elite_capital-15-09-2026
Breaking News
Chargement des breaking news...
Breaking News
Chargement des breaking news...
App Logo
Magazine
    Bientôt disponible...
Je m'abonne
App Logo
MagazineJe m'abonne
Je m'abonne
Business et Entreprises

Alain Fonin : « le Cameroun doit instaurer un cadre foncier attractif pour relancer la production nationale d’huile de palme »

A l’heure où les raffineries d’huile se multiplient au Cameroun mais que la matière première manque cruellement, les risques de déséquilibre se font pressants. Alain Fonin, associé-gérant de Fonin Capital Advisory à Douala, revient sur les failles du modèle actuel et propose un plan de reconstruction.

Publiée lundi 17 novembre 2025 à 15:51:48Modifiée lundi 17 novembre 2025 à 15:51:51Temps de lecture 6 minPar Cedrick JIONGO

WhatsApp Image 2025-11-17 à 14.47.51_4c689212
Alain Fonin, associé-gérant de Fonin Capital Advisory à Douala

Le Cameroun investit massivement dans le raffinage de l’huile de palme, alors que la production locale reste insuffisante. Quelles sont selon vous les contraintes liées à la production de l’huile de palme brute ?

La production d’huile de palme au Cameroun fait face à une série de contraintes structurelles. D’abord, la faible productivité des plantations, due à l’usage de variétés peu performantes et à des techniques culturales dépassées, maintient les rendements bien en dessous des standards asiatiques (moins de 3 tonnes d’huile brute à l’hectare contre plus de 6 en Malaisie). À cela s’ajoute le vieillissement des palmeraies, industrielles comme villageoises, dont beaucoup dépassent l’âge optimal de production.

Les difficultés d’accès au foncier et les litiges récurrents avec les communautés locales freinent également l’expansion de nouvelles plantations. Sur le plan financier, les banques restent frileuses : elles jugent le palmier à huile risqué en raison de son long cycle de production, du manque de garanties foncières et des contraintes environnementales qui découragent certains bailleurs. Le secteur demeure en outre dépendant des importations, car la production locale ne couvre pas les besoins des raffineries, exposant ces dernières aux fluctuations du marché mondial. Enfin, la forte régulation du secteur par des quotas d’importation et d’achats auprès de la Socapalm, combinée au contrôle administratif des prix sur le marché intérieur.

Lire aussi : Huile de palme : au Cameroun, 4 nouvelles raffineries dans le pipe malgré une pénurie de matière première

Au niveau des importations, les raffineurs sont également confrontés aux capacités limitées des fournisseurs (Gabon, Libéria, Côte d’Ivoire…) pour lesquels ils bénéficient des droits de douane préférentiels, ce qui impose de fait la mise en place d’un mécanisme de quota par lesdits fournisseurs étrangers.

Au niveau des exportations, la crise sécuritaire dans la zone du Sud-Ouest ne permet pas de garantir qu’une partie de la production ne soit pas frauduleusement acheminée vers le Nigéria. Au niveau des raffineurs, après avoir effectué des investissements conséquents dans l’outil de production, il se pose également chez certains d’entre eux un problème de capacité financière pour mobiliser la matière première au bon moment.

Pensez-vous qu’il faille réformer le mécanisme des quotas ? Et comment garantir une répartition plus équitable de la matière première entre les opérateurs ?

Les quotas doivent être corrélés aux capacités installées et attribués de façon à maintenir un équilibre entre l’optimisation des taux d’utilisation des usines de raffinage, l’absorption totale de la production locale d’huile de palme brute, et la satisfaction des consommateurs.

Je pense que le mécanisme des quotas doit être renforcé par la mise en place un système d’information permettant de publier en temps réel des données fiables sur production de SOCAPALM, CDC, PAMOL, ainsi que la répartition aux acteurs ; les chiffres sur la production réelle de toutes les raffineries ; les chiffres sur la production des unités de presse semi-industrielles et artisanales. Egalement des audits indépendants des capacités installées des raffineries, des répartitions et de l’utilisation des quotas. Cela permettra d’avoir un niveau d’assurance plus élevé sur la transparence du processus et d’obtenir des données fiables visant à optimiser les prises de décisions de toutes les parties prenantes.

