Le groupe énergétique italien Eni s'apprête à déployer un programme d'investissement de 400 millions de dollars pour la production d'huiles végétales en République du Congo, en Angola et au Mozambique. Si ce projet matérialise le plan de décarbonation présenté par l'entreprise cotée à Milan en 2020, ses contours financiers exacts n'ont été révélés que par la Société financière internationale (IFC), qui a publié le 5 août 2026 son évaluation du projet « Eni PanAfrica ».
Selon l'institution, l'initiative cible des matières premières issues de cultures locales récoltées sur des terres fortement dégradées, ainsi que de cultures intermédiaires en rotation avec des cultures vivrières, certifiées selon la directive européenne RED III. « La production est réalisée par des agrégateurs travaillant avec des agriculteurs locaux et commerciaux sur leurs propres terres », précise la note.
Ce déploiement s'appuie sur un projet pilote lancé par Eni au Kenya dès 2022, déjà financé séparément par l'IFC en 2024, et dont les performances environnementales et sociales ont été jugées satisfaisantes. C'est ce succès qui a conduit le groupe à étendre son modèle vers trois nouveaux pays — le Congo, le Mozambique et l'Angola —, au moyen de filiales locales déjà implantées sur place.
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Concrètement, l'IFC prévoit d'apporter jusqu'à 250 millions de dollars sous forme de prêt d'entreprise pour son compte propre, auxquels s'ajoutent jusqu'à 150 millions de dollars supplémentaires mobilisés auprès d'autres investisseurs, sous réserve de l'approbation de son conseil d'administration le 30 septembre 2026. Sur le terrain, le projet sera porté par la filiale d'Eni, Eni Natural Energies (Ene), qui utilisera ces fonds pour construire et exploiter des usines d'extraction d'huile, appelées « Agri Hubs » — sauf lorsque cette activité est confiée à des plateformes tierces, comme c'est actuellement le cas en Angola.
Au-delà de la construction, les financements couvriront également les redevances de transformation versées aux plateformes tierces, l'achat de matériel agricole (mécanisation, intrants) destiné aux agriculteurs et collecteurs, ainsi que le fonds de roulement nécessaire à l'approvisionnement en oléagineux. Le déploiement du projet est prévu sur cinq ans. Au-delà de cet apport financier, l'institution fournira des services de conseil pour améliorer la fiabilité de l'approvisionnement en biomasse et valider le modèle d'évaluation socio-économique du projet.
Dans le détail, au Congo, le pôle agricole est déjà opérationnel : implanté à Loudima, dans le département de la Bouenza, il a été achevé et mis en service en juin 2025, avec une capacité de 30 000 tonnes métriques par an, et se trouve actuellement en phase de démarrage. Une étude d'impact environnemental et social y avait été réalisée en 2022, et douze agriculteurs affectés par le projet ont été indemnisés en 2023 pour perte de récoltes et de droits fonciers, dans le cadre d'un processus piloté par le gouvernement congolais. D'après le document de divulgation, Ene y assure « la production d'huile végétale destinée à l'expédition vers les bioraffineries d'Eni en Italie », tandis que les résidus de cette extraction sont vendus sur les marchés de l'alimentation animale et des engrais.
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Au Mozambique, le terrain du futur pôle agricole a été loué en 2023 et l'étude d'impact réalisée la même année, mais la construction n'a pas encore débuté ; un plan transitoire prévoit, dans l'intervalle, l'externalisation de la trituration des matières premières. Vingt-huit agriculteurs y ont été indemnisés en 2023. En Angola, le projet reste au stade le plus préliminaire des trois pays : les matières premières y sont pour l'instant acheminées vers le pôle congolais pour y être transformées, en attendant la finalisation d'un accord de traitement à façon avec un opérateur tiers local.
Par ailleurs, l'IFC indique que le projet devrait générer « des bénéfices pour les agriculteurs ainsi qu'une augmentation de la valeur ajoutée et des emplois » dans les zones rurales ciblées. La commercialisation domestique des tourteaux oléagineux et de la biomasse devrait accroître mécaniquement l'offre en intrants agropastoraux. Au-delà de ces résultats directs, le bailleur de fonds anticipe un effet de démonstration visant à favoriser la compétitivité en « mettant en avant des modèles viables pour établir des chaînes d'approvisionnement certifiées […] dans des marchés sous-développés », incitant d'autres investisseurs à reproduire l'initiative.
Ce déploiement s'inscrit dans la stratégie d'Eni visant la neutralité carbone de ses émissions directes et indirectes d'ici 2035, et de ses émissions liées à l'approvisionnement en matières premières d'ici 2050, via le développement de ses capacités de bioraffinage. Il marque aussi une diversification du groupe en zone Cemac. Opérateur historique du bloc offshore Marine XII, situé à 20 kilomètres au large de Pointe-Noire, le groupe a récemment hissé le Congo parmi les exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), ciblant une capacité de « 6 millions de tonnes en 2027 ». Déjà impliquée dans la fourniture d'électricité via la centrale à gaz de Djeno, l'entreprise italienne élargit ainsi sa présence économique au Congo, en complétant son portefeuille par l'agrobusiness.
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