Les chantiers d’infrastructures en cours au Cameroun et au Gabon érigent désormais ces pays de la Cemac en principaux pourvoyeurs de fonds pour le groupe français Rubis. Dans son rapport semestriel publié le 8 septembre 2026, l’opérateur international d'énergies révèle que la marge brute de sa division bitume a atteint 70 millions d'euros, contre 45 millions au premier semestre 2025 (+54 %). Cette dynamique est directement alimentée par la commande publique dans ses marchés clés. « Les activités bitume ont été particulièrement dynamiques au Sénégal, au Cameroun, au Liberia et au Gabon, ainsi qu’en Afrique du Sud », précise le document.
Concrètement, les volumes mondiaux commercialisés par l'entreprise ont bondi de 288 000 m³ à 415 000 m³ d'une année à l'autre. Bien que Rubis ne détaille pas les quotas par pays, cette croissance s'explique par l'approvisionnement soutenu des chantiers structurants en Afrique centrale, combiné à l'exploitation de sa nouvelle plateforme logistique en Europe. Au Cameroun, le distributeur approvisionne notamment des géants du BTP comme Razel (chantier Yaoundé Cœur de Ville) ou des entreprises locales comme Buns. Une forte demande qui met en exergue le profond déficit de production locale, obligeant ces États à recourir massivement aux importations.
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Cette surperformance tire l'ensemble des indicateurs financiers du groupe vers le haut. L'excédent brut d'exploitation (Ebitda) de la zone Afrique a ainsi grimpé de 33 % en glissement annuel, passant de 90 à 122 millions d’euros, propulsant l’Ebitda global de Rubis à 434 millions d'euros (+15 %). Fait inédit : jamais auparavant le groupe français, implanté au Cameroun depuis 2019, n'avait cité le Cameroun et le Gabon comme de tels moteurs de rentabilité. Pour capitaliser sur cette manne, la multinationale s'appuie sur ses filiales Eres Cameroun et Eres Gabon. Depuis son expansion dans l'importation de bitume prêt à l'emploi en janvier 2023, le dépôt de Douala – doté d'un parc de 400 bitu-conteneurs – fournit jusqu'à 40 000 tonnes métriques annuelles et dessert désormais le Tchad, la RCA, la Guinée équatoriale et le Congo.
Rubis consolide ainsi son hégémonie dans une sous-région où l'alternative industrielle locale peine à voir le jour. En effet, le projet d'usine de bitume de Kribi, porté par All Bitumen Cameroon (dont l’État détient 15 % du capital depuis avril 2025), accumule les retards. Initialement annoncé en 2022 pour un démarrage début 2025, le chantier est repoussé à 2028 selon le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029. Ce complexe, réalisé en partenariat public-privé avec un budget réévalué à 176 milliards de FCFA, vise une livraison en 2029 pour produire 250 000 tonnes de bitume et 230 000 litres de diesel par jour. D'ici là, le marché de l'or noir routier reste largement dominé par les importateurs.
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