Face aux défis sécuritaires croissants dans le Sahel, la Libye et le Tchad intensifient leur coopération bilatérale. Les deux pays envisagent notamment de relancer les vols directs, interrompus depuis cinq ans en raison de la pandémie de Covid-19 et des tensions régionales. En effet, une rencontre de haut niveau s'est tenue le 5 novembre 2024 entre Bashir Trebo Aboud, Chargé d'Affaires du Tchad à l’ambassade de Tripoli, et le ministre libyen des Transports, Mohamed Salem Al-Shahoubi. Les discussions ont porté sur les moyens de renforcer les échanges commerciaux et de faciliter les déplacements entre les deux pays. Cette initiative s'inscrit dans un contexte de développement économique régional et témoigne de la volonté commune de renforcer les liens bilatéraux.
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Ce rapprochement intervient alors que les deux nations travaillent à la réalisation d'un projet d'envergure dans le secteur des transports terrestre : la construction d'une route stratégique reliant le nord de la Libye à ses voisins du sud (Tchad et Niger). Afin d'approfondir cette coopération, il a été convenu d'organiser dans les prochains jours, une rencontre entre les ministres des Transports des deux pays pour élaborer un mémorandum d'accord global sur les questions liées aux transports. Le ministre libyen des Transports a également invité son homologue tchadien à effectuer une visite en Libye pour renforcer les échanges bilatéraux.
Un éléphant blanc ?
Cependant, la reprise envisagée des lignes directes entre le Tchad et la Libye intervient dans un contexte particulièrement challenging pour les compagnies aériennes des deux pays. En effet, ces dernières sont confrontées à de multiples difficultés, notamment des dettes colossales, un manque d'avions opérationnels et des problèmes de gestion liés aux instabilités politiques.
En Libye, la situation est particulièrement critique. Les guerres civiles successives ont lourdement endommagé l'aviation civile, avec des flottes aériennes considérablement réduites et des infrastructures aéroportuaires détériorées. Selon un récent rapport consulté par Ecomatin, la compagnie nationale Libyan Airlines a vu sa flotte passer de 24 à seulement 3 avions en quelques années, entraînant une dette d'environ 1,12 milliard de dinars. Cette situation est due en grande partie à la destruction d'avions lors des conflits et à des difficultés de gestion liées à la division politique du pays. Afriqiyah Airways, l'autre compagnie nationale libyenne, fait également face à des défis similaires.
Au Tchad, la situation n'est guère plus favorable. Toumai Air Tchad, qui était autrefois un acteur majeur du transport aérien dans la région, a dû suspendre ses activités en 2012 en raison de difficultés financières. Ses successeurs ont également rencontré de nombreux obstacles les contraignant à fonctionner en dents de scie depuis 2018. Le lancement de Royal Airways, la nouvelle compagnie aérienne du pays, bien que privée, reste encore attendue.
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Il est à noter que cette volonté tchadienne de relancer les liaisons aériennes directes avec la Libye s'inscrit dans un contexte de modernisation du secteur aéronautique national. En effet, il y a quelques mois, l'Autorité de l'Aviation Civile du Tchad (ADAC), dirigée par Senoussi Hassana Abdoulaye, a signé un accord de coopération avec l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) afin de mettre en œuvre un plan directeur de développement du secteur. Parallèlement, le pays a lancé d'ambitieux projets d'infrastructure aéroportuaire, comme la construction d'un nouvel aéroport à N'Djamena et la réhabilitation de l'aéroport de Djermaya (à environ 35 km de N’Djamena) en signant un accord de construction avec la société chinoise CAMC Engineering. Ces initiatives visent à renforcer la connectivité aérienne du Tchad et à soutenir son développement économique.



