Au Cameroun, à peine 39,3 % des travailleurs étrangers sont inscrits dans le fichier national en cours d'élaboration au ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop). Ces données ont été révélées par Jeanine Ngo'o Eba, directrice de la régulation de la main-d'œuvre au Minefop, lors d'une intervention sur le Poste national de la CRTV. « À l'heure actuelle, il y a au moins 60 000 étrangers sur le territoire national. Si tous ne sont pas des travailleurs, au moins la moitié doit intégrer le fichier des travailleurs. Cette moitié serait donc de 30 000. Or, le fichier national des travailleurs de nationalité étrangère en cours d'élaboration fait état de 11 800 travailleurs étrangers qui sont en situation régulière », a-t-elle expliqué.
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Ces chiffres sont révélés dans le cadre de la campagne nationale de contrôle sur l'ensemble du territoire, lancée le 22 juin dernier et qui, selon le gouvernement, vise à « assurer une meilleure régulation des flux de main-d'œuvre étrangère, préserver les opportunités d'emploi des nationaux et garantir le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur ».
Loi de finances 2023
En effet, c'est la loi de finances 2023 qui a institué un prélèvement au titre des frais de visa de travail, apposé sur les contrats des travailleurs de nationalité étrangère. Celui-ci est fixé à l'équivalent de deux mois de salaire brut pour les travailleurs non africains, et d'un mois pour les travailleurs africains, avec un abattement de 50 %. Pourtant, l'irrégularité de la main-d'œuvre étrangère persiste au Cameroun, malgré des mesures fermes annoncées par le gouvernement il y a trois ans. Début avril 2023, Issa Tchiroma Bakary, l'ex ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), accordait un délai de 30 jours aux entreprises employant des expatriés illégaux pour se conformer à la loi. Un mois plus tard, le ministère annonçait l'expulsion effective de leurs lieux de service des travailleurs en situation irrégulière.
À cette époque, les chiffres provisoires faisaient état d'environ 10 000 travailleurs étrangers, dont seulement 4 000 en situation régulière (40 %), contre 6 000 illégaux (60 %). Pour inverser la tendance, l'ancien membre du gouvernement assurait, en janvier 2024, que les pouvoirs publics avaient « pris la décision de mettre en place une structure, un cocontractant, un expert qui pendant trois ans, doit nous dire le nombre des étrangers, dire quelle est leur origine, leur capital savoir et leurs salaires ». Et pour intensifier les contrôles, Issa Tchiroma Bakary revendiquait à la même période la mise à disposition de moyens logistiques (notamment des véhicules) afin de « collecter suffisamment d'argent à mettre à la disposition du ministre des Finances pour la construction des centres de formation, etc. attendus depuis des années ».
Recettes à la traîne
D'après les données de la première session du groupe de travail interministériel chargé de la lutte contre la main-d'œuvre étrangère irrégulière, les recettes générées par les visas de travail et les pénalités sont passées de 5 milliards de FCFA en 2023 (sur 14 milliards visés) à 14,46 milliards de FCFA en 2024 (sur un objectif de 20 milliards). Pour 2025, le gouvernement visait également plus de 20 milliards de FCFA, bien que les résultats officiels n'aient pas encore été rendus publics.
La nouvelle stratégie du gouvernement, dévoilée le 11 janvier 2024 à Yaoundé, illustre les difficultés persistantes des pouvoirs publics à capter les ressources attendues de ces travailleurs étrangers, dont la plupart évolue dans la clandestinité. « Il faut mettre en place un fichier qui renseigne sur l'ensemble des étrangers qui résident dans notre pays. Jusqu'à présent, nous n'en avions pas ; c'est une anomalie. C'est pour ça donc que le gouvernement a pris la décision de mettre en place cette structure-là, un cocontractant, un expert qui pendant trois ans, doit nous dire le nombre des étrangers, dire quelle est leurs origines, leur capital savoir leurs salaires », a indiqué Issa Tchiroma Bakary à la télévision nationale, sans dévoiler l'identité de cet expert.
Pour rappel, outre les contrats de travail, ce dispositif a été étendu aux consultants et experts expatriés, tandis que les sanctions financières ont été renforcées afin de financer la formation professionnelle des Camerounais.
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