Le Cameroun fait face à une menace économique majeure : la redirection des flux commerciaux tchadiens vers le port de Bata, en Guinée Equatoriale. En 2023, environ 2,2 millions de tonnes de marchandises destinées au pays de Toumaï ont transité par les ports de Douala et Kribi, générant des revenus considérables pour le Cameroun, a appris EcoMatin. Cependant, avec la décision du Tchad de délaisser ce corridor historique, les ports camerounais devraient enregistrer des pertes annuelles colossales, non sans impacter le rôle du pays comme hub logistique en Afrique centrale.
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En effet, selon des données dévoilées lors du 4ème Forum tripartite Cameroun-Tchad-RCA, tenu du 9 au 11 janvier 2024 à Kribi, les douanes camerounaises estiment à plus de 350 milliards de Fcfa, les recettes générées par le transit des marchandises tchadiennes au Cameroun chaque année. Désormais, les marchandises destinées au Tchad seront directement orientées vers le port de Bata, réduisant le Cameroun à une simple voie de transit terrestre et privant le pays de ces précieuses recettes.
Le choix du port de Bata
Le Tchad justifie cette redirection par les nombreuses entraves rencontrées sur le corridor Douala-Kribi-N'Djamena. Parmi elles, des tracasseries administratives fréquentes et des lenteurs portuaires significatives etc. A cela s’ajoute la recrudescence de la corruption, rendant l’expérience des chargeurs plus complexe et coûteuse. Ces problèmes, maintes fois dénoncés lors de forums régionaux, augmentent les coûts logistiques, impactant directement les prix des marchandises à N'Djamena. « Il est temps que les tracasseries prennent fin sur les corridors de transit, a déclaré Fatima Goukouni Wedeyye, ministre tchadienne des Transports. le Tchad est dans une dynamique de diversification de ses corridors, il lui revient donc de choisir les ports offrant le plus de facilités aux chargeurs ».
Une opportunité pour l’intégration régionale
Si cette réorientation constitue une perte pour le Cameroun, elle offre une opportunité de stimuler la concurrence portuaire dans la sous-région Cemac. Le port de Bata, bien que de capacité modeste (6,5 millions de tonnes par an), s’impose par sa fluidité administrative et sa politique tarifaire compétitive. Ces atouts en font une alternative crédible face aux ports de Douala et Kribi, aux capacités respectives de 12 et 10 millions de tonnes annuelles. Ce bouleversement pourrait inciter les acteurs portuaires régionaux à repenser leurs stratégies. Pour le Cameroun, ce défi est aussi une opportunité : celle de réinventer son modèle logistique, de réduire les tracasseries administratives et diversifier l’offre de services logistiques pour répondre aux besoins des pays enclavés comme le Tchad et la RCA.
Rappelons que l’accord de transit entre le Tchad et la Guinée Equatoriale a été signé le 13 décembre 2024 pour une durée initiale de cinq ans renouvelables. Il permet au pays de Toumaï d'accéder aux infrastructures portuaires modernes de la Guinée Equatoriale, notamment le port de Bata, qui s'affirme comme un hub logistique régional selon le classement 2023 des ports les plus compétitifs au monde, publié par la Banque mondiale et Standard & Poor’s Global Market Intelligence qui le place au deuxième rang en zone Cemac.










