Le cycle Oramah touche à sa fin. Après dix ans à la tête de la Banque africaine d'import-export (Afreximbank), Benedict Oramah s’apprête à passer le relais. Lors de l’Assemblée générale annuelle organisée à Abuja cette semaine, un nom revient avec insistance, celui du Dr George Elombi. Ce haut cadre camerounais, juriste de formation et pilier institutionnel de la banque depuis près de trois décennies, est pressenti pour devenir le prochain président de cette puissante institution panafricaine.
Cette transition intervient à un moment charnière pour Afreximbank, alors même que Fitch Ratings a récemment abaissé sa note de crédit à "BBB-", à un cran du niveau spéculatif. La principale critique ? Un ratio de prêts non performants jugé trop élevé (7,1 % selon Fitch, contre 2,44 % selon la banque elle-même) et des doutes sur la solidité du dispositif de gestion des risques, notamment face à l’exposition croissante aux dettes souveraines de pays fragiles comme le Ghana, la Zambie ou le Soudan du Sud.
Un héritage en demi-teinte pour Oramah
Nommé président en 2015 après avoir rejoint la banque en 1994, Benedict Oramah a profondément transformé Afreximbank. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les actifs de l’institution ont grimpé à 40 milliards de dollars en 2024, avec un bénéfice net flirtant avec le milliard. Afreximbank s’est imposée comme une centrale de financement incontournable pour les économies africaines, notamment dans le commerce intra-africain et les réponses aux chocs économiques.
Lire aussi : La BDEAC obtient 65 milliards FCFA d’Afreximbank pour financer des projets dans la CEMAC
Mais cette ascension a un revers : l’accumulation de prêts à des États à la solvabilité incertaine, et une stratégie de croissance jugée parfois trop agressive. Fitch, mais aussi d’autres observateurs, appellent à une refonte du modèle, notamment dans l’appréciation des risques souverains et la qualité des garanties.
George Elombi : le profil de la continuité et de la rigueur ?
Francophone et originaire du Cameroun, George Elombi incarne à la fois la continuité et une forme de recentrage stratégique. Titulaire d’un LL.M. et d’un doctorat en arbitrage commercial international de l’Université de Londres, il a enseigné à l’Université de Hull au Royaume-Uni avant de rejoindre Afreximbank en 1996. Depuis 2015, il occupe le poste de vice-président exécutif, en charge de la gouvernance, des services juridiques et de la conformité institutionnelle.
Ce parcours témoigne d’une grande connaissance des rouages de l’institution et d’un engagement fort pour la régulation et la transparence. Son profil contraste avec l’approche plus commerciale et expansionniste qui a caractérisé les deux mandats d’Oramah. Son élection pourrait ainsi ouvrir la voie à une nouvelle ère, marquée par davantage de rigueur dans la gestion des risques, sans pour autant freiner l’élan panafricain de la banque.
Lire aussi : Notation de crédit : un organisme de l’Union Africaine critique la décision de Fitch sur Afreximbank
Précisons que la désignation du prochain président d’Afreximbank repose entre les mains des actionnaires réunis à Abuja. Il s'agit des États africains, institutions financières régionales et internationales répartis entre les classes A, B, C et D. Le mandat à la tête de l’institution est de trois ans, renouvelable. Créée en 1993, Afreximbank repose sur un statut supranational qui protège ses financements via des clauses de dette souveraine dite "préférentielle". Ce bouclier juridique n’a cependant pas suffi à dissiper les doutes sur la solidité de son portefeuille de prêts, ce qui pourrait peser dans le choix du successeur d’Oramah.








