Un bulletin de renseignement quotidien en circulation depuis la matinée du vendredi, 27 septembre, rendant compte des activités de grand banditisme, fait état de ce qu’une opération coup de poing menée 24 heures plus tôt par la compagnie de gendarmerie de Douala 1 au lieudit « Cimetière New-Bell » et ses environs, a conduit à la découverte et la destruction de trois ghettos, l’interpellation de 19 individus pour trafic, détention et consommation des stupéfiants, défaut de carte nationale d'identité et vagabondage. Au cours de la même opération, 88 filons de cannabis, trois machettes, entre objets, ont été saisis. Durant les deux jours qui ont précédé ce coup de filet spectaculaire, une vingtaine d’individus ont été arrêtés dans les quartiers Bali et Bonapriso, dans l’arrondissement de Douala 1er, dans le cadre d’une série d’opérations de ratissage instruites par le gouverneur de la région du Littoral et du préfet du Wouri. Ces derniers sont cités parmi les « microbes », des bandes de jeunes malfrats qui ont pris l’habitude d’organiser des agressions en bande à ciel ouvert dans la capitale économique depuis plusieurs années.
Ils feraient partie, selon les autorités de la ville, des auteurs du raid meurtrier du 20 septembre dernier au quartier Bali. Lors de cette attaque de masse d’une rare violence, les agresseurs, armés de couteaux et de machettes, ont ôté la vie à deux personnes, jetant l’effroi au sein de la population. A la suite de ce énième assaut de « microbes », le consulat de France à Douala a émis une alerte de sécurité recommandant aux ressortissants français « d’éviter de marcher le soir dans les rues des Douala, y compris dans les quartiers dits résidentiels ». Il est également conseillé à ces derniers d’éviter d’exhiber tout article de valeur ou de nature à attirer la convoitise, à l’instar des sacs à main, des téléphones cellulaires, des montres, des bijoux, des appareils photos, etc. « Les sacs à mains sont à proscrire sur les marchés et dans les quartiers sensibles. Il faut éviter d’y mettre des objets précieux (grosse somme d’argent, montre, bijoux, téléphone (…) et ses documents. Les vols à l’arraché sont fréquents », avertit le consulat.
Ce climat de terreur urbaine et les consignes de sécurité qu’il suscite de la part des représentations diplomatiques et consulaires constituent une mauvaise publicité pour le climat des affaires, d’autant que le phénomène a fait son lit dans la capitale économique, principale porte d’entrée des biens et services dans le pays, sur fond de laxisme des autorités. Certaines scènes où ces malfrats procèdent en groupes à des casses de véhicules, de boutiques et mettent à sac des débits de boissons, rappellent fatalement Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, tombée depuis deux ans aux mains de gangs qui y sèment la terreur. Cette montée en puissance des gangs et de groupuscules violents qui opèrent parfois au nez et à la barbe des autorités est loin d’être l’apanage de Douala. A Yaoundé, le phénomène n’a pas encore atteint les mêmes proportions, mais une attaque de masse des « microbes » avait eu lieu en 2021 au marché « Mokolo », l’un des plus importants en Afrique centrale, après le marché Congo, à Douala. Mais, ces malfrats se gardent d’expérimenter à nouveaux des assauts de masses dans la capitale politique. Ils se sont repliés dans la plupart des quartiers où ils sèment la terreur, soit individuellement, soit en petit groupes. Au point où, une fois la nuit tombée, dans des quartiers comme Manguiers, Etoudi, Ekounou, Ngousso, Tongolo, Olembe, Mvan, Mvog-Mbi, Carrière, Tsinga, etc., les citoyens sont morts de peur lorsqu’ils sortent la nuit.
Trafic de stupéfiants en roue libre
Les passagers des routes nationales numéro 3, sur le tronçon Yaoundé-Douala, et numéro 4 (Tronçon Yaoundé-Bafoussam), font régulièrement les frais de ces hordes de bandits qui attaquent nuitamment des bus à la pierre, avant de les dépouiller. L’on a atteint la cote d’alerte avec les dernières attaques décontractées menées par les « microbes » à Douala. Cette insécurité rampante est corrélée au trafic de stupéfiants qui est pratiquement en roue libre dans le pays. Début septembre, la gendarmerie a mis la main sur une cargaison de 500 kilogrammes de cannabis affrétés depuis la région de l’Ouest pour être écoulés à Yaoundé. Une goutte d’eau comparé aux quantités qui passent entre les mailles du filet et qui parfument l’essentiel des localités du pays où le crime organisé monte en flèche. Cette situation n’est pas sans conséquences économiques. Au-delà des pertes causées dans les commerces, ces attaques qui obligent les entreprises existantes à se barricader, si ce n’est à payer davantage pour leur sécurité, ne sont pas de nature à encourager les investisseurs. Au contraire, elles constituent une menace sérieuse pour les investissements. Aujourd’hui, tout le monde a les yeux rivés vers les autorités, qui sont parfaitement au fait de la situation.
Cas illustratif de l’insécurité qui gangrène le pays, entre les mois d'août et de septembre 2023, plus de 700 agressions, 200 viols, 110 cas de détournement d'itinéraires…ont été répertoriés à travers le pays par le ministère de l’Administration territoriale, qui décrit une situation « extrêmement grave ». Le gouvernement a annoncé des actions énergiques pour ramener la sécurité, notamment une « opération tolérance zéro » visant à assainir toutes les zones criminogènes, mais, le déploiement de celle-ci sur le terrain est demeuré timide. Il y a plus que jamais nécessité pour les autorités compétentes à agir sans faiblesse contre l’insécurité, dans la mesure où, chez les citoyens, il y a une forte demande à la protection de l’Etat.








