Début de printemps très actif pour Société Générale en termes de rotation de portefeuille. Après l’annonce, le 12 avril 2024, d’un accord portant sur la vente de ses franchises marocaines, la banque française dirigée par Slawomir Krupa devrait franchir une nouvelle étape dans la réduction de son dispositif en Afrique. Citant des sources confidentielles, plusieurs médias français ont révélé que le groupe tricolore avait mandaté la banque d’affaires franco-américaine Lazard pour trouver des repreneurs pour ses franchises camerounaise, ghanéenne et tunisienne.
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En 2023, ces trois marchés ont représenté 21,5% du chiffre d’affaires (PNB) de Société Générale en Afrique et seulement 1,5% de l’activité à l’échelle du groupe. Société Générale Côte d’Ivoire n’est pas concernée pour le moment même si des tractations se tiennent au plus haut niveau de l’État ivoirien pour étudier les contours du départ de l’enseigne française. Quoi qu’il en soit, ce départ donne aux groupes bancaires panafricains un espace significatif pour se développer, stimulant une saine concurrence sur des marchés émergents.
Au Cameroun, Vista Bank plus qu’aux aguets
Selon les informations de EcoMatin, et sauf désaccord des autorités locales, le groupe Vista-holding du réseau Vista Bank- serait en pourparlers très avancés pour reprendre les activités de Société Générale au Cameroun. Si les tractations en cours aboutissent, cela marquera l’entrée du Burkinabé Simon Tiemtoré sur le marché camerounais. Une entrée par le haut puisque Société Général Cameroun est actuellement la 2e banque du pays en termes de total bilan, mais la première sur le segment de la rentabilité. Elle a notamment réalisé un résultat net de 23 milliards FCFA en 2022, devançant Afriland First Bank, son principal concurrent. En termes d’actifs, la banque compte 45 agences dans le pays pour environ 157 guichets automatiques de billets disséminés à travers le territoire.
Ce serait un gros coup pour Simon Tiemtoré qui ne souhaite pas reproduire les erreurs passées avec Société Générale Congo. Cette franchise lui avait été initialement promise avant de lui glisser entre les mains sous l’impulsion du gouvernement congolais. C’est pourquoi l’homme d’affaires burkinabé multiplie les discussions avec Yaoundé pour se positionner en favoris pour la rachat de la 2e plus grosse banque du pays. Si effective, cette acquisition permettrait surtout à Vista Bank d’ancrer sa présence dans la Cemac et en Afrique centrale de manière générale. Le groupe bancaire a déjà un accord pour les filiales de Société Générale en Guinée Équatoriale et devrait contrôler une participation majoritaire dans les franchises gabonaise et tchadienne d’Oragroup.
L’offensive de Jean Kacou Diagou
Également en discussions avancées avec Société Générale au sujet de sa filiale camerounaise, le groupe de bancassurance NSIA, pourrait bien contrecarrer les plans de Vista. Selon nos informations la holding du milliardaire ivoirien Jean Kacou Diagou souhaite également prendre pied dans le secteur bancaire camerounais et une reprise des activités du 2e plus gros acteur serait une opération parfaite. À la différence de son concurrent, NSIA est déjà active au Cameroun mais sur le segment de l’assurance vie et non-vie.
Le Groupe NSIA exerce aujourd'hui dans les métiers de l'assurance (19 compagnies vie et non vie) , la banque (2 banques) , la finance ( une société de Gestion et d’Inter médiation) , l’immobilier (une société immobilière) et les technologies (SSII). Sur le segment bancaire, elle n’est pour l’instant implantée qu’en Côte d’Ivoire et en Guinée Conakry.
Henri-Claude Oyima sur les starting block
Après avoir convaincu l’État congolais de lui céder la filiale de Société Générale qui pourtant avait été promise au groupe Vista, récupérant ainsi seule la tête du marché bancaire dans le pays, Henri-Claude Oyima ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Au Cameroun, 12 ans après avoir ouvert une filiale, le patron de BGFIBank a à cœur d’occuper le peloton de tête du marché bancaire sur le très court terme. « BGFIBank veut être parmi les deux premières banques camerounaises au cours des trois prochaines années », a déclaré Henri Claude Oyima dans une interview accordée à EcoMatin.
Une déclaration pleine de certitude que le gabonais souhaite réaliser en reprenant les actifs de la 2e plus grosse banque en termes de total bilan. Cette affirmation traduit surtout le caractère avancé des pourparlers avec le banquier français mais aussi les autorités camerounaises qui perçoivent BGFIBank comme un acteur sérieux pour reprendre le flambeau et soutenir efficacement le financement de l’économie. L’établissement bancaire a déjà fait ses preuves puisqu’en seulement 12 ans BGFI s’est hissé dans le top 10 en termes de collecte de dépôt et sixième en matière de crédit à l’économie à fin 2022 au Cameroun.
Société Générale Côte d’Ivoire : priorité aux locaux
Si la filiale ivoirienne de la Société générale n'est pour le moment pas concernée par les cessions en cours, plusieurs cadres du groupe influents sur le continent s'apprêtent néanmoins à la quitter. C'est notamment le cas de Georges Wega, directeur régional Afrique de l'Ouest et directeur délégué des réseaux bancaires internationaux pour la région Afrique. Installé à Abidjan, le banquier devrait, selon les médias français, quitter l'entreprise d'ici au mois de juillet. Il finaliserait actuellement les détails des conditions de son départ, qui devrait se faire dans le cadre d'un accord entre les deux parties.
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Concernant Société Générale Côte d’Ivoire elle-même, elle fait l’objet de toutes les convoitises puisqu’il s’agit de la première banque de la 9e puissance économique d’Afrique. C’est pourquoi l’État Ivoirien semble bien décidé à intervenir dans le choix du repreneur comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire. Selon des sources qui ont requis l’anonymat en raison de leur implication dans la transaction, Abidjan souhaite une reprise de la banque par la Caisse nationale des prévoyance sociale (CNPS), le fonds de pension dédiée au secteur privé, et la Banque nationale d’Investissement (BNI). Une fois ces deux entités étatiques prendront le contrôle, des discussions stratégiques seront engagées pour vendre la banque à un acteur local de préférence.
En 2023, Société Générale Côte d’Ivoire a réalisé un résultat net en progression de 30,3% à 97,23 milliards FCFA. Ce qui représente plus de 22 milliards de plus que le bénéfice de 74,61 milliards FCFA réalisé lors de l'exercice 2022.
Feuille de route stratégique
Comme BNP Paribas, BPCE et Crédit Agricole, le départ de Société Générale d’Afrique traduit, selon Fitch, une incapacité pour les banques françaises à évoluer sur certains segments de l'économie sur les marchés émergents. Les filiales sont généralement confrontées à plusieurs défis, car l'appétit pour le risque de leurs maison mère est inférieur à celui de leurs concurrents locaux. Ce qui peut freiner leur croissance et leur rentabilité. Selon Fitch, la réduction de leur présence en Afrique correspond également à leurs efforts pour optimiser les actifs pondérés en fonction des risques dans le cadre de la surveillance bancaire européenne, qui est plus stricte que la surveillance locale pour leurs homologues africains. C’est pourquoi Société Générale dans le cadre de sa « feuille de route stratégique » a prévu de se recentrer sur les marchés plus matures de la banque de détail en Europe et sur des activités telles que l'assurance, le crédit-bail et la banque de financement et d'investissement, où elles peuvent réaliser des synergies plus importantes.











