elite_capital-15-09-2026
Breaking News
Chargement des breaking news...
Breaking News
Chargement des breaking news...
App Logo
Magazine
    Bientôt disponible...
Je m'abonne
App Logo
MagazineJe m'abonne
Je m'abonne
Agro-industrieEpremium

Boulangerie : pourquoi le Cameroun peine à imposer son quota de 15% de farine locale

Alors que le Piisah 2024-2026 arrive à son terme, une convention de 400 millions FCFA vient renforcer les dispositifs destinés à développer les farines locales panifiables. Mais sur le terrain, leur utilisation reste marginale. Entre coût du blé, habitudes de consommation et insuffisance de la matière première locale, plusieurs obstacles continuent de ralentir la substitution.

Publiée samedi 22 août 2026 à 16:00:00Modifiée vendredi 21 août 2026 à 20:34:11Temps de lecture 8 minPar Vicky BAGAL

Du pain composé
Un exposition de pain composé farine de blé et de manioc en Côte d'Ivoire (c) KOACI

À quelques mois de l’échéance du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah) 2024-2026, le Cameroun remet la question des farines locales au cœur de sa stratégie de réduction des importations alimentaires. Une convention de 400 millions FCFA signée entre le ministère du Commerce et la Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises (BC-PME) prévoit notamment 250 millions FCFA pour l’installation d’unités de transformation, de dégustation et de vente de pains et viennoiseries fabriqués à partir de farines locales panifiables au profit des coopératives. Le reliquat est destiné à la production et à la commercialisation du riz local.

Lire aussi : Boulangerie-pâtisserie : le Cameroun veut imposer l’incorporation de 15% des farines locales dans les produits

Cette initiative intervient alors que le pays approche de l’échéance du programme sensé le sortir de sa dépendance aux importations alimentaires. Celui-ci prévoyait notamment l’élaboration d’un texte réglementaire imposant l’incorporation de 15 % de farines locales dans les produits de boulangerie, de pâtisserie et de biscuiterie. Annoncée depuis 2023, la mesure, qui visait réduire la quantité de farine de blé utilisée sans remettre immédiatement en cause les recettes traditionnelles, n’est pourtant toujours pas visible dans plusieurs établissements visités par EcoMatin.

Un accord de principe

Rencontrés le 18 aout dernier dans la ville de Douala, les pâtissiers de Santa Lucia, établissement de grande distribution de droits camerounais, ne recourent pas encore à cette proportion de farine locale. « On ne produit pas de pâtisseries avec les farines locales. Nous sommes encore dans le 100 % blé. Non seulement c’est plus pratique, mais c’est ce qui marche », confie un boulanger du réseau fondé par le milliardaire Camerounais André Léopold Timo. Le constat rejoint en partie les explications fournies par le ministère du Commerce, qui reconnaît que plusieurs opérateurs n’ont toujours pas engagé cette transition.

Lire aussi : Cameroun : annoncé en grande pompe, le Plan intégré d’import-substitution démarre au ralenti

Contacté par EcoMatin, le ministère souligne tout de même qu’un accord de principe a été conclu, un an en arrière, avec les opérateurs pour intégrer au moins 6 % de farines locales dans leurs préparations. Un taux bien en deçà des 15% annoncés mais qui apparait comme un consensus favorable aux différentes parties. Un système de quota d’achat entre producteurs et industriels, inspiré de mécanismes utilisés dans les filières sucre et blé, aurait également été retenu. « Un plan de quota d’achat comme dans le sucre et le blé avait même été retenu entre les opérateurs et les producteurs ; tandis que des stratégies de facilitation de l’approvisionnement ont été discutées avec les logisticiens », explique le ministère.

