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Production agricole: le gouvernement rattrapé par ses errements

Incapables de trouver des solutions à la vie chère qui étrangle l’immense majorité des ménages, les autorités recyclent le discours sur la relance de la production agricole et la modernisation de l’appareil de production qui, pourtant, étaient présentées en 2010 comme deux des axes majeurs du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi mis au rebut en 2020.

Publiée mardi 19 juillet 2022 à 11:12:58Modifiée mardi 19 juillet 2022 à 11:13:01Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

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Le premier Ministre Joseph Dion Ngute

Entre 2015 et fin 2021, le Programme de promotion de l'entreprenariat agropastoral des jeunes (Pea-Jeunes) a, selon son équipe de coordination, financé 2600 projets agropastoraux dans le Centre, le Sud, le Littoral et le Nord-Ouest. Entre autres « filières porteuses » visées dans ces quatre régions qui, officiellement, représentent environ 40% de la population des jeunes vivant en milieu rural : le manioc, le maïs, la banane-plantain, la porciculture, la volaille, entre autres. Le bilan de ce programme, à fin 2021, est plus que mitigé au regard de la stagnation de la production nationale dans ces différentes filières. Le chiffre est hallucinant, mais le Cameroun importe le maïs et ses dérivés pour environ 150 milliards FCFA par an, alors que la demande en cette céréale se situe à seulement 2,8 millions de tonnes chaque année selon les chiffres officiels.

La production nationale de manioc, quant à elle, tourne autour de 20 millions de tonnes par an, selon des chiffres non actualisés du ministère de l’agriculture et du Développement rural (Minader) publiés en 2013. Le déficit est d’environ 30 millions de tonnes, la demande étant estimée autour de 50 millions chaque année. Un an plus tôt, le gouvernement avait lancé le Programme national de développement des racines et tubercules (Pndrt), mis en œuvre par le Minader avec l’accompagnement de l'Institut de recherche agricole pour le développement (Irad) pour le développement des variétés améliorées. Il est difficile, 14 ans plus tard, de chiffrer l’apport de ce programme mis en place dans la foulée de la création, à Sangmélima dans la région du Sud, de la Société de transformation de manioc de cette ville (Sotramas). Dotée d'un capital de 1,2 milliard Fcfa, cette joint-venture mise sur pied par l’Etat du Cameroun et la commune de Sangmelima était censée favoriser la création de 310 hectares de plantations de manioc afin d’assurer à l’usine ses 120 tonnes de matière première à transformer par jour à partir du premier trimestre de 2014. Au bout de 5 ans, les superficies plantées autour de cette unité devaient atteindre jusqu’à 4000 hectares.

Lire aussi : Import substitution : coup de froid sur les viandes importées

45 agropoles

Triste réalité, près de 10 ans après, le projet n’a pas pris corps. Parallèlement à ce projet d’envergure et de la myriade de programmes qui bénéficient de l’accompagnement financier des partenaires internationaux, le gouvernement a créé à travers le Cameroun pas moins de 45 agropoles dans le secteur agro-sylvo-pastoral entre 2013 et 2018. Des dizaines de milliards Fcfa engloutis pour un résultat questionnable.

En cause, l’incapacité à structurer les petits producteurs ciblés par ces programmes et à moderniser leur outil de production. L’usine de montage des tracteurs d’Ebolowa dans la région du Sud, créée à la suite du comice agro-pastoral organisé dans la ville éponyme début 2011, avait pourtant vocation à accélérer la mécanisation de l’agriculture au Cameroun et, par voie de conséquence, l’agriculture expansive dans le pays. Au lieu de quoi, les premiers tracteurs qu’elle a montés sur ses installations ont été distribués dans une opacité qui ne dit pas son nom.

Voilà qui aurait pourtant permis au gouvernement d’anticiper la crise en cours. Mais, pour ne s’être pas inscrit dans une logique de cohérence avec les objectifs contenus dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) insuffisamment mis en œuvre à partir de 2010 et mis au rebut depuis 2020, le gouvernement est aujourd’hui rattrapé par ses errements. Il lui est impossible, en l’état actuel des choses, de mener sa politique d’import-substitution sortie du chapeau il y a deux ans et qui sature le discours politique depuis le début de la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix mondiaux des produits de grande consommation. Les ménages camerounais, dans leur immense majorité, sont étranglés par la vie chère et le gouvernement, débordé, ne fait pas de promesses concrètes en termes d’amélioration de la situation à court et moyen termes alors même que la hausse des prix risque d’être continue tout au long de l’année 2022 et même après.

Lire aussi : Face aux députés, Joseph Dion Ngute se satisfait de la politique d’import-substitution du gouvernement

Scénario catastrophe

Face à ce scénario catastrophe, lors du débat d’orientation budgétaire tenu le 04 juillet à l’Assemblée nationale, le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, a assuré que la politique agricole va désormais mettre l’accent sur « l’amélioration de l’efficacité et de l’efficience des actions de soutien aux exploitants agricoles, en vue de la modernisation des facteurs de production dans le secteur agricole et rural ». Surtout, « un accent particulier sera accordé à la production des biens qui grèvent la balance commerciale, tels que le riz, le maïs, le blé, le poisson et le lait, ciblés par la politique d’import-substitution ». Mais à quel horizon les résultats de cette politique sont-ils attendus ?

Incontestablement, il y a péril en la demeure : le Cameroun est au bord d’une crise alimentaire étant donné que, dans aucune filière, la production nationale n’est à même de satisfaire la demande domestique. Cette faiblesse de la production est le principal facteur limitant de la politique d’import-substitution si chère au gouvernement. Pour tout dire, il faudrait sortir du discours incantatoire et poser des actes concrets à l’instar de la mesure instruite récemment par la présidence de la République de débloquer 10 milliards Fcfa à partir de cette année pour doper la production du blé dans la région de l’Adamaoua. Même si ce montant semble encore dérisoire au vu de la demande en blé (environ 900.000 tonnes par an, soit environ 150 milliards Fcfa d’importations en 2020), cette mesure devrait s’étendre tout au moins aux les produits énumérés supra par le Minfi pour espérer à court et moyen et surtout grâce à un suivi strict des différents programmes, diminuer les importations du Cameroun et se protéger minimalement des aléas du marché mondial. A défaut, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Jean Omer Eyango

Lire aussi : Import-substitution : le maïs camerounais recherche des débouchés sur le marché local

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