La prudence. C’est ce qui va caractériser le gouvernement l’année prochaine en matière de mobilisation de ressources sur le marché de la CEMAC. De fait, ce principe est posé dans la circulaire présidentielle relative à la préparation du budget 2025 signée le 30 octobre dont la copie est attendue devant le Parlement dans les prochains jours.
Pour assurer une gestion active des instruments d'endettement, le gouvernement, selon la circulaire, entend recourir l’année prochaine aux rachats et aux rééchelonnements de sa dette sur le marché financier domestique. Car, il est question, selon les orientations globales de la circulaire présidentielle, de prévenir tout risque de défaut de paiement sur le marché de la dette domestique en améliorant la capacité de remboursement du gouvernement afin de bénéficier des conditions favorables pour l'émission de nouvelles dettes.
De plus, priorité sera aussi accordée aux émissions obligataires pour le financement du budget afin de minimiser les risques liés aux taux, au refinancement et, l’on devrait également assurer le développement des produits financiers adaptés aux besoins du marché. Car, pour ce qui est Bons du Trésor assimilables, le gouvernement entend jouer la carte de la prudence, et réduire leur encours en cas de risque de refinancement élevé.
Trésorerie sous tension
En jetant un coup d’œil sur la situation du pays sur le marché des titres de la CEMAC, la direction du Trésor du ministère camerounais des Finances renseigne qu’au 30 octobre 2024, le gouvernement a émis un montant de 637,653 milliards de FCAF de Bons du Trésor assimilables (BTA) et 652,893 milliards de FCFA en termes d’obligations du Trésor assimilables (OTA). Ce qui met la trésorerie sous tension. Le problème, y assure-t-on ce sont les maturités rapprochées dans certains cas et les conditions de marché souvent très exigeantes.
Une situation qui du point de vue budgétaire commence à devenir difficilement soutenable, bien que les responsables expliquent que le remboursement des échéances des OTA est automatisé en raison des ressources provisionnées dans le compte d’amortissement logé à la banque centrale. Ce mécanisme de sûreté garanti par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (banque centrale commune au Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, RCA et Tchad), permet au Cameroun de couvrir ses remboursements afin de prévenir d’éventuels retards de paiements dans les échéances qu’il doit honorer sur le marché monétaire. «Pour cette catégorie de titres, assurent les responsables de la direction de la Trésorerie du ministère des Finances, il n’y a pas de risques de remboursement.»
N’empêche, le Cameroun a dû acquitter 721,054 milliards de FCFA de dettes sur la même période dont 98,32 milliards de FCFA de rachats de dettes en OTA (88,266 milliards de FCFA et 10,058 milliards de FCFA de BTA). Et au rythme où la courbe des levées de fonds réalise des pics, la perspective d’un rééchelonnement de la dette sur le marché domestique peut être comprise. Car, renseigne la direction de la Trésorerie, le Cameroun affiche un financement positif net de 180,992 milliards de FCFA au 30 octobre 2024. « Cela veut dire que le Cameroun a plus emprunté qu’il n’a remboursé sur cette période.»
Maturités
Si les rachats de dette sont régulièrement utilisés par le Cameroun sur le marché monétaire, le rééchelonnement sera pour la deuxième fois utilisé par un Etat sur ce marché depuis sa création, après le Congo cette année. La prescription présidentielle pourrait s’expliquer, selon les responsables du Trésor, par le rapprochement des échéances. Sur le marché des adjudications, c’est-à-dire les Bons du Trésor assimilables et les Obligations du Trésor assimilables, l’encours au 30 octobre s’élève à 1533,816 milliards de FCFA. Celui-ci représente 411,20 milliards de FCFA sur le marché des emprunts syndiqués (emprunts obligataires) et 511,333 milliards de FCFA en termes d’eurobonds. Soit un encours global au 30 octobre 2024 de 2438,336 milliards de FCFA.
