Longtemps pilier de la rentabilité de United Bank for Africa (UBA) en Afrique francophone, le Cameroun a cédé sa place en 2025 à la Côte d’Ivoire, désormais premier contributeur africain au bénéfice du groupe hors Nigeria. Selon les états financiers audités publiés par la banque nigériane, la filiale ivoirienne a généré un bénéfice avant impôt de 126,6 milliards de nairas (environ 52 milliards XAF) en 2025, plus du double des 57,2 milliards (environ 23,4 milliards XAF) enregistrés un an plus tôt. À l’inverse, la performance de la branche camerounaise s’est nettement repliée à 61,9 milliards de nairas, contre 96,6 milliards en 2024.
Le Cameroun rattrapé par le coût du risque
Opérationnelle depuis décembre 2007 dans la première économie de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac), la filiale camerounaise du groupe présidé par Tony Elumelu a vu ses revenus, en 2025, chuter de 6% à 188 milliards de nairas tandis que les charges ont progressé (+5%) 97,1 milliards. Mais le principal facteur de dégradation du résultat reste le coût du risque. En 2025, UBA Cameroun a dû provisionner près de 18 milliards de nairas, contre à peine 1,7 milliard un an plus tôt. Autrement dit, une part croissante des revenus a été absorbée par la couverture de créances douteuses, ce qui a directement pesé sur la rentabilité, le bénéfice net chutant de 36% à 41,5 milliards de nairas.
Lire aussi: UBA Cameroun : Une belle progression du résultat (classement des banques)
54% des actifs en titres publics
Dans une note publiée l’an dernier, Fitch Ratings soulignait déjà la fragilité du modèle de UBA Cameroun. Selon l’agence, la banque est « très exposée » à quelques gros clients (les 20 principaux représentant près de 73 % des crédits) et à des secteurs sensibles comme le pétrole et le gaz, qui pèsent à eux seuls environ 40 % du portefeuille. À cela s’ajoute une dépendance importante aux États de la sous-région. Fitch indique que plus de la moitié des actifs de la banque (54 %) sont investis en titres publics. « Dans un environnement marqué par des tensions budgétaires, il suffit que quelques gros clients rencontrent des difficultés pour que l’impact soit immédiat sur les comptes de la banque », commente un banquier, qui conclut : « La réduction de l’exposition souveraine devient indispensable. C’est vrai pour UBA, mais aussi pour l’ensemble des banques camerounaises ».
Lire aussi: Cameroun : Fitch salue la solidité financière d’UBA, mais alerte sur la vulnérabilité de ses actifs
Malgré cette contre-performance, le Cameroun demeure un marché structurant pour UBA. La filiale affiche un total de bilan de plus de 2 050 milliards de nairas, en progression, tandis que les dépôts ont augmenté de 1 480 milliards à 1 596 milliards, signe d’une base clientèle toujours solide. Les encours de crédits ont également progressé, passant de 551 milliards à 641 milliards de nairas.
Abidjan, moteur de croissance et de rentabilité
À l’inverse, la filiale ivoirienne affiche une trajectoire spectaculaire portée par la hausse de ses revenus et surtout par une nette amélioration de la qualité de son portefeuille. En effet, la banque a pu récupérer une partie des montants auparavant mis de côté pour couvrir d’éventuels défauts de paiement. Au total, ces reprises de provisions, estimées à 36 milliards de nairas, ont fortement soutenu sa rentabilité. Son bénéfice net a atteint 125 milliards de nairas, soit près de trois fois celui du Cameroun.
Lire aussi: Tony Elumelu (UBA) installe un pôle gestion d’actifs à Abidjan pour couvrir l’UEMOA
Dans le même temps, la pression fiscale reste limitée dans la première économie de l’UEMOA. UBA Côte d’Ivoire a clôturé l’année avec une charge d’impôt de seulement 1,6 milliard de nairas, contre plus de 20 milliards pour la filiale camerounaise. Avec près de 2 370 milliards de nairas d’actifs et plus de 1 700 milliards de dépôts, elle constitue désormais le principal marché du groupe en Afrique francophone.
Le Nigéria dans le rouge
Au Cameroun, le repli des performances de UBA s’accompagnent d’une zone d’ombre sur le plan managérial. Le directeur général, Jude Anele, a en effet quitté en début d’année ses fonctions après près de quatre années à la tête de la filiale, sans que les raisons de son départ ne soient officiellement précisées. À ce stade, UBA n’a pas encore officialisé la nomination d’un successeur. Toujours est-il que ce dernier aura la lourde charge de renforcer les dispositifs de gestion des risques et maintenir la position de la filiale dans un paysage bancaire de plus en plus concurrentiel.
Lire aussi : Banques : Jude Anele quitte la tête de UBA Cameroon pour diriger Nova Bank au Nigeria
À l’échelle du groupe, le Nigeria, cœur historique de la banque, a basculé dans le rouge en 2025, passant d’un bénéfice avant impôt de 364 milliards de nairas en 2024 à une perte de 1,7 milliard en 2025. Cela a pesé sur les résultats consolidés. Au total, le bénéfice avant impôt du groupe recule de 47 %, à 423 milliards de nairas, tandis que le bénéfice net s’établit à 405 milliards, contre 767 milliards un an plus tôt.