Les raffineries actuellement tournent à moins de 50 % de leur capacité. Ne risque-t-on pas de tomber dans une situation de surcapacité de raffinage avec les unités qui arrivent ?

Non, le Cameroun ne risque pas une surcapacité de raffinage. La demande en huile de palme raffinée reste en forte croissance, portée par la démographie, l’urbanisation et l’essor de l’industrie agroalimentaire. Le marché intérieur absorbe déjà une part importante des volumes produits, tandis que les pays voisins (Tchad, Centrafrique, Congo ou Guinée équatoriale) dépendent largement des importations pour couvrir leurs besoins. Il faut également noter l’attrait des produits dérivés issus des industries apparentées à l’huile de palme telles que les margarines, les pâtes à tartiner, les savonneries, les produits cosmétiques, etc.

En réalité, le défi du Cameroun n’est pas la surcapacité, mais le déséquilibre entre l’amont et l’aval. Troisième producteur africain derrière le Nigeria (1,4 million de tonnes) et la Côte d’Ivoire (600 000 tonnes), le Cameroun dispose d’atouts agroclimatiques solides et d’investissements prometteurs. Pour autant, l’enjeu principal reste l’amélioration des rendements agricoles et le renforcement des capacités amont afin de garantir un approvisionnement régulier et durable aux raffineries.

Quelles mesures prioritaires recommanderiez-vous aux pouvoirs publics pour réduire le déficit de production et garantir la durabilité de la filière ?

Pour réduire le déficit de production et renforcer la durabilité de la filière, les pouvoirs publics doivent agir sur deux fronts. En amont, la priorité est d’accroître de façon significative la production nationale de l’huile de palme.

Cela passe par la création d’un cadre foncier incitatif permettrait aux investisseurs de sécuriser les terres et d’accroître les superficies cultivées, la diffusion de plants hybrides à haut rendement, la réhabilitation des palmeraies vieillissantes, et la promotion de pratiques agricoles durables. Il est également nécessaire d’encourager la contractualisation entre planteurs, producteurs d’huile de palme brute et raffineurs, afin de faciliter l’accès au financement pour les petits exploitants. En aval, il s’agit de mieux réguler le marché. L’État gagnerait à renforcer la transparence et équité d’attribution des quotas d’importation avec un système d’information et des audits indépendants, à lier toute création de raffinerie à un investissement amont dans la production d’huile brute.

Le développement des marchés régionaux d’exportation, la mise en place d’un système de notation des huiles « villageoises », combiné à une hausse des investissements dans la recherche et l’innovation, renforcerait la compétitivité globale de la chaîne de valeur. Enfin, il est urgent d’accélérer la mise en œuvre effective du Projet de Développement des Chaînes de Valeur Agricole, financé à hauteur de 50 milliards FCFA par la BAD et l’État, dont les retombées dans la filière palmier à huile restent encore limitées sur le terrain.

  • Accueil
  • Business et Entreprises
  • Alain Fonin : « le Cameroun doit instaurer un cadre foncier attractif pour relancer la production nationale d’huile de palme »
huile de palme
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

