Le groupe minier français Eramet a officiellement réagi à la décision du gouvernement gabonais d'interdire l'exportation de manganèse brut à partir du 1er janvier 2029. Dans un communiqué de presse daté du 2 juin 2025, le géant minier a précisé : « Eramet prend note de l’intention annoncée par le Gouvernement gabonais d’interdire l’exportation de manganèse brut à compter du 1er janvier 2029. Cette mesure s’inscrit dans l’ambition affichée du pays de renforcer sa base industrielle, initiée par Son Excellence le Président Brice Clotaire Oligui Nguema et son Gouvernement. » Cette décision majeure, annoncée par le Chef de l’État lors du Conseil des ministres du 30 mai 2025 à Libreville, impacte directement les opérations d'Eramet, qui exploite le gisement de Moanda et fournit, selon ses chiffres, 15% de la production mondiale de manganèse.
Partenaire engagé mais…
En réponse à cette décision, Eramet, implanté au Gabon depuis plus de 30 ans via ses filiales Comilog et Setrag, a affirmé sa volonté de « continuer de travailler avec l’État dans un esprit de partenariat constructif et de respect mutuel ».
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Pour autant, la compagnie ne compte pas voir ses filiales s'éclipser de leurs opérations. « En particulier, Eramet entend préserver le rôle stratégique de Comilog et de Setrag comme fournisseurs de rang mondial de manganèse pour l’industrie sidérurgique, ainsi que les 10 460 emplois gabonais qu’ils soutiennent », a précisé l’entreprise. Cette position d'Eramet fait écho à l'objectif du Gabon qui, en tant que deuxième producteur mondial de ce minerai stratégique, vise à prendre le contrôle de son secteur minier en vue de maîtriser les chaînes de valeur technologique et d'augmenter les recettes fiscales du secteur.
Une capacité de transformation locale frêle
Il faut noter que pour la transformation locale du manganèse, le Gabon ne dispose actuellement que d'un atout majeur : le Complexe Métallurgique de Moanda (CMM), propriété du groupe Eramet via sa filiale Comilog. Cette unité est dotée de deux fours électriques capables de produire au maximum 65 000 tonnes de silico-manganèse par an (avec 65% de manganèse). De plus, son usine d'Hydro-métallurgie ne fabrique que 20 000 tonnes de manganèse par an (d'une pureté de 99,7%).
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Ainsi, le CMM peut consommer environ 217 525 tonnes de manganèse brut par an pour ses productions actuelles, ce qui est une fraction minime des plus de 7 millions de tonnes de minerai brut qu'Eramet extrait annuellement dans le pays. Pour atteindre cet objectif ambitieux d'ici 2029, des investissements massifs seraient indispensables dans de nouvelles usines et un renforcement considérable des infrastructures énergétiques du pays, la transformation du manganèse étant très énergivore. Des projets d'extension des capacités ou de nouvelles implantations seront cruciaux pour absorber un tel volume.
Un contexte critique pour Eramet
Rappelons que cette décision intervient à un moment critique pour Eramet, qui fait face depuis 2023 à des difficultés opérationnelles liées à la logistique du transport ferroviaire et au transbordement portuaire au Gabon. Au regard de la courte période de transition de seulement trois ans, la question se pose : cette interdiction vise-t-elle à inciter Eramet à un investissement massif dans la transformation locale, ou s'agit-il d'un levier de pression pour renégocier les termes des contrats ? Ce contexte est d'autant plus pertinent que le marché du manganèse est volatil, marqué par une demande indienne croissante et des tensions géopolitiques sino-américaines. L'avenir des relations entre Libreville et le géant minier français dépendra de la capacité des deux parties à trouver un terrain d'entente qui réponde aux ambitions gabonaises et à la pérennité des activités d'Eramet.
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