Plus d'un an après avoir suspendu le développement du bloc rutilifère d'Akonolinga, au Cameroun, en raison de la non-viabilité économique d’un projet industriel, malgré d’importants investissements mobilisés par Eramet entre 2019 et 2023, Christel Bories, PDG du groupe miniers français quittera ses fonctions de Directrice générale en mai prochain avec le souhait de garder cependant le poste de Présidente. Si les raisons officielles de ce départ n'ont pas été précisées dans l’annonce de la société mardi 21 janvier, Eramet prévoit néanmoins de nommer un nouveau directeur général dans les prochains mois et séparer les fonctions de PDG et de Président du conseil d'administration (PCA), marquant ainsi un tournant dans sa gouvernance.
Cette décision s'inscrit dans une volonté de l’entreprise de renforcer la gouvernance et de mieux répondre aux enjeux actuels du secteur. Eramet répond ainsi aux demandes récurrentes de ses actionnaires. En effet, la séparation de ces fonctions avait déjà été évoquée en 2021 par les actionnaires, dans un contexte de tensions liées au renouvellement du mandat de Mme Bories. Le principal actionnaire de l'entreprise, la famille Duval, s'était initialement opposée à la prolongation du mandat de Mme Bories, avant de se mettre d'accord avec l'État français pour soutenir cette dernière. Cependant, il est par ailleurs prévu que la PDG sortante, après huit ans de services à ce poste, pourrait être maintenu en tant que Présidente du conseil d'administration (PCA). « Il sera proposé à l'assemblée générale du 27 mai 2025 de renouveler le mandat d'administratrice de Christel Bories », a indiqué Eramet, afin de renouveler son mandat de Présidente du conseil d’administration.
D’après des sources concordantes, Mme Bories aurait souhaité volontairement se retirer de ses fonctions de PDG d’Eramet pour permettre à l'entreprise de mieux se développer. La dirigeante de 61 ans a assuré aux médias ne souffrir d'aucun problème de santé et vouloir se consacrer à des projets personnels. Selon elle, cette dissociation permettra à Eramet de mieux relever les défis liés à la productivité, au développement du lithium et à un environnement économique et politique de plus en plus complexe. « Cette nouvelle organisation devrait permettre au groupe d'entrer dans une nouvelle phase de croissance. », confie-t-elle.
Héritage
Au Cameroun, malgré l'abandon du projet de rutile d'Akonolinga, Christel Bories, en tant que PDG d'Eramet, a marqué de son empreinte l'industrie minière camerounaise. En effet, le groupe français reste fortement implanté dans le pays avec 17 permis de recherche, dont certains expirent en 2026. Ces permis couvrent l'or, le rutile et d'autres substances minérales. Parallèlement à la fermeture des activités d'études à Akonolinga, Eramet s'engage dans une démarche de responsabilité sociale et environnementale, incluant la réhabilitation des sites de recherche et la restitution à l'État des permis, des échantillons et de toutes les données techniques acquises. Les employés sont accompagnés dans ce processus par un plan social progressif et négocié.
De même, Christel Bories a fortement contribué à l'expansion d'Eramet dans la zone CEMAC, notamment au Gabon. Sous sa direction, la Compagnie Minière de l'Ogooué (Comilog), filiale gabonaise d'Eramet spécialisée dans l'extraction de manganèse, a inauguré en février 2024 de nouvelles infrastructures d'un montant de 337,8 milliards de Fcfa. Cette inauguration, qui a marqué une étape importante dans le développement du groupe au Gabon, a permis de renforcer la position de Comilog comme l'un des principaux producteurs mondiaux de manganèse.
Rappelons qu'entre 2017 et 2022, le groupe minier français a connu une période de croissance soutenue, portée par la hausse des cours des métaux. Cependant, depuis 2023, Eramet subit de plein fouet la baisse des cours du manganèse et du nickel, principalement due à une demande mondiale plus faible et à une surproduction. Ces difficultés ont fortement impacté les résultats annuels 2023. Le résultat net a ainsi chuté de 85% pour atteindre 109 millions d'euros, contre 740 millions d'euros en 2022. Cette baisse est notamment due à une charge de 218 millions d'euros liée à la dépréciation des actifs de la Société Le Nickel en Nouvelle-Calédonie. Parallèlement, le résultat opérationnel a reculé de 90% pour s'établir à 127 millions d'euros, contre 1,28 milliard d'euros en 2022.








