Une délégation de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) s’est rendue 18 juin dernier à Laléraba, à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, pour observer le fonctionnement du poste de contrôle juxtaposé (PCJ) construit et exploité par Scanning Systems. Cette visite est un prélude à la signature prochaine d’un accord-cadre entre l’organisation sous-régionale et l’entreprise ivoirienne, filiale du groupe TassecInvestment Holdings Company. Selon les informations communiquées par Scanning Systems, les négociations sont à un stade avancé pour la conception, le financement et la réalisation de quatre postes de contrôle juxtaposés uniques pilotes aux frontières du Cameroun, de la République centrafricaine et du Tchad. L’entreprise fait savoir que les études préliminaires de faisabilité ont déjà été conduites et validées par la Commission de la CEMAC. L’enjeu dépasse largement la simple construction d’infrastructures frontalières. Pour les six pays de la CEMAC, il s’agit de s’attaquer à l’un des principaux handicaps qui freinent l’intégration économique régionale, à savoir la lenteur et le coût élevé du transport transfrontalier. Selon la Banque mondiale, les coûts du transport constituent l’un des principaux freins à l’intégration économique de la CEMAC. Dans son Baromètre économique publié fin 2025, l’institution estime que les « coûts de transport excessifs » réduisent la compétitivité de la région et entravent les échanges commerciaux.
Les chiffres avancés sont particulièrement révélateurs. Sur le corridor reliant le Cameroun à la République centrafricaine, un camion de 25 tonnes peut débourser plus de 3 000 dollars (environ 1,8 million Fcfa) pour un aller-retour, alors que les frais officiellement exigibles sont inférieurs à 60 dollars. La Banque mondiale souligne ainsi qu’« un aller-retour est soumis à une série de frais coûteux dépassant 3 000 dollars, même si les frais officiels sont très faibles ». Ces surcoûts sont imputés à la multiplication des contrôles routiers, aux prélèvements informels et aux pratiques de corruption qui alourdissent considérablement le coût du transport. La Banque mondiale considère que cette situation contribue directement à la faiblesse du commerce intrarégional, lequel ne représentait que 5,1% des échanges totaux de la CEMAC entre 2019 et 2021. Les données de l’Observatoire des pratiques anormales de l’Afrique centrale, structure mise en place en 2021 avec l’appui de l’Union européenne dans le but de combattre les tracasseries, extorsions et abus routiers qui entravent le commerce sous-régional, confirment cette réalité. Sur le corridor Douala-Bangui (1 435 km), les transporteurs déclarent payer en moyenne 64 000 Fcfq par trajet, contre 22 941 Fcfa sur l’axe Douala-N’Djamena, pourtant plus long. Rapportés à la distance parcourue, les coûts du corridor vers Bangui sont ainsi jusqu’à quatre fois plus élevés.
Le poids financier de ces pratiques est colossal. Un rapport de 2018, élaboré à l’initiative des syndicats de transporteurs, évaluait à 175 milliards Fcfa par an le montant des pots-de-vin versés sur le corridor Douala-N’Djamena par environ 78 000 camions en activité. Selon les transporteurs interrogés, ce « système de racket institutionnalisé » réduit leurs marges et se répercute inévitablement sur le prix final des marchandises. C’est précisément pour répondre à ces difficultés que la CEMAC s’intéresse au modèle développé par Scanning Systems. À Cinkansé, à la frontière entre le Burkina Faso et le Togo, le poste de contrôle exploité par l’entreprise est devenu une référence régionale. En 2025, près de 400 000 véhicules y ont transité, soit une progression de 20,2% sur un an. Surtout, les délais d’attente sont passés de plusieurs jours à quelques heures seulement. Le groupe dirigé par l’homme d’affairesivoirien Mory Diané a également démontré sa capacité à mobiliser des financements régionaux. À Laléraba, plus de 13 milliards Fcfa ont été levés auprès d’un consortium bancaire comprenant Société Générale Côte d’Ivoire, la Banque nationale d’investissement (BNI) et Ecobank pour financer l’infrastructure mise en service cette année.
« Ce partenariat avec la CEMAC constitue la reconnaissance de plus de deux décennies de travail. Nous avons démontré qu’il était possible de concevoir, financer et exploiter des infrastructures de contrôle frontalier répondant aux meilleurs standards internationaux, en mobilisant des acteurs régionaux et au bénéfice des économies africaines. Le PCJ de Laléraba en est l’illustration concrète, et c’est naturellement ce modèle que nous entendons désormais déployer en Afrique centrale », explique Wilfrid Flottes de Pouzols, directeur général adjoint de Scanning Systems. Pour la CEMAC, la réussite de ces quatre futurs postes de contrôle devrait, à terme, constituer un levier majeur de transformation économique. En réduisant les tracasseries administratives, les contrôles multiples et les délais de passage aux frontières, les autorités espèrent fluidifier les corridors régionaux et stimuler un commerce intracommunautaire qui demeure parmi les plus faibles du continent. Dans le contexte de mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), la modernisation des frontières apparaît comme une condition essentielle pour faire émerger un véritable marché régional en Afrique centrale.






