Le nouveau président d’Afreximbank, le Camerounais George Elombi, a dévoilé une feuille de route ambitieuse articulée autour de la transformation industrielle, de l’intégration régionale et de la mobilisation du capital africain.
1-Promouvoir la transformation et la valeur ajoutée
Le premier axe constitue le cœur du programme Elombi. Afreximbank ne financera plus les exportations brutes, mais la transformation locale des matières premières, a-t-il déclaré avec fermeté. L’enjeu de cet engagement audacieux est de capter davantage de richesse sur le continent et créer des chaînes de valeur régionales intégrées. "Au lieu de financer l’export de bauxite ou de lithium, la Banque privilégiera les usines de raffinage ou de fabrication de batteries", a expliqué le dirigeant. Ce repositionnement correspond à la stratégie de relocalisation industrielle prônée par l’Union africaine et s’inscrit dans la logique du Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA).
2-Stimuler le commerce intra-africain
Le deuxième pilier du mandat de George Elombi sera le renforcement des échanges entre pays africains. Afreximbank veut accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en levant les barrières logistiques et financières. La Banque compte soutenir les PME exportatrices grâce à son écosystème numérique Africa Trade Gateway et un programme d’accélération dédié pour aider les entreprises à s’adapter aux règles et opportunités du marché continental. Cet axe traduit la conviction qu’un commerce africain fort passe d’abord par des marchés africains intégrés.
3-Financer les infrastructures critiques
Sans routes, ports ou énergie, aucun commerce n’est possible. Elombi entend donc cibler les projets d’infrastructure qui facilitent le commerce tels que corridors logistiques, ports, réseaux ferroviaires ou entrepôts régionaux.
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La Banque veut promouvoir des partenariats public-privé et des financements structurés innovants pour réduire les coûts de transaction. Ce choix répond à un constat récurrent du FMI et de la BAD qui estiment que les coûts logistiques africains sont parmi les plus élevés au monde, freinant la compétitivité des produits africains.
4-Miser sur l’innovation et la finance digitale
La digitalisation constituera un axe central à Afreximbank sous l’ère Elombi. L'institution veut intégrer les nouvelles technologies financières (fintech, IA, blockchain, paiements instantanés) pour fluidifier le commerce.
Parmi les projets phares figurent le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), déjà opérationnel, et la proposition d’un stablecoin panafricain. Une idée audacieuse visant à renforcer la souveraineté monétaire numérique et à réduire la dépendance aux devises étrangères dans les transactions intra-africaines.
5-Mobiliser le capital africain mondial
George Elombi a indiqué qu’il mettrait un point d’honneur à la reconnexion de l’Afrique et sa diaspora à travers la création d’un marché global africain du capital. L’idée est de canaliser les fonds de la diaspora, des fonds souverains et des investisseurs privés africains vers les projets du continent alors que près de 80 % des capitaux africains sont placés hors d’Afrique. Afreximbank compte donc proposer des instruments de co-investissement et des véhicules de financement dédiés pour rapatrier cette épargne productive.
6-Consolider la solidité financière d’Afreximbank
Porter le bilan de la Banque à 350 milliards USD d’ici 2035 contre environ 40 milliards USD au 31 décembre 2024. C’est l’ambition fixée par les actionnaires et reprise par Elombi. Mais derrière ce chiffre, l’enjeu est davantage de renforcer la capitalisation et la crédibilité financière. Après les récentes dégradations de la note de la banque par Moody’s et Fitch, l’enjeu est de restaurer la confiance des marchés tout en maintenant la capacité d’intervention. La Banque mise sur une génération organique de capital et sur de nouvelles injections d’actionnaires pour soutenir cette expansion prudente.
7-Développer des partenariats stratégiques
Le nouveau président veut faire d’Afreximbank un acteur pivot du financement du développement africain, en s’appuyant sur une coopération renforcée avec la BAD, la BADEA, la TDB, ou encore Africa50. Cette approche vise à créer un écosystème africain de financement coordonné, capable de porter des projets transfrontaliers de grande envergure, une condition essentielle pour l’intégration économique.
8-Renforcer la coopération avec la ZLECAf et l’Union africaine
Afreximbank se positionne comme bras financier de l’intégration continentale. En soutenant le Secrétariat de la ZLECAf et en finançant des fonds d’ajustement régionaux, la Banque ambitionne de rendre effectives les politiques commerciales panafricaines, au-delà des déclarations politiques.
9-Ancrer la gouvernance et la résilience institutionnelle
Elombi a rappelé que la crédibilité d’Afreximbank repose sur sa gouvernance et son statut de créancier privilégié. Dans un contexte de critiques externes sur son “mission drift”, la Banque entend prouver que financer la transformation n’est pas une dérive mais la mise en œuvre concrète de son mandat fondateur. Elle poursuivra donc le renforcement de ses politiques de conformité, de gestion des risques et de transparence.
10-Faire d’Afreximbank une institution panafricaine exemplaire
Enfin, le dixième axe vise à institutionnaliser la culture de performance et d’innovation au sein même de la Banque. Elombi insiste sur la dimension humaine à savoir valoriser le capital intellectuel, encourager la formation continue et renforcer la présence de la Banque sur l’ensemble du continent, notamment à travers ses bureaux régionaux.
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En clôturant son discours, Georges Elombi a remercié ses prédécesseurs et son équipe, réaffirmant sa foi dans le collectif. « C’est ensemble que nous écrirons cette nouvelle étape. Afreximbank sera la banque de la transformation africaine. »









