La créance détenue par le négociant international Trafigura sur la Société nationale de raffinage (Sonara) a été rachetée par AFG Bank Cameroun, selon les informations d’EcoMatin. L’opération, d’un montant de 18,6 millions de dollars (environ 11,5 milliards FCFA), porte sur l’intégralité de la dette due par la raffinerie publique camerounaise au trader. Elle a été formalisée par la signature, le 5 décembre 2025, d’une convention de cession totale de créances associant Trafigura PTE LTD, Sonara, AFG Bank Cameroun et l’État du Cameroun, ce dernier intervenant en qualité de parrain institutionnel. Le cabinet Jing & Partners, basé à Douala, a agi comme conseil juridique.
Contacté par EcoMatin, un porte-parole de Trafigura confirme la logique économique de l’opération. « Trafigura a récemment cédé sa créance sur la Sonara à un investisseur local. En tant que société de négoce, notre priorité demeure la fourniture d’énergie et d’autres matières premières », explique-t-il. Selon le groupe, « cette transaction permet de libérer des capitaux, que nous réinvestissons afin de soutenir l’économie camerounaise, notamment en augmentant l’offre de produits pétroliers à la Sonara ».
Trafigura précise que cette opération vise également à « mieux répondre aux besoins immédiats du pays en matière de sécurité énergétique, à travers des livraisons de carburant en temps opportun ». Le négociant souligne par ailleurs que « le partenariat avec la Sonara demeure solide » et indique qu’il « continue à fournir des produits à la raffinerie », tout en restant « engagé à soutenir la sécurité énergétique et la croissance durable du Cameroun ». De son côté, la Sonara n’a pas donné suite aux sollicitations d’EcoMatin sur les motivations de cette opération.
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Il faut noter que la cession de cette créance s’inscrit dans un mouvement plus large de restructuration de la dette de la Sonara, amorcé par l’État après l’incendie survenu à la raffinerie de Limbé en mai 2019. À la suite de ce sinistre, la Sonara s’était retrouvée avec une dette globale estimée à environ 600 milliards de FCFA envers ses traders, fournisseurs et partenaires bancaires. Pour y faire face, le gouvernement a mis en place, dès mars 2020, un mécanisme de soutien reposant sur un prélèvement de 47,88 FCFA par litre de carburant vendu à la pompe. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, ce dispositif a permis de mobiliser environ 479 milliards de FCFA au 31 octobre 2025, reversés sur les comptes de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC).
Dans ce cadre, plusieurs accords de rééchelonnement ont été conclus avec les créanciers. En octobre 2021, l’État a signé une convention de 261,4 milliards de FCFA avec un pool de neuf banques pour la dette bancaire. Du côté des traders, un premier accord a été paraphé en septembre 2022 avec Vitol pour 185 milliards de FCFA, suivi d’autres arrangements avec Pstv DMCC, Mercuria Energy Trading, Petra Energy, Addax Energy et Trafigura. La cession de la créance de Trafigura à AFG Bank Cameroun marque ainsi une nouvelle étape dans l’internalisation progressive de la dette de la Sonara par des acteurs financiers locaux.
La Sonara en phase de relance décisive
Cette opération intervient alors que la reconstruction de la Société nationale de raffinage doit entrer dans une phase décisive à partir de 2026, avec la mise en œuvre du Plan d’accélération des mesures de restructuration et de réhabilitation (PARRAS 24), adopté le 13 août et validé par la présidence de la République. Ce programme vise la reprise du raffinage sous 24 mois, avec un redémarrage de la raffinerie prévu en 2027, première étape d’un calendrier de réhabilitation et d’extension des capacités en trois phases, adossé à une perspective de Partenariat Public-Privé (PPP). Le projet s’inscrit dans la continuité de Sonara 2010, suspendu en 2019 après le double incendie ayant détruit quatre unités, et qui prévoyait notamment la distillation sous vide et l’installation d’un hydrocraqueur pour valoriser le brut local.
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