Les états financiers 2025 de la Société nationale des mines (Sonamines) permettent d'estimer à environ 54,5 kg la production d'or de la société camerounaise Codias SA sur la petite mine de Colomine, située dans la région de l'Est, entre février 2023 et décembre 2025. Cette estimation repose sur les prélèvements effectués par l'entreprise publique dans le cadre du suivi des travaux de construction et d'exploitation du site. « La masse totale d'or [prélevée par l'État sur la période] s'élève à 2 726,28 grammes », indique le rapport.
Concrètement, ce volume est obtenu par extrapolation à partir du prélèvement systématique de 5 % effectué par la Sonamines sur la production de Codias au titre d'avance sur dividendes revenant à l'État. L'entreprise publique déclare avoir encaissé 2,726 kg d'or, valorisés à 178,4 millions de FCFA. En appliquant ce taux de prélèvement, la production totale de l'opérateur peut ainsi être estimée à 54,5 kg d'or sur près de trois années d’exploitation.
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Ce mécanisme de captation s'appuie sur la rigueur du Code minier de 2023, qui a consolidé le principe du partage de production pour sécuriser les recettes publiques. Selon les articles 85 et 86 de la loi minière, si le permis d'exploitation fait l'objet d'un apport en société, un prélèvement de 10 % s'applique sur la plus-value réalisée, calculé suivant les modalités de droit commun prévues dans le Code général des impôts. D’après un expert du secteur, « les 5 % perçus par la Sonamines agissent comme une avance sur dividendes pour le compte de l'État. L'État ne se contente pas d'attendre la vente du minerai pour percevoir sa part financière. Il prélève sa quotité directement en nature (en grammes ou en kilos d'or), à la sortie des installations de traitement, avant même que l'opérateur ne cherche un acheteur. » Ce barème sur la production brute, qui neutralise tout risque de sous-déclaration des volumes commerciaux, peut être applicable sur une durée de trois ans, au début du projet, mais prévoit un passage à 10 % dès la quatrième année d'exploitation.
Ces chiffres sont très éloignés du pic de production de 500 kg par an attendu dès la deuxième année. En effet, le début de l’exploitation officielle de ce gisement était prévu un an après l’octroi du permis à Codias en 2022, soit en 2023, pour une montée en puissance dès 2024. Déjà épinglée pour son incapacité à respecter ce calendrier, Codias SA a vu sa situation débattue au Parlement en décembre 2023. À cette occasion, le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, a justifié ce retard par des lenteurs dans la création de la société d'exploitation (Comincor S.A.), l'attente du décret d'indemnisation et l'acquisition en cours d'équipements de traitement en circuit clos.
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Il faut noter que ce retard d'exploitation ampute directement les recettes de l'État, qui tablait sur 1,6 milliard de FCFA de retombées par an pour ce gisement évalué à 485 045 tonnes de minerai. Au lieu d'une contrepartie estimée à 25 kg d'or annuels à plein régime, les caisses publiques n'ont capté que moins de 3 kg en trois exercices. Une situation d'autant plus alarmante pour le Trésor public que l'once d'or tutoie actuellement des sommets historiques, autour de 4 000 dollars.
Attribué en 2022 à l'homme d'affaires Bonaventure Mvondo Assam, le projet Colomine cristallise les difficultés du Cameroun à faire de la mine solide (actuellement évaluée à -1 % du PIB) le relais du secteur pétrolier en déclin.
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