Le gouvernement camerounais a présenté, le 21 octobre 2026 à Yaoundé, le Pacte national pour la sécurité alimentaire, la transformation agropastorale et halieutique, et la création d’emplois par le développement des chaînes de valeur, baptisé « Pacte AgriConnect ». Cette initiative de la Banque mondiale vise à transformer l’agriculture au profit de 300 millions de petits exploitants à l’échelle du continent, à créer des emplois et à renforcer la sécurité alimentaire.
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Les pouvoirs publics évaluent le budget prévisionnel du programme à 1 119,2 milliards FCFA (environ 1,867 milliard de dollars) sur la période 2026-2030. L’État du Cameroun devrait y contribuer à hauteur de 201,6 milliards FCFA (336 millions de dollars), tandis que 855,2 milliards FCFA (environ 1,425 milliard de dollars) sont attendus des partenaires techniques et financiers ciblés : la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Union européenne (UE), l’Agence française de développement (AFD) et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), le secteur privé, etc. Yaoundé donne la priorité à huit chaînes de valeur : riz, maïs, manioc, palmier à huile, cacao, soja, élevage laitier, ainsi que l’aquaculture et la pêche.
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Plan d’import-substitution
L’élaboration du Pacte AgriConnect pourrait toutefois prêter à confusion avec le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique 2024-2026 (Piisah). Des sources bien informées assurent pourtant qu’il s’agit de deux initiatives distinctes, d’autant que les budgets diffèrent. Selon le document de projet, « le Pacte ne constitue pas une stratégie sectorielle additionnelle. Il représente un cadre d’exécution, de coordination et de mobilisation des financements destiné à accélérer la mise en œuvre des priorités déjà définies dans la SND30, la SDSR/PNIA et le Piisah. Sa valeur ajoutée réside dans la sélection d’un nombre limité de résultats prioritaires, l’attribution de responsabilités institutionnelles précises, l’établissement d’un calendrier de réformes et d’investissements, ainsi que la mise en place d’un mécanisme conjoint de suivi et de redevabilité associant l’État, le secteur privé et les partenaires au développement ».
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Présenté comme un levier appelé à faire de l’agrobusiness un moteur d’emplois, de revenus et de sécurité alimentaire, le Piisah suscite déjà des inquiétudes à plusieurs niveaux, d’autant que la conjoncture internationale rend les ressources plus difficiles à mobiliser. Sur le plan du financement, Yaoundé n’a mobilisé que 110 milliards FCFA, soit à peine 8 % des 1 443 milliards FCFA nécessaires sur le triennat initial. Le ministère de l’Économie explique ce retard par des « contraintes de trésorerie ayant affecté la rapidité des mandatements et la mise à disposition effective des ressources allouées ». Il a donc souhaité une prorogation du Piisah sur la période 2027-2030, proposition validée par le chef de l’État dans sa circulaire relative à la préparation du budget 2027.
En somme, le Pacte AgriConnect, qui implique au premier chef les ministères de l’Agriculture et du Développement rural, de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, et de l’Économie, apparaît comme une version corrigée et actualisée du Piisah, au vu de la coïncidence des périodes et de la reprise de ses priorités agroalimentaires. Le ministère de l’Économie a d’ores et déjà reconnu que l’objectif de réduire de 40 % les importations alimentaires à l’horizon 2026 « ne pourra être atteint ». Le nouveau programme, lui, vise une réduction globale de 30 %, la délivrance de 500 000 titres fonciers d’ici 2030 et le relèvement du crédit agricole à 10 % du crédit aux entreprises.
Inquiétudes du secteur privé
Représenté à la cérémonie de lancement, Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (Geacam), s’est dit certes disposé à contribuer à la réalisation du Pacte AgriConnect, mais a mis en avant les goulots d’étranglement à lever et les solutions à adopter. Le patronat a surtout insisté sur plusieurs obstacles : un foncier parfois non sécurisé, des bassins de production difficiles d’accès en raison de l’insécurité et du déficit d’infrastructures, le coût de l’énergie et des transports, ainsi que l’insuffisance des moyens de stockage et de la chaîne du froid, qui réduisent les marges. « À ces difficultés s’ajoutent un financement souvent peu adapté et des projets qui n’atteignent pas les chaînes de valeur attendues, en raison de crédits parfois très courts et de garanties inaccessibles », a déploré le patronat, d’où son plaidoyer pour des crédits longs, adaptés au calendrier des campagnes agricoles.
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