Libreville accueille depuis le 3 juin 2025 une équipe de l’agence de notation financière Moody’s. Cette mission intervient dans un contexte particulièrement sensible pour les finances publiques gabonaises. Officiellement venue réévaluer la note souveraine du pays — actuellement fixée à Caa2 avec perspective stable — la délégation multiplie les rencontres avec les autorités, dont le vice-président du gouvernement Alexandre Barro Chambrier et le ministre d’État, ministre de l’Economie, des Finances, de la Dette et des Participations Henri-Claude Oyima. « Les réformes institutionnelles initiées dans notre pays, les efforts réalisés dans le règlement de la dette et les projets en cours de réalisation dans le cadre du programme national de croissance et de développement, devraient concourir à la réévaluation de la notation souveraine de notre pays », a communiqué le gouvernement gabonais.
Lire aussi : Gabon : Moody’s qualifie l’échange de dette de “défaut” et pointe un risque politique accru
Cette visite se tient quelques semaines seulement après une opération de gestion de dette, que l’agence a assimilée à un défaut partiel. Le 28 avril dernier en effet, les autorités gabonaises ont finalisé un vaste échange de dette portant sur 1 400 milliards FCFA, combinant reprofilage sur le marché régional de la dette (592 milliards FCFA), titrisation de créances bancaires hors marché (473 milliards FCFA) et mobilisation de ressources nouvelles (338 milliards FCFA). Si Libreville a salué une manœuvre réussie, ayant permis 494 milliards de FCFA d’économies sur le service de la dette et l’extinction anticipée d’une euro-obligation de 605 millions de dollars, Moody’s a adopté une lecture beaucoup plus prudente.
L’agence considère cette opération comme un « échange en difficulté » infligeant une perte aux créanciers, ce qui, selon ses critères, constitue un défaut de paiement. « L'échange atténuera les risques immédiats de remboursement de la dette. Cependant, nous considérons que l'opération, qui impose une perte financière aux investisseurs et intervient dans un contexte de contraintes de financement persistantes, est un échange en difficulté et donc un défaut selon notre définition », a fait savoir l’agence à l’époque.
Pour autant, dans une note publiée un mois plus tard, en juin, Moody’s a ajusté sa perspective sur le Gabon de « Caa1 négatif » à « Caa2 stable ».
Lire aussi : Notation Moody's : Quels impacts sur le Cameroun
Libreville y voit un signal d’encouragement à poursuivre les réformes, tout en insistant sur la nécessité de transparence et de discipline dans la gestion des finances publiques. Dans ce cadre, la mission de Moody’s permet aux autorités gabonaises de mettre en avant les réformes en cours : rationalisation des dépenses, production régulière de données budgétaires, évaluation du portefeuille de l’Etat et gel de certaines charges. L’objectif affiché étant de rétablir les équilibres budgétaires, créer des marges pour l’investissement public, et renforcer la crédibilité du pays sur les marchés financiers.







