Alors que le gouvernement camerounais comptait quasiment mettre fin aux subventions des carburants en 2026, la flambée des cours du pétrole provoquée par les tensions au Moyen-Orient l'oblige à revoir sa copie. Lors du récent Débat d'orientation budgétaire (DOB) au Parlement, l'exécutif a acté le retour d'une enveloppe estimée à près de 254 milliards de FCFA destinée à maintenir les prix à la pompe. Le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029 précise que la politique budgétaire pour 2026 devra être révisée afin d'intégrer « de nouvelles dépenses (0,7 % du PIB), constituées essentiellement de la subvention des prix des carburants à la pompe ».
Concrètement, l'évaluation de cette charge repose sur les projections macroéconomiques de l'État : en appliquant le taux prévisionnel de 0,7 % au Produit intérieur brut (PIB) nominal estimé à 36 249 milliards de FCFA pour 2026, l'enveloppe allouée aux subventions de carburant s'établit à 253,74 milliards de FCFA.
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Ce revirement stratégique s'explique par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui maintiennent les cours mondiaux des hydrocarbures à un niveau élevé. Le Cameroun table désormais sur un baril de brut à 82 dollars en 2026, en hausse de 24,6 % par rapport à 2025. La conséquence immédiate est l'explosion des coûts d'importation des carburants pour ce pays devenu totalement dépendant des approvisionnements extérieurs depuis l'incendie de la Société nationale de raffinage (Sonara) en 2019.
145 milliards FCFA de plus-value sur les exportations de brut
Cette dépense imprévue pèse directement sur la trajectoire des finances publiques, creusant le déficit du solde budgétaire primaire non pétrolier de 1,6 % à 2,7 % du PIB. Mécaniquement, la plus-value des revenus pétroliers (évaluée à 0,4 % du PIB, soit environ 145 milliards de FCFA en 2026), sur laquelle l’État compte pour amortir cette charge, s'avère insuffisante. Pour combler un besoin de financement global des subventions porté à 2,4 % du PIB, l'État prévoit d’ajuster ses dépenses courantes à la baisse (0,3 % du PIB) et de solliciter des financements exceptionnels à hauteur de 253,7 milliards de FCFA (0,7 % du PIB) auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD). Au-delà des carburants, le soutien s'étend à l'électricité, portant la provision globale pour les subventions énergétiques à 340 milliards de FCFA d'ici 2027, sur un volume total de transferts et subventions passant de 1 202,2 milliards de FCFA en 2026 à 1 246,6 milliards en 2027.
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Rappelons que cette prévision de maintenir, en augmentant les subventions de carburant pour 2026 marque une rupture avec la dynamique de vérité des prix impulsée par le Fonds monétaire international (FMI). Après avoir culminé à plus de 1 000 milliards de FCFA en 2022, la charge des subventions de carburant avait drastiquement baissé à environ 700 milliards en 2023, puis 200 milliards en 2024, pour atteindre 15 milliards en 2025 sous l'effet de deux hausses successives des prix à la pompe. La résurgence de ces dépenses repousse la consolidation budgétaire du pays, qui ambitionne néanmoins de signer un nouveau programme économique et financier avec le FMI pour réduire progressivement son déficit primaire non pétrolier à 1,1 % du PIB d'ici 2029.
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