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Rentabilité : 14 entreprises publiques menacées de dissolution

CDC, Pamol Plantations Plc, Semry, Anafor, Alucam, Cicam, Sonara, Ayaba Hotel, Shnc, Camair-Co, Cnic, Campost, BC-PME et CFC affichent aujourd’hui des capitaux propres négatifs ou inférieurs à la moitié du capital social. Le gouvernement refuse d’en tirer les conséquences de droit comme le prescrit l’Acte Uniforme Ohada relatif aux Sociétés Commerciales et Groupement d’Intérêt Economique. Plus de 25 000 emplois sont en jeu.

Publiée dimanche 18 avril 2021 à 09:06:13Modifiée dimanche 18 avril 2021 à 09:06:26Temps de lecture 5 minPar Philipe NSOA

riz culture
Une dissolution mettrait plus de 25 304 travailleurs dans la rue

Transformation des matières premières, hôtels, exploitation et de distribution des hydrocarbures, transport, travaux publics, communication, etc. l’Etat reste présent dans tous les secteurs d’activités (primaire, secondaire et tertiaire) aujourd’hui. L’implication de la puissance publique dans le tissu de production est encore telle que “l’Etat participe même directement aux activités économiques où la participation privée est possible et économiquement viable », souligne avec regret la Banque mondiale dans le Mémorandum économique du Cameroun publié en 2017. Mais le moins que l’on puisse dire est que l’Etat n’a pas la main heureuse dans les affaires. Très souvent, les entreprises publiques apparaissent comme de véritables gouffres financiers.

Selon le Rapport sur les “concours financiers de l’Etat aux entreprises” annexé à la loi de finances 2021, le résultat net consolidé des entreprises publiques était de -104,314 milliards de Fcfa en 2019 contre -61,408 milliards en 2018 et -47,98 milliards en 2017. Le résultat net global des entreprises publiques au cours des années 2017 (-48 milliards), 2018 (-56,9 milliards) et 2019 (-118,5 milliards) est aussi déficitaire. Ces résultats nets négatifs impactent le budget de l’Etat à travers les recapitalisations, les réhabilitations et les appuis divers.

L’avenir de certaines entités publiques serait même remis en question. En effet, le Rapport révèle qu’un certain nombre d’entreprises publiques ont leurs capitaux propres entièrement absorbés du fait de leurs résultats négatifs successifs. “Les capitaux propres étant devenus négatifs ou inférieurs à la moitié du capital social, il y a risque de dissolution de ces entreprises, ainsi qu’une incertitude significative sur la continuité d’exploitation de ces dernières par absence de recapitalisation”, lit-on. Le sort de 14 des 44 entreprises publiques serait ainsi sur la balance. Il s’agit de CDC, PPPlc, Semry, Anafor, Alucam, Cicam, Sonara, Ayaba Hotel, Shnc, Camair-Co, Cnic, Campost, BC-PME et CFC. Plus de 25 304 emplois sont ainsi menacés.

Lire aussi : Gouvernance d’entreprise : en attendant l’arrimage au droit Ohada

Epée de Damoclès

En effet, l’article 664 de l’Acte Uniforme Ohada relatif aux Sociétés Commerciales et Groupement d’Intérêt Economique dispose que : “Si, du fait de pertes constatées dans les états financiers de synthèse, les capitaux propres de la société deviennent inférieurs à la moitié du capital social, le Conseil d’Administration ou l’Administrateur Général, selon le cas, est tenu, dans les quatre mois qui suivent l’approbation des comptes ayant fait apparaître cette perte, de convoquer l’assemblée générale extraordinaire à l’effet de décider si la dissolution anticipée de la société a lieu”.

Lire aussi : 4 milliards d Fcfa de pertes pour la Banque des PME en 3 ans

L’article 665 de l’Acte précité prévoit que : “Si la dissolution n’est pas prononcée, la société est tenue, au plus tard à la clôture du deuxième exercice suivant celui au cours duquel la constatation des pertes est intervenue, de réduire son capital, d’un montant au moins égal à celui des pertes qui n’ont pas pu être imputées sur les réserves si, dans ce délai, les capitaux propres n’ont pas été reconstitués à concurrence d’une valeur au moins égale à la moitié du capital social”.

Dans un rapport de 2009 sur l’application de la loi du 22 décembre 1999 portant statut général des établissements publics et des entreprises du secteur public et parapublic et des Actes Uniformes Ohada, la Chambre des Comptes de la Cour Suprême avait déjà constaté une “absence de données précises sur le capital social et d’indications sur sa constitution principalement pour les anciens Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial (EPIC).” Ce qui ne permet pas de déterminer avec exactitude le niveau de capitalisation des entreprises du secteur public et parapublic.

Lire aussi : Climat social : l’Etat va régler la facture salariale à la CDC

Pour la Juridiction financière, “les difficultés d’exploitation et de fonctionnement ont conduit à l’accumulation des pertes qui dans certains cas ont complètement absorbé ce capital social”. Bien plus, conclue-t-elle, “nombre d’entreprises se retrouvent donc au fil des ans avec une situation nette dégradée dont les conséquences juridiques ont rarement été tirées.”

La sonnette d’alarme lancée de la Chambre des Comptes n’a donc pas été prise au sérieux par le gouvernement camerounais. Entre temps, la situation s’est dégradée davantage.

Lire aussi : La Semry vise une production annuelle de 180 000 tonnes de riz

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