Le Tchad va auditer ses principales entreprises extractives pour s'assurer de la régularité de leur gestion financière et opérationnelle. L'Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) du Tchad a annoncé, vendredi 3 juillet 2026, avoir déployé des missions de contrôle au sein de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), de Tchad Petroleum Company (TPC), de la Société nationale d’exploitation minière et de contrôle (SONEMIC), ainsi qu'à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS).
Présentées aux secrétaires d'État des ministères de tutelle (Pétrole et Fonction publique), ces équipes ont un mandat clair : « ces missions visent à vérifier la conformité des procédures et le respect des normes applicables, dans le cadre de la promotion de la transparence et de la redevabilité », a déclaré la Contrôleuse générale adjointe de l'Ailc, Fatimé Abdelkérim Soumaïla.
Concrètement, les auditeurs vont éplucher les registres de passation des marchés publics, les flux financiers et les circuits de commercialisation de ces entités parapubliques. Bien que l'AILC ne l'ait pas officiellement signalé, cette opération de contrôle s'explique par l'urgence budgétaire qui frappe le pays. Dans un contexte de chute vertigineuse des revenus pétroliers — avec plus de 1 000 milliards de FCFA de pertes cumulées sur les deux dernières années en raison de la volatilité des cours et de l'épuisement des puits —, le gouvernement a l'obligation d'optimiser les marges de ses opérateurs d'hydrocarbures (SHT, TPC).
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En parallèle, le ciblage de la SONEMIC a pour but de forcer la structuration fiscale des filières de l'or et de l'antimoine, dont les revenus échappent encore massivement à l'État, au profit de l'exploitation informelle et de la contrebande transfrontalière. Les enjeux financiers de cet assainissement sont colossaux, avec des conséquences directes sur les équilibres macroéconomiques et sociaux.
En débusquant d'éventuelles déperditions de capitaux, les pouvoirs publics pourraient procéder à la révision des contrats de sous-traitance surfacturés. Le Trésor public espère ainsi dégager de nouvelles marges de manœuvre représentant entre 5 % et 10 % de son budget d'investissement.
Par ailleurs, l'inclusion stratégique de la CNPS dans ce périmètre illustre l'impact de l'urgence futuriste. En effet, les récentes revalorisations chez les sous-traitants parapétroliers devant faire gonfler les cotisations sociales, la sécurisation stricte des réserves de la caisse est devenue un impératif d'État pour garantir le paiement des pensions à des milliers de retraités frappés par l'inflation.
Historiquement, depuis les premières exportations du brut du bassin de Doba en 2003, la gouvernance de la rente extractive tchadienne a régulièrement été critiquée pour son manque de transparence, un facteur qui a longtemps freiné l'afflux d'investissements directs étrangers (IDE). En perspective, cette intervention musclée du « gendarme anticorruption » pourrait marquer un tournant institutionnel.
Si ces audits aboutissent à des réformes structurelles plutôt qu'à de simples sanctions administratives, N'Djamena pourrait considérablement améliorer sa notation auprès de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Ce signal de rigueur est aujourd'hui indispensable pour rassurer les marchés internationaux et attirer les capitaux nécessaires au développement industriel des minerais solides à l'horizon 2030.
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