Le Gabon prépare son retour sur les marchés internationaux des capitaux. Dans la loi de finances rectificative (LFR) pour 2026, promulguée le 15 juillet, le gouvernement s'autorise à mobiliser jusqu'à 1,5 milliard de dollars (857,85 milliards de FCFA) à travers un ou plusieurs financements extérieurs, dont une émission obligataire à dix ans. L'opération, absente de la loi de finances initiale adoptée en décembre 2025, doit permettre de refinancer, racheter ou réduire certaines échéances obligataires internationales, mais aussi de financer les besoins budgétaires et de trésorerie de l'État.
Ce retour sur les marchés intervient dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques. La loi de finances rectificative ramène les prévisions de recettes budgétaires à 3 240 milliards de FCFA, soit une baisse de 22 % par rapport au budget initial. Les recettes pétrolières issues du partage de production reculent de 30 %, tandis que les recettes fiscales provenant des sociétés minières chutent de 97 %. Au total, le gouvernement anticipe un déficit de financement de 915,6 milliards de FCFA en 2026, que les nouveaux emprunts extérieurs et les émissions domestiques devront contribuer à combler.
Les tensions se reflètent également dans le coût de la dette. Les charges financières de l'État, qui regroupent les intérêts et les amortissements des emprunts, atteignent désormais 1 797 milliards de FCFA (3,16 milliards de dollars) sur l'exercice. Les seuls intérêts de la dette progressent de 16 %, à 487,6 milliards de FCFA, tandis que les avances de trésorerie destinées à couvrir les besoins de financement de court terme bondissent de 376 %, à 39,1 milliards de FCFA, signe d'une pression accrue sur la liquidité de l'État. En parallèle, le Trésor prévoit d'émettre 424,9 milliards de FCFA d'obligations du Trésor sur le marché régional.
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Le calendrier de cette opération sera toutefois observé de près par les investisseurs. Le Gabon poursuit ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue de conclure un nouveau programme d'appui, tout en attendant les conclusions d'un audit de la dette publique couvrant la période 2016-2024. Cet audit, lancé par les autorités de transition, doit notamment identifier d'éventuels passifs non déclarés, des projets non exécutés ou des financements qui n'auraient jamais été versés sur les comptes du Trésor. L'agence de notation Moody's a d'ailleurs averti que cet examen pourrait révéler des engagements supplémentaires non recensés, susceptibles d'influencer l'appréciation du risque souverain du pays.
Au-delà de cet Eurobond, la loi de finances rectificative autorise également plusieurs nouveaux financements. Elle approuve notamment un emprunt de 98,4 milliards de FCFA auprès de Cargill Financial Services International pour financer le Programme d'urgence de développement communautaire, un autre de 56,6 millions d'euros (environ 37,1 milliards de FCFA) auprès de Deutsche Bank destiné au projet de production et de distribution d'eau du Grand Libreville, ainsi qu'un financement complémentaire de 13,1 milliards de FCFA en faveur des travaux confiés au groupement BESIX-MBB-MATIÈRE. Le texte prévoit par ailleurs la poursuite des tirages sur plusieurs conventions de prêts déjà en cours avec des partenaires tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l'Agence française de développement (AFD), la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC), Standard Chartered, Citi Bank ou encore la Development Bank of Southern Africa (DBSA).
À ce stade, ni le calendrier de l'émission obligataire ni ses conditions financières (montant effectivement levé, coupon ou prix d'émission) ne sont précisés dans la loi. Leur définition dépendra en grande partie de l'évolution des discussions avec le FMI, des conclusions de l'audit de la dette publique et des conditions de marché au moment où Libreville décidera de revenir solliciter les investisseurs internationaux.
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