En l’espace de deux ans, AFG Bank Cameroun a profondément modifié son statut sur le marché bancaire camerounais. Longtemps considérée comme un acteur de second rang sous la bannière Banque Atlantique, la filiale du groupe ivoirien Atlantic Financial Group s’est hissée en 2025 à la deuxième place du marché des dépôts au Cameroun, derrière l’intouchable Afriland First Bank. Une progression spectaculaire qui illustre autant la montée en puissance d’AFG que les recompositions à l’œuvre dans le paysage bancaire camerounais.
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Selon les états de concordance du marché bancaire consultés par EcoMatin, les dépôts collectés par AFG Bank Cameroun ont atteint 1 196 milliards FCFA à fin 2025, contre 930 milliards un an plus tôt. En douze mois, la banque a ainsi engrangé près de 266 milliards FCFA de ressources supplémentaires, soit une croissance d’environ 29 %, près de trois fois supérieure à celle du marché bancaire camerounais dans son ensemble. Cette performance permet à l’établissement dirigé par Éric Valery Zoa de dépasser Société Générale Cameroun, dont les dépôts ont reculé de plus de 220 milliards FCFA sur la même période, à 1 008 milliards FCFA.
La banque qui a changé d’échelle
Le basculement est loin d’être anecdotique. En 2024 encore, l’écart entre SGC et AFG dépassait 300 milliards FCFA. Un an plus tard, la hiérarchie s’est inversée. La part de marché d’AFG dans les dépôts bancaires est ainsi passée de 11,1 % à 13,1 %, soit un gain de près de deux points en un an. Sur les crédits, la banque progresse également de manière significative, avec une part de marché portée de 10,1 % à 11,5 %. La vraie rupture stratégique se situe toutefois sur les dépôts. AFG Bank reste encore troisième sur les crédits derrière Afriland et SGC, mais elle s’impose désormais comme la deuxième banque du Cameroun en ressources collectées.
La bataille des grands comptes
Mais réduire cette percée à une simple collecte agressive de dépôts serait trompeur. Car derrière cette montée en puissance se cache une stratégie de changement d’échelle amorcée depuis plusieurs années. Déjà en 2024, AFG affichait des indicateurs rarement réunis simultanément dans le secteur bancaire camerounais : forte croissance du bilan, rentabilité élevée, expansion des crédits et amélioration de l’efficacité opérationnelle.
En 2025, la progression des crédits confirme cette dynamique. Les encours distribués par la banque atteignent près de 812 milliards FCFA, contre 615 milliards FCFA un an plus tôt, soit une hausse de plus de 32 %. Cette croissance provient principalement des crédits à moyen terme, passés de 295,1 à 441,3 milliards FCFA (+49,5 %), mais également des concours à court terme, qui progressent de 222,9 à 248,1 milliards FCFA.
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Le portefeuille est de plus en plus porté par les administrations publiques centrales et les entreprises privées non financières. Les crédits accordés aux administrations bondissent ainsi de 156 %, tandis que ceux destinés aux entreprises privées progressent de plus de 33 %. Des chiffres qui traduisent un positionnement plus offensif sur les financements structurés, les projets d’infrastructures et les grandes opérations corporate.
Comment AFG a capté 266 milliards FCFA de dépôts en un an
La collecte de ressources constitue probablement le signal le plus fort de cette montée en puissance. Les dépôts à terme bondissent de 184,8 à 314,9 milliards FCFA en un an, soit une progression de plus de 70 %. Les dépôts à vue restent néanmoins le principal socle de financement avec 850,3 milliards FCFA. Cette progression touche quasiment toutes les catégories de clientèle : administrations publiques, entreprises publiques, entreprises privées et particuliers. La banque semble ainsi avoir réussi à renforcer simultanément sa clientèle institutionnelle et corporate tout en consolidant sa base commerciale.
Le changement d’identité entre Banque Atlantique et AFG Bank n’a probablement pas été neutre dans cette accélération. La dynamique reste toutefois accompagnée d’un point de vigilance. Les créances en souffrance augmentent en valeur absolue, passant de 60,8 à 74,9 milliards FCFA entre 2024 et 2025. Certes, leur poids relatif dans le portefeuille recule légèrement grâce à la forte croissance des crédits, avec un taux de créances douteuses ramené de 9,9 % à 9,2 %.
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Mais dans le même temps, les provisions restent quasiment stables autour de 47 milliards FCFA. Résultat : le taux de couverture des créances en souffrance se dégrade sensiblement, revenant d’environ 78 % à près de 63 %. Pour l’instant, le sujet reste contenu. Mais il constitue le principal indicateur de risque à surveiller si la banque poursuit sa croissance rapide du crédit.
Une croissance encore très dépendante de Douala.
Autre caractéristique du modèle AFG : sa forte concentration géographique. Le Littoral concentre à lui seul environ 458 milliards FCFA de crédits et 773 milliards FCFA de dépôts en 2025. En clair, la banque reste fortement dépendante des grandes places économiques, en particulier Douala, où se concentre l’essentiel des grandes entreprises, des flux commerciaux et des opérations corporate.
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Cette concentration constitue à la fois une force et une vulnérabilité. Elle permet à la banque de rester au cœur des principaux flux économiques du pays, mais l’expose également davantage aux cycles de liquidité des grands groupes et des institutions publiques.
Une nouvelle bataille bancaire s’ouvre
L’ascension d’AFG intervient enfin dans un environnement devenu beaucoup plus compétitif. Plusieurs banques de la place multiplient actuellement les augmentations de capital afin d’anticiper le relèvement progressif du capital minimum imposé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC).
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