Le sujet fait les choux gras de l'opinion depuis le passage de ce dossier devant la Chambre des Comptes. Selon ce rapport que nous avons pu consulter, l'État du Cameroun n'a perçu que 55,8 milliards FCFA de dividendes en 2024, versés par seulement 9 entreprises sur les 49 auditées par la juridiction financière de la Cour suprême. Ce montant ne représente que 2,92 % des 1 926,2 milliards FCFA que l'État détient en participations dans ces sociétés, un rendement dérisoire qui, selon la juridiction financière, transforme ce portefeuille en "risque budgétaire et financier" pour le pays. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) reste le principal contributeur, avec 20,8 milliards FCFA versés, suivie de la Banque centrale (Beac), avec 20,5 milliards FCFA.
749,3 milliards FCFA de subventions en 6 ans
Le portefeuille de l'État se compose de 1 534,5 milliards FCFA d'actifs dans 38 entreprises contrôlées (celles où il détient au moins 50 % du capital, à l'image de Camtel, la BC-PME, Camair-Co, Sonamines, Alucam, la Sonara, la CBC, la Beac ou le PAD) et de 391,6 milliards FCFA dans 12 entreprises non contrôlées, comme la Sosucam, Camrail, la Cicam, Hevecam, la Socapalm ou le PMUC. Ces deux enveloppes ont continué de croître : +13,7 % pour les entreprises contrôlées et +10,2 % pour les non contrôlées par rapport à 2023. Mais la rentabilité, elle, ne suit pas.
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À ces participations s'ajoutent 749,3 milliards FCFA de subventions versées à 26 entreprises entre 2020 et 2025, soit plus de 100 milliards FCFA par an en moyenne des sommes qui, au lieu de financer le budget de l'État, servent à maintenir ces structures à flot. La comparaison avec un placement financier classique est sans appel. « Si au lieu de prendre des participations dans ces entreprises, l'État avait plutôt fait des placements sur le marché financier au taux moyen de 6,5 %, il aurait eu en moyenne 150 milliards FCFA d'intérêts », souligne la Chambre des Comptes, qui conclut : « les prises de participation de l'État au capital des entreprises sont très peu rentables ».
Équipements vétustes, effectifs pléthoriques
Outre ces problèmes managériaux des entreprises sous l’aile de l’Etat, l’organe judiciaire souligne également la vétusté des équipements et surtout le « sureffectif », qui impactent sur la compétitivité et la performance de ces entreprises dans leurs secteurs d’activités. A titre de comparaison, en 2024, l’opérateur historique des télécommunications Camtel dispose d’un effectif d’environ 4 000 employés contre 770 pour Orange Cameroun et 526 pour MTN Cameroun mais avait réalisé un chiffre d’affaires de 217 milliards FCFA contre 366 6 milliards de FCFA de chiffre d’affaires environ pour MTN Cameroun et 368.6 milliards FCFA environ pour Orange Cameroun au cours de la période indiquée.
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Pour inverser cette tendance, la juridiction financière recommande à l'État de mieux encadrer son intervention dans ces entreprises, de limiter les subventions, de veiller effectivement au paiement des dividendes, de soumettre les dirigeants à des contrats de performance et d'optimiser la masse salariale en alignant les recrutements sur les besoins réels en personnel.
À nuancer
À nuancer toutefois, estime un cadre au ministère des finances contacté par EcoMatin. Selon lui, le rendement de 2,92 % calculé par la Chambre des comptes ne constitue qu'une photographie de l'exercice 2024 et ne permet pas, à lui seul, d'apprécier la performance de long terme du portefeuille public. « Une politique d'actionnariat se juge sur plusieurs années, en tenant compte des dividendes cumulés, des plus-values éventuelles et des objectifs stratégiques assignés à chaque participation », explique-t-il. L'expert rappelle également que les 1 926,2 milliards de FCFA correspondent à la valeur des participations détenues par l'État et non à des investissements réalisés en 2024. Dès lors, la comparaison avec un placement financier rémunéré à 6,5 % relève davantage d'une analyse du coût d'opportunité du capital immobilisé que de la démonstration d'une perte effective de recettes pour le Trésor.
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Enfin, il relève certaines limites méthodologiques dans le rapport. Trois sociétés ayant pourtant versé des dividendes en 2024 (DPDC, Africa Re et BGFI) ne figurent pas parmi les entreprises recensées dans le portefeuille de l'État. Il souligne aussi que les contre-performances de certaines entreprises s'expliquent en partie par des facteurs exogènes : la Sonara continue de subir les conséquences de l'incendie de sa raffinerie en 2019, tandis que la CDC et Pamol Plantations restent fortement affectées par la crise sécuritaire dans les régions anglophones.
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