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Transport aérien : cacophonie autour du plan de relance de Camair-Co

Pendant que le Premier ministre demande de veiller à la réalisation du plan de relance de Camair-Co, la compagnie aérienne nationale, le conseil d’administration avait déjà préconisé au mois d’avril dernier, un nouveau plan de relance d’urgence, avec réduction des fréquences et des dessertes non rentables.

Publiée mercredi 29 mai 2019 à 20:32:14Modifiée jeudi 18 novembre 2021 à 12:28:33Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

Camair co ok
Finalement, on se perd en conjecture sur le plan de relance qui devrait permettre à Camair-Co, la compagnie aérienne nationale du Cameroun, de sortir de la zone de turbulence dans laquelle, elle se trouve depuis plusieurs années. En effet, au cours du conseil de cabinet tenu le 23 mai à Yaoundé, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a « demandé de veiller à la réalisation du plan de relance de Camair-Co ». L’on pourrait se demander de quel plan de relance parle-t-il précisément. Est-ce celui élaboré en 2016 par le cabinet américain Boeing Consulting, et qui prévoyait entre autres, l’apurement de la dette de l’entreprise, le redimensionnement du réseau à près de 23 destinations, la modernisation de la flotte avec le passage à 12 aéronefs et la mise en place d’un plateau technique pour la maintenance des avions sur place. D’un coût initial de 60 milliards de Fcfa, ramené récemment à 45 milliards de FCFA par l’ancien top management de la compagnie de transport aérien.

>> Lire aussi - Camair co : echec du plan de relance Boeing


Ou alors, c’est le nouveau plan de relance d’urgence annoncé lors du conseil d’administration du mois d’avril dernier, sous la présidence de l’ex-PCA, Louis Georges Njipendi Kouotou, et qui, à la faveur du décret présidentiel du 27 mai dernier, est devenu directeur général de Camair-Co, en remplacement de Ernest Dikoum. Ce plan de relance d’urgence validé l’actuel DG, prévoyait plutôt entre autres, la réduction des fréquences et des dessertes non rentables. Une décision prise en réaction de la situation actuelle de cette compagnie aérienne. En effet, le fleuron de l’aviation camerounaise connaît des difficultés financières. Camair-Co se retrouve en insolvabilité auprès des agences nationales de l’aviation civile, des compagnies d’assistance en escale et fournisseurs divers. La compagnie ne dispose plus que de deux avions opérationnels sur une flotte de six : un MA60 et un Bombardier Q400 en location. Par conséquent, le transporteur aérien n’assure plus ses vols régionaux. Sept destinations sont concernées : Abidjan (Côte d’Ivoire), Bangui (RCA), Cotonou (Bénin), Dakar (Sénégal), Libreville (Gabon), Lagos (Nigeria) et Ndjamena (Tchad). Avec en plus un personnel qui accuse des retards de salaire, Camair-Co se limite désormais au réseau domestique.

>> Lire aussi - Arrêt des vols Camair-Co en Afrique centrale et de l’Ouest


L’instruction du Premier ministre lors du dernier conseil de cabinet reste un peu floue, car ne précisant pas de quel plan de relance il s’agit finalement. Elle est intervenue après l’exposé du ministre des Transports, devenu par ailleurs président du conseil d’administration de Camair-Co, à la faveur du même décret présidentiel du 27 mai 2019, sur la stratégie d’amélioration de l’offre de service dans le secteur aérien, routier, maritime, et ferroviaire. S’agissant du sous-secteur aérien, Ernest Massena Ngalle Bibehe a indiqué que « les actions menées se rapportent […] à la mise en œuvre du plan de relance de Camair-Co, en dépit des difficultés d’exploitation que le gouvernement s’emploie à résorber ». Comment comprendre le problème Les observateurs s’interrogent sur les changements de fauteuil répétitifs aux commandes de L’ « Etoile du Cameroun ». La crise à la Camair-co est loin d’être « managériale ». Ils évoquent de préférence une « défaillance systémique » tout en estimant que l’arrivée de nouvelles personnalités à la direction générale ne pourrait véritablement pas faire bouger les lignes. Parmi ces défaillances, l’on cite : le ministère des Transports, l’Autorité aéronautique, les transporteurs aériens, les gestionnaires des aéroports, les gestionnaires des espaces aériens, les prestataires de services et les sous-traitants. Pour Fidèle Manga Fouda, ancien pilote et cadre à l’Autorité aéronautique du Cameroun, « ce système est vivant mais se porte mal dès lors que l’une des composantes peut être malade du fait des autres ». Il compare ce système à une table à quatre pieds dont l’un des pieds se rabougrit jour après jour au détriment des autres. Toujours selon l’ancien pilote, l’Autorité aéronautique a un rôle capital dans le fonctionnement de Camair-Co. « Je me suis souvent posé la question de savoir si cette structure est consciente des charges financières qu’elle fait supporter à la compagnie de manière directe et indirecte. L’Autorité aéronautique ne s’est jamais souciée de ce que peut coûter à la compagnie la mise en œuvre d’un nouveau règlement et surtout quand celui-ci est une copie d’un pays plus aéronautiquement développé que le Cameroun ».

>> Lire aussi - Camair co : pas des fonds pour la location d’un aéronef


Que ce soit l’Autorité aéronautique, ADC ou Asecna, ces structures sont des prestataires de services auprès des quels Camair-Co a des dettes d’exploitation. Ce qui mérite d’être relevé, précise l’expert, c’est que la seule structure qui prend un risque financier pour enrichir les autres est bel et bien la compagnie nationale. Après avoir préparé un vol à coup de millions FCFA, Camair-co, sans rien gagner pour avoir transporté un seul passager sur ce vol, doit tout de même s’acquitter des taxes et redevances des trois prestataires suscités.

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