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Politiques Publiques

Discours de fin d’année au Cameroun : ce que Paul Biya va dire à la Nation ce 31 décembre 2025

Grands projets jamais démarrés ou en retard, politique de promotion de la Femme, gouvernance, calendrier du secteur minier, cohésion gouvernementale, crise sécuritaire persistante,…La rédaction de EcoMatin a identifié les problématiques majeures qui ne pourraient échapper à l’ossature de l’intervention du Chef de l’Etat camerounais nouvellement élu.

Publiée mercredi 31 décembre 2025 à 18:11:13Modifiée mercredi 31 décembre 2025 à 18:29:40Temps de lecture 9 minPar Marius Zogo

Légende : Paul Biya, chef de l’Etat camerounais
Légende : Paul Biya, chef de l’Etat camerounais

Ce 31 décembre 2025, le Chef de l’État camerounais, Paul Biya, sacrifiera à la traditionnelle adresse à la Nation. Ce message revêt une importance historique : il s'agit du 44e discours de fin d'année depuis son accession à la magistrature suprême le 6 novembre 1982, mais surtout du tout premier de son huitième mandat, placé sous le signe de la « Grandeur et de l'Espérance ». Dans un paysage économique et social marqué par des défis persistants, les attentes des Camerounais sont immenses. La rédaction d’EcoMatin a identifié les problématiques majeures qui devraient constituer l’ossature de cette intervention présidentielle.

La sempiternelle question du sous-emploi

Alors que le Président Paul Biya s'apprête à s'adresser à la Nation, la question de l'insertion professionnelle de la jeunesse s'impose comme l'un des enjeux majeurs de son nouveau mandat. Entre statistiques alarmantes et promesses de campagne, le Chef de l'État est attendu sur des mesures concrètes pour transformer le potentiel démographique du pays en véritable levier de croissance. Selon des données publiées par la Banque mondiale en avril 2025, les jeunes de 18 à 35 ans représentent désormais 57 % de la population active du Cameroun. Pourtant, cette force vive se heurte à un marché du travail atone. Ce constat corrobore les enquêtes de l'Institut National de la Statistique (INS), qui soulignaient déjà en 2023 les difficultés d'insertion des 15-34 ans, confrontés au sous-emploi et à l'informel.

Lors de sa prestation de serment le 6 novembre dernier, Paul Biya a solennellement réitéré sa volonté d’offrir à cette jeunesse « un avenir encore plus prometteur ». Ce message de fin d’année constitue donc l'occasion idoine pour passer de la promesse à l'action, en précisant les contours opérationnels des engagements pris pour ce huitième manda en déclinant par exemple la feuille de route du « Plan spécial de promotion de l’emploi des jeunes » annoncé pour les premiers mois du septennat.

La promotion de la femme

Alors que le pays s'engage dans un nouveau septennat, la question de l'autonomisation économique des jeunes femmes s'impose comme un pivot central des politiques publiques. Les récentes données de l’Institut National de la Statistique (INS) révèlent une fracture persistante sur le marché du travail camerounais. Le taux d’emploi des jeunes de 15 à 34 ans, établi à 39,3 % à l'échelle nationale, cache de profondes disparités de genre : 47,2 % pour les jeunes hommes contre 31,3 % seulement pour les jeunes femmes. Lors de ses récentes prises de parole, le Chef de l’État a réaffirmé l'engagement du gouvernement à offrir une « protection accrue » aux femmes, tant en milieu scolaire que professionnel. Cependant, pour transformer cette vision en réalité économique, des précisions sont attendues sur les mécanismes de soutien opérationnels. L'enjeu réside désormais dans la définition de privilèges spécifiques, notamment : un soutien financier ciblé, désincitations à l'entrepreneuriat, etc.

Gouvernance

Pour la rédaction d’EcoMatin, la gouvernance s'impose comme l'un des piliers incontournables du discours de fin d'année du Président Paul Biya ce 31 décembre 2025. Entre lutte contre la corruption, réformes budgétaires et pressions internationales, le Chef de l'État doit rassurer sur la capacité du pays à assainir la gestion de ses deniers publics. La persistance de défis structurels majeurs, relevés par plusieurs institutions de contrôle, place la question de la probité au cœur des attentes nationales Le rapport 2024 de la Commission nationale anticorruption (CONAC) présente un bilan contrasté. Si le préjudice financier direct imputé à la corruption a chuté à 4,06 milliards de FCFA (contre 114 milliards l'année précédente), cette baisse, bien qu'encourageante, ne doit pas masquer la résilience du fléau. Le Président est attendu sur la pérennisation de cette tendance et le renforcement des sanctions à l'encontre des gestionnaires indélicats.

Gestion des fonds

La Chambre des Comptes a récemment pointé du doigt des incohérences budgétaires frappantes qui interrogent sur l'efficacité des chaînes de collecte des recettes de l'État. Quelques chiffres illustrent ce malaise : les Frais de concours où des recettes dérisoires de 20 000 FCFA ont été déclarées pour l'ensemble des concours du Ministère de la Défense le long de l’exercice 2024. De plus, la collecte de la Taxe Spéciale sur les Produits Pétroliers (TSPP) ne s'est élevée qu'à 25 731 FCFA, ce qui souligne l'urgence d'une réforme profonde des mécanismes de recouvrement et d'une meilleure traçabilité des ressources publiques.