Lire aussi : Cameroun : la suppression de la TVA sur les farines locales, « une opportunité de baisser de 20% les prix » selon les producteurs

De l’avis d’expert, le choix des opérateurs de rester largement tournés vers le blé s’explique par une équation économique, soulignant que « la plupart de ceux-ci considèrent cette farine (blé) comme plus avantageuse en raison des exonérations dont elle bénéficie, auxquelles s’ajoutent des habitudes de consommation favorables aux produits fabriqués à partir de blé. Ces deux facteurs permettent aux entreprises de préserver leurs marges ».

Un marché pourtant existant

L’expérience de Selecte montre toutefois que l’équation n’est pas impossible à résoudre. La chaîne de boulangeries-pâtisseries de Yaoundé commercialise depuis 2022 des pains à base de maïs, de manioc et de patate. Au lancement, son directeur général Sotiris Chilas expliquait à EcoMatin que les produits avaient rencontré un accueil particulièrement favorable. « Ça fait 10-15 jours qu’on a lancé ce produit. Il a pris beaucoup d’ampleur et nous aussi sommes surpris de l’accueil que les clients ont réservé à ces produits », indiquait-il en avril 2022. Quatre ans plus tard, la gamme est toujours commercialisée, même si le pain au blé reste davantage consommé.

Lire aussi : Farine de blé : le Gouvernement redoute une pénurie avec effet sur le prix du pain

Le ministère cite également le groupe PAFIC, de l’homme d’affaires Camerounais Bertin Tchoffo, comme exemple d’opérateur ayant intégré les farines locales dans sa production de pains et de beignets à base de patate et de manioc. De plus, dans les circuits de proximité, le pain dit « Kumba », vendu notamment le long des axes interurbains, constitue également une illustration de l’existence d’un marché pour des produits différents du pain industriel traditionnel.

Le défis de la matière première

Au-delà des considérations commerciales, une difficulté majeure persiste et freine la transition vers l’utilisation exclusive des farines locales ; celle de la disponibilité de la matière première. « On a souvent eu besoin de 100 sacs de farine locale, mais c’est à peine si on vous donne 10 sacs », a confié un responsable de boulangerie de la place à Ecomatin. La situation de la filière manioc permet de mesurer l’ampleur du problème. Selon les données du ministère de l’Agriculture, la production nationale tourne autour de 7 millions de tonnes par an, pour une demande estimée à 7,5 millions de tonnes. Jusqu’à 40 % de la production peut par ailleurs être perdue après récolte faute de moyens de conservation et de transformation. L’industrie doit donc trouver sa place dans une filière qui peine encore à couvrir les besoins du marché domestique.

Lire aussi : Boulangerie-pâtisserie : le pain à la farine locale confronté à une sous-production de matières premières

À l’aube de la fin du Piisah, le problème n’est donc plus seulement celui de l’absence de réglementation. La transition vers les farines locales suppose de rendre leur utilisation économiquement viable pour les entreprises tout en augmentant suffisamment la production agricole pour alimenter l’industrie sans concurrencer les ménages. « Produire davantage ne suffit pas. Les produits locaux doivent pouvoir accéder pleinement aux marchés, être distribués dans des conditions compétitives et répondre aux exigences de qualité, de traçabilité et de disponibilité attendues par les consommateurs », a souligné le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana lors de la signature de la convention.

Lire aussi : Agriculture : le Cameroun décroche un prêt de 47,3 milliards de Fcfa auprès de UK Export Finance pour développer 15 000 hectares de terres agricoles

Pour rappel, l’ensembles de ces mesures interviennent alors que le gouvernement cherche à donner des débouchés aux productions locales et à réduire la dépendance à des produits importés. En 2025, le Cameroun a consacré 187,8 milliards FCFA à l’importation de froment de blé et méteil, soit 3,6 % de ses dépenses totales d’importation, selon l’Institut national de la statistique (INS). La facture a certes reculé de 12,3 % sur un an, après avoir atteint 214,1 milliards de FCFA en 2024, mais le blé reste une composante majeure du déficit commercial alimentaire.

