Au Cameroun, le conseil d’administration de la Société nationale de raffinage (Sonara) a adopté, le 13 août 2025, un plan d’accélération baptisé PARRAS 24, visant la reprise progressive du raffinage d'ici vingt-quatre mois. Ce projet cible la remise en état de quatre unités parmi les treize endommagées par l’incendie de 2019, avec pour objectif d'atteindre une production annuelle de 3,5 millions de tonnes dès décembre 2027. Cette nouvelle capacité représente une augmentation par rapport aux 2,1 millions de tonnes produites avant l'incendie, soit une hausse en valeur absolue de 1,4 million de tonnes (environ +66,7% en valeur relative). « Le Conseil d’Administration a adopté l’initiative d’un Plan d’Accélération des mesures de Restructuration/Réhabilitation en vue de la Reprise du Raffinage à la SONARA sous vingt-quatre (24) mois », précise le texte. Le montant de l’investissement requis pour cette première phase n’a toutefois pas été dévoilé.
Une reprise progressive en plusieurs étapes
Le plan PARRAS 24 repose sur les conclusions du cabinet français EKIUM, mandaté pour réaliser l’évaluation préliminaire du site. L’audit a conclu qu’une remise en état dans les conditions de fonctionnement d’avant l’incendie était possible. La Sonara prévoit ainsi de recapitaliser ses fonds propres, de mobiliser un financement externe pour accélérer la remise en service et de mettre en place un nouveau plan d’organisation des effectifs. D’après l’entité publique, les travaux devraient démarrer sur le plan technique dès janvier 2026, avec pour finalité la relance de la production fin 2027.
Lire aussi : Cameroun : le FMI presse l’Etat d’accélérer la réhabilitation de la Sonara
À l’issue de cette étape, la société entend poursuivre le programme d’extension et de modernisation engagé en 2010 mais interrompu. La deuxième phase, dont l’échéance reste à déterminer, prévoit l’installation d’un hydrocraqueur, indispensable pour traiter une proportion plus importante de brut camerounais, généralement lourd et difficile à raffiner avec l’outil actuel. Une troisième étape devrait ensuite voir la mise en place d’un second train de distillation et d’un autre hydrocraqueur, portant la capacité annuelle totale à 7 millions de tonnes.
Déjà des inquiétudes
Si la Sonara présente PARRAS 24 comme une étape transitoire et un signal en direction des partenaires, certains spécialistes expriment des réserves. L’expert camerounais en mines et pétrole Dr Bareja Youmssi observe que la remise en état « dans les conditions de fonctionnement d’avant l’incendie » revient à reproduire un outil obsolète qui ne permet pas de traiter le brut camerounais lourd. Or, rappelle-t-il, le plan de modernisation adopté dès le début des années 2010, visait à équiper la Sonara d’unités de conversion capables de raffiner localement ce brut et, ce faisant, de réduire la dépendance aux approvisionnements importés, notamment du Nigeria. En choisissant de reconstruire cette raffinerie sans intégrer ces améliorations au préalable, le Conseil d’administration, selon Dr Youmssi, condamne le Cameroun à poursuivre l’exportation de son brut à prix décoté – parfois jusqu’à 40 % – via des traders, tout en continuant d’importer du brut étranger. Résultat : le consommateur camerounais restera exposé à un coût élevé du carburant, malgré un prix du baril relativement modéré sur le marché international (65 dollars à ce jour).
Lire aussi : Dette bancaire de la Sonara : 120 milliards de Fcfa remboursés par l’Etat à fin juin 2024
Rappelons que depuis l’arrêt de la raffinerie en 2019, l’État camerounais a instauré en mars 2020 une ligne spéciale de 47,88 Fcfa par litre sur les prix des produits pétroliers à la pompe, destinée à financer la reconstruction de la raffinerie nationale. Lors d’une intervention devant l’Assemblée nationale en novembre 2023, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a indiqué que près de 270 milliards FCFA avaient déjà été collectés au 30 septembre 2023 sur un objectif de 780 milliards Fcfa sur dix ans, à travers un compte ouvert à la banque centrale des Etats de la Cemac, BEAC.
Lire aussi : Énergie, hôpital, Sonara… : le Cameroun mise sur George Elombi à Afreximbank pour financer ses projets









