Le contentieux autour du concours de recrutement des agents d’encadrement supérieur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) connaît un nouveau rebondissement. Le 8 juin 2026, un collectif de 25 anciens lauréats a saisi la Cour de justice de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), à N’Djamena, afin d’obtenir le paiement de droits sociaux et de dommages et intérêts. Le recours rassemble des ressortissants des six pays de la zone dont neuf Tchadiens, quatre Camerounais, quatre Centrafricains, trois Congolais, trois Gabonais et deux Équato-Guinéens. Au moins quatre autres candidats auraient engagé des procédures individuelles, selon une source proche du dossier.
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Les plaignants estiment que l’annulation du concours ne peut effacer les engagements pris par la banque centrale à leur égard. Déclarés admis en avril 2023, ils avaient reçu des lettres individuelles les informant de leur embauche comme stagiaires. Ces documents précisaient que la relation avec la BEAC serait régie par la lettre elle-même, laquelle valait « contrat de travail ». Le stage probatoire, d’une durée de six mois, devait commencer le 5 juin 2023 au Centre de formation et de perfectionnement professionnels de la BEAC, à Yaoundé. Mais le processus a été suspendu quelques jours plus tard, avant d’être définitivement annulé en juillet 2025 par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac).
Plus d’un milliard FCFA par candidat
Jusqu'au moment de cette publication, les candidats indiquent n'avoir pas été officiellement notifié par la Banque centrale. Du coup, dans leur requête, ils évaluent leur préjudice sur la base des revenus qu’ils auraient gagné en travaillant à la BEAC depuis leur embauche jusqu’à l’âge de la retraite. Individuellement, le montant réclamé atteint notamment 1,085 milliard de FCFA au titre des salaires que chacun aurait perçus après le stage, auxquels s’ajoutent des primes de vacances (6,96 millions), des indemnités de départ à la retraite (50,95 millions) et 100 millions de FCFA de dommages et intérêts, soit un total de 1,24 milliard FCFA.
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Appliqué aux 25 membres du collectif, ce mode de calcul porte les demandes à plus de 30 milliards FCFA. « La moyenne d’âge des membres du collectif est de 32 ans. En retenant 60 ans comme âge de départ à la retraite, nous estimons que chacun aurait pu effectuer en moyenne 28 années de carrière au sein de la BEAC. C’est sur cette durée que nous avons calculé une partie de nos réclamations », explique, sous couvert d’anonymat, l’un des requérants. Cette méthode devrait constituer l’un des principaux points de bataille devant la juridiction communautaire. Les lettres d’embauche prévoyaient en effet une intégration définitive uniquement à l’issue d’un stage jugé satisfaisant.
La BEAC pourrait donc contester l’hypothèse d’une carrière entière garantie, tandis que les candidats invoquent une rupture de contrat, une perte de revenus et, pour certains, l’abandon d’un emploi ou d’un parcours professionnel. « Plusieurs d’entre nous avaient déjà changé de vie, démissionné ou pris des dispositions pour s’installer à Yaoundé », affirme l’un des membres du collectif. « Nous n’avons jamais reçu de notification individuelle mettant fin à nos contrats », ajoute-t-il.
Vers une indemnisation au cas par cas ?
Sollicitée par EcoMatin, la BEAC n'a pas souhaité commenter cette procédure. Le cabinet du gouverneur, Yvon Sana Bangui, indique ne pas avoir encore été officiellement notifié par la Cour de justice de la Cemac. Selon plusieurs membres du collectif, la banque centrale leur a toutefois adressé un courriel en juin dernier annonçant le lancement, en septembre 2026, d'un nouveau concours de recrutement des agents d'encadrement supérieur et les invitant à y prendre part. Le message évoquerait également une indemnisation réservée aux anciens lauréats, n’ayant pas été retenus au nouveau concours et en mesure de prouver qu'ils avaient quitté leur précédent emploi pour rejoindre la BEAC.
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Une perspective que les requérants rejettent. « Nous avons déjà passé ce concours, été déclarés admis et reçu des contrats. Nous ne souhaitons pas recommencer toute la procédure ».
Un concours controversé
Lancé à la fin de 2021, le recrutement visait au départ 45 agents. Plus de 10 000 candidatures avaient été enregistrées. À l'issue des différentes épreuves, une liste de 66 candidats admis avait été publiée le 5 avril 2023. Le processus avait, toutefois, suscité de fortes tensions entre l’ancienne direction de la BEAC et les ministres des Finances de la Cemac. Ceux-ci avaient contesté les résultats et obtenu la suspension du processus, avant de demander un audit indépendant.
Confié au cabinet RSM France, cet examen avait relevé des failles dans la présélection des candidats, le déroulement des épreuves et l’établissement des listes finales. Il avait notamment conclu que le processus ne garantissait pas que les meilleurs candidats aient été retenus. En juillet 2025, le Comité ministériel de l’Umac avait finalement annulé le concours « afin de préserver la crédibilité et l’image de l’institution », tout en demandant au gouverneur de lancer une nouvelle procédure.
Affaire à suivre…