Lire aussi : Blé : les importations du Cameroun explosent à 1,1 million de tonnes, un record en 4 ans

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article nécessite un abonnement Premium ou EcoMembre.

Contactez le service client
  • Accueil
  • Agro-industrie
  • Boulangerie : pourquoi le Cameroun peine à imposer son quota de 15% de farine locale
CamerounbléBoulangeriePiisah
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

Image Quality EnhancementBanques et FinanceBanques : Afriland constitue son nouvel état-major pour la conquête de l’Afrique centraleAprès plusieurs années à revoir ses positions hors du Cameroun, Afriland repart à l’offensive. Le groupe de Paul Kammogne Fokam déploie quatre de ses cadres dans la CEMAC, où il profite désormais de l’agrément bancaire unique, tout en bâtissant depuis Lomé la structure appelée à piloter sa prochaine poussée en Afrique de l’Ouest.il y a 1 jourFRANCE-GABON-POLITICS-DIPLOMACYPolitiques PubliquesGabon : Libreville retourne sur le marché international pour lever 580 millions de dollars Après les 920 millions de dollars mobilisés en juillet, une nouvelle opération de 580 millions est en préparation, tandis que le projet de budget 2027 prévoit déjà près de 1,9 milliard de dollars d'emprunts internationaux.il y a 2 joursRCA PRConjonctureRépublique centrafricaine : nouvelle hausse du prix des carburants à la pompeLe litre de super passe de 1 050 à 1 150 Fcfa et le gasoil de 1 250 à 1 400 Fcfa pour les particuliers, tandis que les gros consommateurs paieront respectivement 1 500 et 1 650 Fcfa.il y a 2 joursEpremiumCapture d’écran 2026-10-01 à 14.09.01Business et EntreprisesAutomobile : CFAO Mobility accroît ses revenus de 33 % dans la CEMAC malgré l’offensive des marques chinoisesDistributeur historique de Toyota, Peugeot ou encore Suzuki en Afrique centrale, CFAO Mobility conserve une solide dynamique commerciale dans la CEMAC. Une performance réalisée alors que les marques chinoises multiplient les offensives sur le marché du véhicule neuf, notamment grâce à des prix particulièrement compétitifs.il y a 2 joursEpremiumWhatsApp Image 2025-11-22 at 18.50.46Banques et FinanceBDEAC va créer une filiale de titrisation dotée d’un portefeuille de 300 milliards FCFACe mécanisme lui permettrait de convertir une partie de ses prêts en ressources mobilisables sur le marché.​il y a 3 joursEpremiumPHOTO-2026-09-29-11-45-54Banques et FinanceJeremy Awori : « la CEMAC offre encore de belles possibilités de croissance pour Ecobank »Ecobank sort d’un exercice 2025 record, marqué par 801 millions de dollars de bénéfice avant impôt, une forte progression des crédits et le retour du dividende. Mais la hausse des créances douteuses à 9,4 % rappelle les risques qui accompagnent cette croissance. À l’occasion des célébrations des 40 ans du groupe à Lomé, au Togo, son directeur général, Jeremy Awori, a annoncé un objectif de 2,6 milliards de dollars de crédits aux entreprises dirigées par des femmes et aux PME de l’agrobusiness d’ici 2030. Dans cet entretien accordé à EcoMatin, il explique comment Ecobank entend poursuivre cette offensive tout en maîtrisant ses risques, et revient sur ses ambitions en Afrique centrale, les opportunités ouvertes par le retrait des banques internationales et la montée de l’intelligence artificielle dans les métiers bancaires.il y a 4 jours