Bien plus, le Cameroun fait face à une surveillance accrue des instances financières mondiales, ce qui pèse sur son attractivité économique. Près de trois ans après son inscription sur la « liste grise » du Groupe d'action financière, le Cameroun peine à en sortir, faute d'une lutte suffisamment robuste contre le blanchiment d'argent. Avec un score de 6,41/10, le pays demeure classé parmi les zones à "risque élevé" en matière de criminalité financière selon Basel AML Index. Le retard dans la publication du rapport 2022 maintient le pays en marge de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) essentielle pour la crédibilité de son secteur minier et pétrolier.

Crise sécuritaire persistante

Depuis une décennie, le Cameroun fait face à une instabilité persistante sur deux fronts majeurs. À l'aube de 2026, l'attente est immense quant aux solutions politiques et financières que le Chef de l'État pourrait annoncer pour pacifier et reconstruire le pays. L’Extrême-Nord est sous la menace de Boko Haram depuis 2014, la région continue de subir des incursions terroristes meurtrières. Depuis 2016, le conflit séparatiste paralyse l'économie du Nord-Ouest su Sud-Ouest et ce, malgré la tenue du « Grand Dialogue National » en 2019. Si certains combattants ont déposé les armes, le conflit persiste défiant les appels réguliers à la paix du Président de la République. Au-delà du drame humain, ces crises représentent un gouffre financier : des ressources massives sont englouties chaque année au détriment du développement. Le chantier est titanesque et nécessite des milliers de milliards de FCFA pour restaurer les infrastructures de base. D’où la question centrale : Paul Biya proposera-t-il une nouvelle approche politique pour sortir de l'impasse et financer durablement la reconstruction nationale ?

La cohésion gouvernementale

À l'heure du bilan, l'actualité politique récente au Cameroun laisse entrevoir des fissures au sein du gouvernement. L'illustration la plus frappante de ce manque de coordination réside dans le bras de fer autour de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot). Le Ministre des Sports et de l’Éducation Physique (Minsep) avait, par voie de correspondance, sollicité son homologue de l’Administration Territoriale (Minat), Paul Atanga Nji le 14 novembre afin d'interdire les assemblées générales de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) prévues pour le 29 novembre 2025. Contre toute attente, le Minat a plutôt dépêché un sous-préfet pour encadrer et sécuriser les assises à Mbankomo, lesquelles se sont tenues sans entrave. Cet incident n'est pas passé inaperçu auprès de l'opinion publique. Il soulève des interrogations légitimes sur la discipline et la solidarité au sein d'une équipe gouvernementale formée le 4 janvier 2019. Ces polémiques placent le Président de la République face à un défi de taille : restaurer l'autorité et la coordination gouvernementale.

Accélérer le secteur minier

Alors que le Cameroun dispose d’un sous-sol densement riche, le secteur minier peine malheureusement à contribuer à plus de 1% au PIB. Pour cause, tandis que l'année 2024 devait marquer, selon les assurances du ministre Fuh Calistus Gentry, l'entrée officielle du Cameroun dans le cercle des exportateurs de mines solides, la réalité sur le terrain semble toute autre. Dans une interview accordée au quotidien gouvernementale Cameroon Tribunes, le 26 décembre 2023, le membre du gouvernement s'était pourtant montré particulièrement confiant, déclarant sans ambages : « Le Cameroun, à partir de 2024, deviendra exportateur de fer ». Entre les projets Grand Zambi et Mbalam, le fer de Kribi-Lobe mené par la compagnie chinoise Sinosteel, le projet de cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna ou encore construction du chemin de fer Nabeba-Mbalam-Kribi, une ligne stratégique de 610 km, les attentes sont nombreuses.

Les grands projets jamais démarrés

Au cours de ces derniers discours, le président de la République n’a cessé d’annonce la concrétisation d’un certain nombre de projets annoncés depuis des lustres. Il s’agit par exemple du bitumage de la route Ebolowa-Akom II -Kribi (179 km) annoncée depuis 2011, la section urbaine de l’autoroute Yaoundé-Nsimaln (12,3 km) qui, initialement budgétisé à 380 milliards FCFA, devrait désormais coûter 409 milliards. Après la pose de la première pierre intervenue en décembre 2023, le démarrage effectif des travaux reste attendue. Il en est de même pour la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala pour ne citer que ces projets. Pourtant, réalisés, ces infrastructures revêtiraient un fort impact économique. 

Améliorer les conditions de vie

Les résultats de la récente Analyse cadre Harmonisé d’identification des zones à risque, présentés le 12 décembre 2025 par le ministre de l’Agriculture et du développement rural (Minader), Gabriel Mbairobe révèle une aggravation de la situation de l'insécurité alimentaire au Cameroun. « 11% de personnes sont en insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë (soit 3,120,294 personnes parmi lesquelles 249 306 personnes en urgence (1% de la population) et 2,870,988 personnes en crise. 6,194,078 personnes se trouvent en phase 2 c'est-à-dire sous pression, soit 21 % % de la population analysée », a clarifié le membre du gouvernement.

Ces chiffres appellent à renforcer les politiques publiques dans un contexte où le pays peine à franchir un taux de croissance de 4% sur une cible de 8% en 2030 dans le cadre de sa stratégie nationale de développement (SND 30). De plus, le Cameroun, malgré le lancement en 2024 du Plan Intégré d’Import Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH), a vu ses importations progresser de passant de 4 992,2 milliards FCFA en 2023 à 4 999 milliards FCFA en 2024, soit une hausse de 0,1 %. Sous ce rapport, quelles alternatives à proposer pour inverser la tendance?

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