Gregory ClercBusiness et EntreprisesCastel : Romy Castel gagne une étape judiciaire à Singapour, Grégory Clerc reste DG du groupeRomy Castel vient d’obtenir de la justice singapourienne la reprise en main du conseil d’administration d’IBBM, la société qui gère le fonds détenant indirectement les actifs du groupe. Mais Cassiopée, holding de tête du groupe, et DF Holding, sa holding opérationnelle, affirment qu’un processus était déjà engagé, avant cette décision, pour remplacer IBBM par un nouveau gestionnaire indépendant déjà sélectionné.il y a 2 joursEpremiumLa Distillerie du CongoAgro-industrieCongo : l’État acquiert 15 % de la distillerie de Somdia et lui accorde l’exclusivité du marchéL’État congolais s’est invité au capital de La Distillerie du Congo, portée par Somdia et Saris-Congo, avec une participation de 15 % valorisée à 1,245 milliard de FCFA. la filiale de Somdia bénéficie parallèlement d’une exclusivité nationale pour la production et la commercialisation des alcools alimentaires.il y a 2 joursEpremiumDesign sans titre (60)Business et EntreprisesCasinos : le français Partouche crée une filiale au Congo, avec un capital de 150 millions FCFA Le casinotier français poursuit son expansion sur le continent. Après l’ouverture de Cotonou en 2025, Partouche vient de créer une filiale au Congo, installée au Kempinski Hotel de Brazzaville et confiée à Lukas Sawicki, déjà aux commandes de ses activités béninoises. il y a 3 joursEpremiumWhatsApp Image 2026-10-01 at 16.28.03Business et EntreprisesCameroun : le retour inattendu de Viettel Global dans la bataille pour NexttelDepuis 2018, Viettel Global Investment et Bestinver Cameroon, le véhicule du milliardaire Baba Ahmadou Danpullo, se disputent devant plusieurs juridictions pour le contrôle de Nexttel; un opérateur qui a presque disparu sur le marché mobile aujourd’hui dominé par Orange et MTN. À l'approche du renouvellement de sa licence, le groupe vietnamien affirme rester « engagé au Cameroun ».il y a 3 joursEpremiumfabBusiness et EntreprisesCameroun : Icrafon (famille Noutchogouin) renoue avec les bénéfices après deux exercices dans le rougePour le fabricant de produits plastiques, ce retour dans le vert intervient malgré une chute de près de 54 % de son chiffre d’affaires et sur fond de profonde restructuration financière.​il y a 3 joursEpremiumCapture d’écran 2026-10-01 à 14.09.01Business et EntreprisesAutomobile : CFAO Mobility accroît ses revenus de 33 % dans la CEMAC malgré l’offensive des marques chinoisesDistributeur historique de Toyota, Peugeot ou encore Suzuki en Afrique centrale, CFAO Mobility conserve une solide dynamique commerciale dans la CEMAC. Une performance réalisée alors que les marques chinoises multiplient les offensives sur le marché du véhicule neuf, notamment grâce à des prix particulièrement compétitifs.il y a 3 jours

Articles similaires

les importations grimpent certes, mais peinent toujours à répondre à la demande locale (c) CuisineAZConjonctureCongo : plus de 111 milliards de FCFA dépensés en trois mois pour importer viandes, poissons, huile de palmeUne facture qui illustre la dépendance alimentaire persistante du pays, malgré les programmes engagés pour développer la production locale.il y a 5 jours
Actuellement en kiosque

Les plus lus

1Banques : Afriland constitue son nouvel état-major pour la conquête de l’Afrique centraleil y a 2 jours2Gabon : avec 1 064 milliards de FCFA de dette, six entreprises publiques inquiètent la Banque mondiale il y a 4 jours3Pétrole : pourquoi un baril rapporte 31 dollars au Gabon contre 90 dollars au Camerounil y a 3 jours4Yvon Sana Bangui prend la tête de l’Institut chargé de préparer la future Banque centrale africaine il y a 5 jours5Cameroun : l’actionnaire majoritaire de Camrail cumule 300 millions FCFA de pertes depuis 2019il y a 2 jours6Cameroun : l’État mobilise 300 millions FCFA pour amorcer le lancement d'un Institut professionnel de la microfinanceil y a 1 semaine7Cameroun : le bénéfice net de PlaYce tombe à son plus bas niveau depuis son ouvertureil y a 5 jours8Cameroun : le projet ferroviaire avec la RCA permettrait à Kribi de capter 5 % du commerce mondial de minerai de feril y a 4 jours9Cameroun : le retour inattendu de Viettel Global dans la bataille pour Nexttelil y a 3 jours10Tchad : les demandes d’e-Visa bondissent de moins de 10 à plus de 100 par jouril y a 3 jours
📧

Newsletter EcoMatin

Recevez notre briefing économique quotidien directement dans votre boîte mail

Analyses exclusives • Décisions économiques • Afrique centrale

App Logo
Je m'abonne
MarchéCotationBoursesFondsMatières premièresConvertisseur
AbonnementsMon compteMes abonnementsNewslettersArticles achetés
ServicesConditions généralesPolitique de confidentialitéPolitique en matière de cookiesContact & Suggestions
La rédactionQui sommes-nous?Nous rejoindreNotre équipeLettre du DP
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.