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Cameroun : Faute de financement, le gouvernement envisage de prolonger le PIISAH jusqu'en 2030

Le Cameroun comptait sur le Piisah pour réduire considérablement à l'horizon 2026 les importations qui grèvent chaque année la balance commercial. Cette ambition annonce une mission impossible à quatre mois de l'achèvement du plan, selon le bilan dressé par le gouvernement lui-même.

Publiée jeudi 27 août 2026 à 15:55:39Modifiée jeudi 27 août 2026 à 16:25:28Temps de lecture 6 minPar Vicky BAGAL

Développement de terres agricoles au Cameroun
Développement de terres agricoles au Cameroun

Le rapport sur l'économie camerounaise en 2025, publié par le ministère de l'Économie, dresse le bilan du Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique 2024-2026 (PIISAH) et montre des résultats encore très éloignés des ambitions initiales. Avec un taux de mobilisation des financements de seulement 8 % (110 milliards de FCFA) et une réalisation physique tout aussi faible, le programme peine à décoller. Le ministère évoque des défis financiers et structurels, ainsi que des délais de production incompatibles avec l'horizon initial du programme.

Face à ce constat, le gouvernement estime que l'objectif de réduire de 40 % les importations alimentaires à l'horizon 2026 « ne pourra être atteint » dans le cadre du triennat initial, et évoque la piste d'un nouveau calendrier. « Dans ces conditions, il serait souhaitable d'envisager une prorogation du PIISAH sur la période 2027-2030 », peut-on lire.

Lire aussi : Plan d’import-substitution : au Cameroun, des incertitudes planent sur l'atteinte des objectifs d’ici 2026

Pour expliquer ce glissement de calendrier, il convient de préciser qu'à quelques mois de l'échéance du PIISAH, le pays n'est pas parvenu à débloquer les 1 443 milliards de FCFA nécessaires à la réalisation du programme sur le triennat initial. Un manquement que le ministère de l'Économie explique par des « contraintes de trésorerie ayant affecté la rapidité des mandatements et la mise à disposition effective des ressources allouées ». De fait, si le taux d'ordonnancement des fonds mis à disposition (110 milliards de FCFA, Ndlr) atteignait 94,14 % selon le document exploité par EcoMatin, l'exécution physique globale s'est établie à seulement 15,95 %.

BC-PME, Plaine centrale : les points de blocage

OuiCe décalage s'explique en grande partie par les lenteurs de décaissement de la Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises (BC-PME), bras financier opérationnel de l'État auprès des acteurs privés (TPE, PME et coopératives). Sur les 22 milliards de FCFA transférés à la banque début 2025, seuls 10 milliards de FCFA avaient effectivement été mis à la disposition des bénéficiaires à fin mars 2026. Le rapport évoque ainsi des « capacités opérationnelles insuffisantes de la BC-PME » qui pèsent directement sur la production, la transformation et la commercialisation.

Lire aussi : Cameroun: l'Etat augmente le budget de son plan d'import-substitution à 1 500 milliards de Fcfa (+9,4%)

Le gouvernement pointe également les retards dans la maturation des projets structurants comme un obstacle à l'avancement du PIISAH, à commencer par le Projet Plaine Centrale, qui prévoyait la sécurisation et l'aménagement de 400 000 hectares, extensibles à 1,2 million d'hectares (premier axe du programme). À fin 2025, 350 464 hectares étaient sécurisés, contre seulement 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles aménagés. À ces blocages structurels s'ajoutent des contraintes biologiques incompressibles, comme le cycle de sept ans requis pour le palmier à huile ou la reproduction pluriannuelle de l'élevage bovin, qui rendent les objectifs de souveraineté alimentaire difficiles à concrétiser dans les délais initialement fixés.

Pour y remédier, le gouvernement entend, en plus de la prolongation du calendrier, réviser les cibles de production et le mécanisme de financement des opérateurs privés, avec la mobilisation de banques locales au-delà de la BC-PME.

Lire aussi : Agro-industrie : le Cameroun mise sur de nouvelles zones économiques pour réduire de 10 000 milliards FCFA les importations sur 5 ans

S'agissant des deuxième et troisième axes, consacrés à la production, à la transformation, à la formation et au financement de la recherche, le ministère de l'Économie revendique plusieurs résultats : 13 000 tonnes de farines panifiables produites, 670 tonnes de semences certifiées, 452 tonnes de semences diverses et 2 millions de tonnes d'engrais mis à la disposition des producteurs. S'y ajoutent un taux de réalisation de 80 % pour la rizerie de l'UNVDA à Nélop, dont la mise en exploitation est prévue au second semestre 2026, ainsi que la formation de 580 acteurs du secteur rural et la mise en place de trois interprofessions opérationnelles.

Prolongation jusqu'en 2030

Selon le bilan 2025, le taux moyen de réalisation des objectifs des trois axes atteint seulement 13,25 % de l'objectif triennal, avec des effets marginaux sur les équilibres extérieurs. Les légères hausses de production des filières ciblées (riz, maïs, blé, huile de palme, poisson, bovins, lait, etc.) ont permis de réduire de tout juste 3,5 % le déficit agropastoral entre 2024 et 2025 - un résultat modeste comparé à l'ambition affichée. Les importations alimentaires ciblées, elles, ont continué de progresser : elles ont atteint 848,3 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 15 % sur un an.

Lire aussi : Balance commerciale : le déficit du Cameroun se creuse à près de 1 600 milliards FCFA en 9 mois

Pourtant, dans son adresse à la nation du 31 décembre 2023, le président de la République, Paul Biya, s'appuyait sur le PIISAH pour améliorer à moyen terme la balance commerciale du pays, historiquement déficitaire. « Le plan triennal intégré d'import-substitution pour la période 2024-2026, que j'ai prescrit au Gouvernement, participe de mon souci de permettre à notre pays d'économiser de précieuses ressources. Ce plan, en renforçant notre souveraineté alimentaire, devrait réduire l'impact négatif des importations sur notre balance commerciale », déclarait le chef de l'État.

Cet indicateur s'est au contraire creusé en deux ans, passant de 1 747,3 milliards FCFA en 2024 à 2 145,2 milliards FCFA en 2025, soit une érosion de 398 milliards FCFA d'une année à l'autre. Ainsi, l'objectif de -40 % des importations et l'espoir d'une balance commerciale excédentaire s'éloignent un peu plus.

Lire aussi : Boulangerie : pourquoi le Cameroun peine à imposer son quota de 15% de farine locale

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