a reculé de plusieurs dizaines de mètres.
Cette évolution m’a profondément marquée. Elle rappelle que les effets du changement climatique ne sont pas des projections théoriques ou des phénomènes réservés à d’autres régions du monde. Ils sont visibles ici, au Cameroun, dans des lieux que nous connaissons et auxquels nous sommes attachés. C’est aussi pour cela que les questions environnementales me touchent autant. Elles concernent directement notre cadre de vie, notre patrimoine et l’avenir des générations futures.
Orange est souvent perçu comme un simple opérateur télécom. Quel est le véritable engagement du groupe pour la société de manière générale ?
C’est vrai qu’Orange est souvent perçu comme un opérateur télécom, mais notre rôle va bien au-delà de la connectivité. L’impact sociétal fait partie intégrante de notre mission et c’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont convaincue de rejoindre le Groupe. Lorsque j’étais journaliste pour TV5 Monde et France 24, j’ai parcouru de nombreux pays africains au moment où le numérique commençait à transformer le continent. J’ai pu constater à quel point l’arrivée de la connectivité changeait concrètement la vie des populations, y compris dans les zones les plus reculées.

La connectivité n’est pas une fin en soi. Elle permet l’accès à l’information, à l’éducation, aux services financiers, à la santé et à de nouvelles opportunités économiques. Lorsqu’un village est connecté, les habitants peuvent développer des activités génératrices de revenus, accéder à de nouveaux marchés ou encore utiliser des services de paiement mobile. C’est également dans cette logique que nous développons Orange Énergie, qui propose des solutions solaires en mode "Pay as you go". Dans plusieurs pays, cela permet d’apporter simultanément l’électricité et la connectivité à des populations qui n’avaient accès ni à l’un ni à l’autre.
Nous avons d’ailleurs la capacité de mesurer cet impact. En République démocratique du Congo, par exemple, un programme soutenu par la Banque mondiale nous a permis de suivre les effets de l’électrification et de la connectivité sur les communautés bénéficiaires. Les données montrent notamment une hausse significative de l’activité économique et des transactions réalisées via Orange Money, signe d’une amélioration du niveau de vie des populations.
C’est vrai qu’Orange est souvent perçu comme un opérateur télécom, mais notre rôle va bien au-delà de la connectivité. L’impact sociétal fait partie intégrante de notre mission et c’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont convaincue de rejoindre le Groupe.
Mais nous voulons aller plus loin. L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune du monde. Cette jeunesse représente une formidable opportunité, mais elle est aussi confrontée à des défis importants en matière d’emploi. C’est pourquoi nous avons lancé les Orange Digital Centers, un programme que j’ai le plaisir de piloter. Depuis 2019, plus de cinquante centres ont été ouverts sur le continent, dont six au Cameroun. Ils permettent aux jeunes d’acquérir des compétences numériques, de développer leurs projets entrepreneuriaux et d’améliorer leur employabilité.
Notre action s’étend également à l’autonomisation des femmes à travers les Maisons Digitales et aux initiatives de la Fondation Orange. Car l’inclusion numérique doit s’accompagner d’un accès aux besoins essentiels. C’est pourquoi nous soutenons aussi des projets d’accès à l’eau potable, notamment grâce à des forages alimentés par l’énergie solaire. Au fond, notre ambition est simple : mettre le numérique au service du développement humain et économique des communautés dans lesquelles nous opérons.
L'Afrique est le continent qui contribue le moins aux émissions mondiales de CO2 mais qui en subit le plus les conséquences. Comment Orange, en tant que groupe mondial, intègre-t-il cette injustice climatique dans sa stratégie RSE ?
C'est effectivement l'un des grands paradoxes du continent africain. Chez Orange, cela nous pousse à agir de manière très concrète en Afrique. Notre priorité est d'accélérer la transition énergétique de nos infrastructures. Au Cameroun, par exemple, près de 30 % de nos sites fonctionnent déjà à l'énergie solaire et nous visons 50 % d'ici 2030. À l'échelle du Groupe, nous avons annoncé un doublement de nos capacités de solarisation en Afrique dans les prochaines années.
Nous agissons également sur la préservation des écosystèmes. Au Cameroun, nous participons à la restauration de la mangrove de Djébalé, avec déjà plus de 1,3 million d'arbres plantés. Au-delà du bénéfice environnemental, ces projets contribuent aussi à préserver les ressources halieutiques et à créer des opportunités économiques pour les communautés locales. Notre conviction est que la réponse à l'urgence climatique doit aussi être une opportunité de développement. C'est pourquoi nous soutenons également, à travers nos Orange Digital Centers, des jeunes entrepreneurs qui développent des solutions innovantes dans les domaines de l'environnement, de l'économie circulaire ou encore des énergies renouvelables.
Le numérique est présenté comme un accélérateur de développement, mais les data centers et les réseaux consomment énormément d'énergie. Comment Orange réconcilie-t-il croissance numérique et sobriété environnementale ?
C'est effectivement l'un des grands défis du secteur. Le numérique est un formidable levier de développement, mais il doit aussi être exemplaire sur le plan environnemental. Chez Orange, nous sommes convaincus que croissance numérique et sobriété peuvent aller de pair, à condition d'intégrer cette exigence dès la conception de nos infrastructures et de nos services.
Au Cameroun, près de 30 % de nos sites fonctionnent déjà à l'énergie solaire et nous visons 50 % d'ici 2030. À l'échelle du Groupe, nous avons annoncé un doublement de nos capacités de solarisation en Afrique dans les prochaines années.
Cela passe d'abord par la transition énergétique de nos réseaux et de nos data centers. Nous accélérons la solarisation de nos infrastructures afin de réduire leur dépendance aux énergies fossiles et leur empreinte carbone. Un data center alimenté par des énergies renouvelables est naturellement moins émetteur qu'un centre fonctionnant avec des sources d'énergie conventionnelles. Nous avons également intégré un critère environnemental dans le développement de nos solutions numériques. Chaque nouveau projet fait l'objet d'une évaluation de son empreinte carbone. Lorsqu'une solution s'avère très consommatrice en ressources sans apporter une valeur suffisante, nous pouvons décider de la revoir ou de ne pas la déployer.
Enfin, nous encourageons en interne une utilisation responsable de l'intelligence artificielle et des outils numériques. L'objectif n'est pas seulement d'innover davantage, mais d'innover mieux, en recherchant systématiquement les solutions les plus efficaces et les moins énergivores.













