La compagnie aérienne nationale tunisienne Tunisair a lancé une opération financière d’envergure destinée à consolider ses activités et relancer sa stratégie d’expansion sur le continent africain. Baptisée « Emprunt Obligataire Tunisair 2025-1 », cette émission porte sur 30 millions de dinars tunisiens, soit environ 10,5 millions de dollars, et s’inscrit dans un programme global d’emprunts pouvant atteindre 150 millions de dinars sur douze mois. Autorisée par l’Assemblée générale de la compagnie le 10 septembre dernier, cette levée de fonds vise à renforcer la trésorerie du transporteur et à financer la modernisation de sa flotte, dans un contexte de redressement post-pandémie.
Concrètement, l’emprunt offre un taux d’intérêt annuel attractif de 10% sur sept ans, dont une année de grâce, avec un remboursement progressif du capital et des intérêts versés chaque mois. L’opération, ouverte à la souscription entre le 6 et le 10 octobre 2025, se déroule sans appel public à l’épargne, confirmant la volonté de la direction de s’appuyer sur des investisseurs institutionnels et partenaires stratégiques. Ce financement doit permettre à Tunisair de stabiliser ses comptes et de poursuivre sa politique de rationalisation engagée depuis 2019, après plusieurs années marquées par des pertes structurelles et des retards dans la mise en œuvre de son plan de restructuration.
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Mais au-delà du volet financier, cet emprunt revêt une dimension stratégique : il doit relancer le programme d’expansion africaine de Tunisair qui nourrit notamment l’ambition de desservir la zone CEMAC. Les dessertes vers Douala (Cameroun) et Libreville (Gabon), annoncées en grande pompe fin 2024 puis reportées au premier trimestre 2025, demeurent suspendues. Selon le site spécialisé AeroRoutes, la compagnie a retiré ces lignes de son programme estival 2025, repoussant une fois de plus un projet qui devait symboliser son retour en Afrique centrale. Initialement prévues à raison de trois vols hebdomadaires opérés en Airbus A320neo, ces liaisons devraient permettre à Tunisair de renforcer sa présence sur un marché aérien régional en forte croissance, encore sous-exploité par les transporteurs maghrébins.
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Cette absence prolongée dans la région s’explique par les difficultés internes que traverse la compagnie. Depuis plusieurs années, Tunisair affronte une série de turbulences managériales et financières, aggravées dernièrement par le limogeage de son PDG Khaled Chelly, arrêté en août dans le cadre d’une enquête pour corruption. Ces tensions s’ajoutent aux séquelles de la crise du Covid-19 et à un plan de restructuration socialement coûteux, ayant conduit à la suppression de 1 200 emplois et à la réduction de 10% de son réseau. Si la compagnie a enregistré en 2023 une embellie notable avec 2,4 millions de passagers transportés et 306 milliards FCFA de revenus, en hausse de 16%, elle reste confrontée à la nécessité de restaurer la confiance des investisseurs et de moderniser ses opérations avant toute expansion majeure.