Articles similaires

EpremiumfabBusiness et EntreprisesCameroun : Icrafon (famille Noutchogouin) renoue avec les bénéfices après deux exercices dans le rougePour le fabricant de produits plastiques, ce retour dans le vert intervient malgré une chute de près de 54 % de son chiffre d’affaires et sur fond de profonde restructuration financière.​il y a 2 joursEpremium1750415663378Business et EntreprisesLocation automobile : Loxea Cameroun (CFAO) multiplie par quatre son bénéfice à 1,2 milliard FCFAAprès un net ralentissement de son activité en 2025, la filiale de CFAO spécialisée dans la location automobiles rebondit avec une croissance à 3 chiffres de son résultat net, soutenu par sa nouvelle offre de solutions de mobilité ponctuelle telles que le VTC.il y a 4 joursEpremiumTrain Express CAMRAILMines et énergiesCameroun : l’actionnaire majoritaire de Camrail cumule 300 millions FCFA de pertes depuis 2019La Société camerounaise de chemins de fer (SCCF), véhicule à travers lequel Africa Global Logistics (AGL) contrôle Camrail, a enregistré une perte d’environ 45 millions de FCFA en 2025. C’est son septième exercice consécutif dans le rouge, portant ses pertes cumulées depuis 2019 à près de 300 millions de FCFA.il y a 1 jourIMG_20261002_151215Banques et FinanceCameroun : les prêts à moyen terme propulsent le crédit bancaire à plus de 7 000 milliards FCFA à fin juin_Les crédits à long terme, pourtant les plus dynamiques, ne représentent qu'une part marginale de l'encours qui a bondi de 11,4 % en un an._ il y a 1 jourCapture d’écran 2026-10-01 à 16.32.33Banques et FinanceCEMAC : un prêt bancaire coûte 2,6 fois plus cher au Gabon qu’au CamerounSe financer auprès d’une banque reste particulièrement coûteux au Gabon. Le pays affiche le taux moyen (TEG) le plus élevé de la CEMAC, soit 21,5 % contre 8,31 % au Cameroun.il y a 2 joursEpremium813606365_1742140776998318_2088517821611808503_nMines et énergiesCameroun : le projet ferroviaire avec la RCA permettrait à Kribi de capter 5 % du commerce mondial de minerai de ferLe projet d'axe ferroviaire en gestation entre la République centrafricaine et le Cameroun pourrait propulser le Port Autonome de Kribi au premier plan de la logistique minière mondiale, selon une étude.il y a 3 jours
Actuellement en kiosque

Les plus lus

1Gabon : avec 1 064 milliards de FCFA de dette, six entreprises publiques inquiètent la Banque mondiale il y a 3 jours2Banques : Afriland constitue son nouvel état-major pour la conquête de l’Afrique centraleil y a 1 jour3Pétrole : pourquoi un baril rapporte 31 dollars au Gabon contre 90 dollars au Camerounil y a 2 jours4Yvon Sana Bangui prend la tête de l’Institut chargé de préparer la future Banque centrale africaine il y a 4 jours5Cameroun : l’État mobilise 300 millions FCFA pour amorcer le lancement d'un Institut professionnel de la microfinanceil y a 5 jours6Cameroun : le bénéfice net de PlaYce tombe à son plus bas niveau depuis son ouvertureil y a 4 jours7Cameroun : le projet ferroviaire avec la RCA permettrait à Kribi de capter 5 % du commerce mondial de minerai de feril y a 3 jours8Cameroun : le retour inattendu de Viettel Global dans la bataille pour Nexttelil y a 2 jours9Tchad : les demandes d’e-Visa bondissent de moins de 10 à plus de 100 par jouril y a 2 jours10CEMAC : la BEAC prépare un tour de vis sur les achats de titres publics par les banquesil y a 4 jours
📧

Newsletter EcoMatin

Recevez notre briefing économique quotidien directement dans votre boîte mail

Analyses exclusives • Décisions économiques • Afrique centrale

App Logo
Je m'abonne
MarchéCotationBoursesFondsMatières premièresConvertisseur
AbonnementsMon compteMes abonnementsNewslettersArticles achetés
ServicesConditions généralesPolitique de confidentialitéPolitique en matière de cookiesContact & Suggestions
La rédactionQui sommes-nous?Nous rejoindreNotre équipeLettre du DP
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.