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Banques et FinanceEecomembre

Présidence d’Afreximbank : les coulisses de l’élection de George Elombi

Le juriste camerounais devient le premier ressortissant de son pays à présider une grande institution financière panafricaine. Une consécration pour un parcours exemplaire, soutenu par un lobbying méthodique venu de Yaoundé.

Publiée mardi 1 juillet 2025 à 17:35:00Modifiée mardi 1 juillet 2025 à 18:37:54Temps de lecture 7 minPar Cedrick JIONGO

Des tractations ont eu lieu entre participants
Des tractations ont eu lieu entre participants

Ce 28 juin dans les salons feutrés du Transcorp Hilton d’Abuja, le suspense était relatif autour de l’identité du successeur de Benedict Oramah à la tête d’Afreximbank. En coulisses, le nom de George Elombi circulait depuis plusieurs jours, comme une évidence, sa candidature préalablement validée par le conseil d’administration devait juste être validée par les actionnaires. Si le poste est ouvert à la concurrence via un appel à candidatures formel, la banque a traditionnellement toujours privilégié des profils internes. L’Ivoirien Jean-Louis Ekra (2005-2015) et le Nigérian Benedict Oramah étaient vice-présidents avant d’être élus. « Le Conseil d’administration a toute la latitude pour évaluer des candidatures externes, mais jusqu’ici, l’option de la promotion interne a prévalu, sans doute parce qu’elle rassure les actionnaires sur la connaissance des rouages de la Banque et la continuité de sa stratégie», glisse un administrateur de la Banque.

Outre George Elombi, un autre Camerounais, Albert Zeufack, actuel directeur pays de la Banque mondiale pour la RDC, l’Angola, le Burundi et São Tomé-et-Principe avait également présenté une candidature pour le poste. Celle-ci était la deuxième option du Conseil d’administration derrière celle d’Elombi. Une double présence qui illustre de la montée en puissance du vivier camerounais dans les grandes institutions financières africaines et internationales.

Lobbying

À la différence de la Banque africaine de développement (BAD), dont la dernière élection présidentielle s’est apparentée à une véritable guerre d’influence diplomatique suivie d’une campagne médiatique grandeur nature, Afreximbank a opté pour une transition plus feutrée, plus technique. Un appel à candidature est lancé avec des critères très sélectifs (notamment avoir au moins 25 ans d’expérience dans la banque internationale); les profils retenus sont ensuite transmis au conseil d'administration. C’est lui qui, après examen des candidatures, désigne le candidat qu’il juge le plus qualifié et soumet sa nomination à l’Assemblée générale. Pas de campagne tapageuse ici, même si, en coulisses, un lobbying discret s’est organisé depuis Yaoundé pour soutenir la candidature de ce fils du pays. L’État camerounais, appuyé par la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), a patiemment tissé sa toile, engageant des démarches ciblées auprès des actionnaires de la banque panafricaine, apprend-t-on.

Lire aussi : Qui est George Elombi, le juriste Camerounais aux commandes d’Afreximbank ?

Cette percée s’inscrit dans une dynamique plus large d’affirmation du Cameroun dans les institutions africaines. En 2021 déjà, le pays avait ravi au Congo le siège régional Afrique centrale d’Afreximbank, signant un premier succès dans ce jeu d’influence. À la manœuvre, Noël Alain Olivier Mekulu Mvondo, le directeur général de la CNPS et administrateur de la Banque depuis 2019, qui apparaît aujourd’hui comme l’un des architectes clés de cette percée stratégique. Selon des sources proches du dossier, c’est même lui qui aurait soufflé à Georges Elombi l’idée de se porter candidat. « Il était réticent au départ », confie un proche. « Il a fallu de longues discussions pour qu’il accepte finalement de relever le défi ».

Discret jeu d’équilibre

La désignation de Georges Elombi dessine également une mécanique bien huilée d’équilibres institutionnels, rarement exposée à Afreximbank. Au-delà de ses qualités personnelles et de sa longévité au sein de la Banque, sa nomination pourrait également s’inscrire dans une logique d’alternance géographique et linguistique. « Depuis sa création, Afreximbank veille à ce qu’aucune nationalité ne monopolise la présidence. Après deux Nigérians anglophones et un Ivoirien francophone, Jean-Louis Ekra, l’heure semblait venue pour un profil issu d’une autre région et d’un espace linguistique différent du sortant », analyse un observateur. Une règle statutaire empêche déjà deux mandats consécutifs de la même nationalité, ce qui écartait de fait une candidature du Nigéria. Ensuite, les équilibres entre zones anglophones et francophones, ou entre Afrique de l’Ouest, du Centre et du Nord semblent également avoir pesé dans la balance.

Un profil taillé pour le poste

Au-delà des manœuvres diplomatiques et des considérations d’ordres linguistiques et géographiques, l’unanimité autour de la nomination de Georges Elombi tient surtout à l’évidence de son profil. L’homme cumule 29 ans d’expérience au sein de l’institution qu’il a rejoint en 1996 en tant que simple juriste. Dès ses débuts, il apporte à la Banque son expertise en droit international et en arbitrage, contribuant à poser les bases juridiques d’une institution encore jeune. Entre 2001 et 2003, il est promu Juriste principal (Senior Legal Officer), puis Directeur juridique (Director, Legal Services) entre 2003 et 2008, fonction stratégique où il accompagne l’expansion régionale de la Banque et renforce la sécurité juridique de ses opérations.

Lire aussi : George Elombi (Afreximbank) : « Le problème de Fitch c’est son incapacité à comprendre une institution africaine puissante »

Il poursuit son ascension en devenant Directeur adjoint des services juridiques et Secrétaire exécutif de la Banque entre 2008 et 2010, un poste doublement important à la jonction entre gouvernance interne et interface avec les organes décisionnels. Entre 2010 et 2015, il est confirmé au poste de Directeur et Secrétaire exécutif, assumant pleinement la coordination du Board de l’institution ainsi que la supervision des politiques de conformité et d’éthique.

Le 1er avril 2015, il atteint le sommet administratif en étant nommé Vice-Président exécutif, chargé de la gouvernance, des services juridiques et ministériels, rejoignant ainsi le cercle très restreint des dirigeants de premier plan d’Afreximbank. Au plan académique, son parcours supérieur démarre à l’Université de Yaoundé où il décroche un LLB puis une Maîtrise en droit. Il rejoint ensuite la prestigieuse London School of Economics pour un LLM en commerce international, avant de couronner sa formation par un doctorat en arbitrage commercial international à l’Université de Londres.

Mandat sous haute pression

Afreximbank évolue dans un environnement mondial marqué par la montée du protectionnisme, le retrait progressif des soutiens extérieurs et surtout un déficit chronique de financement du commerce estimé à 100 milliards USD par an. Dans ce contexte, la banque ambitionne de doubler ses financements à l’Afrique pour atteindre 40 milliards USD d’ici 2026, contre 17,6 milliards USD en 2024. Ce sera l’un des plus grands défis de Georges Elombi; celui d’élargir l’impact d’Afreximbank, sans compromettre son modèle prudent de gestion des risques. « Afreximbank doit continuer d’être une force pour l’industrialisation du continent et la reconquête de la dignité des Africains partout dans le monde », a-t-il lancé.

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