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Mais le pays est confronté au rapprochement des échéances de remboursement. En effet, si les prêts syndiqués couvrent des échéances allant jusqu’à plus de 9 ans, les BTA et les OTA, en dépit du mécanisme de sûreté garanti par la Banque centrale, mettent la trésorerie à flux tendu et continu. Les OTA et les BTA inférieurs ou égaux à cinq ans constituent la plus grande portion des titres émis. De fait, ainsi que le faisait remarquer Samuel Tela, directeur de la Trésorerie au ministère camerounais des Finances le 30 septembre 2023 à Bangou lors de la Finance Week, les Bons du Trésor assimilables représentent la plus grande portion des obligations souscrites par les investisseurs du marché financiers.
Pour les maturités de 13, 26 et 52 semaines, poursuivait-il sur le panel de cet évènement qui traitait du thème «Marché financier et épargne : comment drainer efficacement les ressources longues», l’on observe une véritable bousculade avec un taux de souscriptions de 73,9%. Mais delà de cinq ans, indiquait-il, les taux menacent la barre de 0%. «On relève une réelle aversion du marché pour les titres de maturité supérieure à 05 ans, soit pour le long terme ; et de fait, cela constitue un risque de refinancement à cause des ressources à court terme», relevait le directeur de la Trésorerie.
À titre d’illustration, dans la seule journée du 10 octobre 2024, le Trésor public camerounais a remboursé la somme de 40 milliards de FCFA sur le marché de la BEAC. « L’argent a été mobilisé sur fonds propres à hauteur de 19 milliards de FCFA, et 21 milliards de FCFA sur le marché monétaire. Ce qui est énorme», indique-t-on au ministère des Finances.
Soutenabilité
Mais s’agissant de l’éventualité d’un rééchelonnement de la dette du Cameroun sur le marché monétaire en vue d’«assurer une gestion active des instruments d'endettement», comme vient de le faire le Congo en repoussant de 10 ans les maturités sur le même marché, et tel que contenu dans la circulaire présidentielle, des responsables du ministère des Finances, notamment à la direction de la Trésorerie, confirment l’option d’un possible recours à ce mécanisme en 2025, mais relativisent la situation du Cameroun. Pour eux, il n’y a pas péril en la demeure. «C’est un mécanisme qui existe et que le président de la République estime qu’on peut déclencher en cas de nécessité l’année prochaine. Toutefois, on le fera peut-être mais pas dans les conditions du Congo qui lui était sous-pression».
En effet, si le Congo fait face à des difficultés de tous ordres, ce n’est pas le cas du Cameroun assure-t-on au ministère des Finances. Le Congo doit de fait mobiliser plus de 1200 milliards de FCFA par an pour acquitter sa dette de marché pour des recettes fiscales annuelles d’un plus de de 920 milliards de FCFA, le Cameroun entend collecter 4203 milliards de FCFA au terme de cette année. En ce qui est des maturités, le Congo doit rembourser plus de 1450 milliards de FCFA dans un horizon de deux ans, soit en 2026. Quant au Cameroun, ses efforts de mobilisation des ressources pour faire face aux engagements de l’Etat s’en trouvent entamés à cause des dépenses sécuritaires, impossibles de quantifier sur une année.
Pour l’heure, sur le marché financier, le gouvernement préconise selon les termes de la circulaire sur la préparation du budget, l'approfondissement des marchés primaire et secondaire par l’élargissement de la base des investisseurs. Car, comme le montre la situation sur le marché au 30 octobre 2024, pour ce qui est du marché monétaire, l’encours des titres publics est détenu à 94,91% par les résidents et 5,09% par les non-résidents. De même, priorité sera accordée aux émissions de titres publics de longue maturité dans l’optique de sauvegarder les intérêts de l'État. « L’objectif c’est de faire en sorte qu’en 2028, l’encours des titres publics sur le marché de la CEMAC baisse à 30% de son niveau actuel », explique un responsable de la direction du Trésor.










