Six ans après le sinistre qui a paralysé la Société Nationale de Raffinage (SONARA), sa reconstruction s’apprête à entrer dans une phase décisive à partir de 2026 avec la mise en œuvre programmée du Plan d'accélération des mesures de restructuration et de réhabilitation. Ledit programme adopté le 13 août dernier et validé par la présidence de la République, vise la reprise du raffinage sous 24 mois (PARRAS 24). Cette initiative constitue la première étape opérationnelle d’un plan ambitieux visant à remettre l’unique raffinerie du pays en fonctionnement complet sous deux ans, tout en préparant les conditions d’une modernisation plus large à travers un Partenariat Public-Privé (PPP). Le projet SONARA 2010, suspendu en 2019 après un double incendie ayant détruit quatre unités de la société, prévoyait initialement deux phases : la distillation sous vide (phase 1) pour accroître la production et réduire le fuel-oil, et l’installation d’un hydrocraqueur (phase 2) pour maximiser la production de super, gasoil et kérosène à partir du brut local réputé trop lourd.
Au moment du sinistre, la phase 1 était déjà en service et la phase 2 contractualisée, mais suspendue en raison du sinistre susmentionné. Un audit technique post-sinistre mené par HYDRAC-CLS, puis une évaluation du site 6 ans après l’incendie par le cabinet EKIUM (elle a été livrée cette année), ont révélé que 75% des équipements sinistrés sont réutilisables, et que seuls 8% nécessitent un démantèlement complet et 17% restent conditionnés à inspection. Ces conclusions ont créé l’opportunité d’un redémarrage anticipé via le PARRAS 24, qui s’articule sur la réhabilitation des unités existantes, la conservation des installations non sinistrées, et la remise à niveau des équipes et des compétences.
Une note explicative du projet consultée par EcoMatin indique les études d’avant-projet sommaire (APS) confiées à AXENS France ont permis de définir le scope technique et financier de la reconstruction. Elles prévoient, notamment, l’achèvement de la phase 2 avec hydrocraqueur, la construction d’un second train de production pour porter la capacité à 7 millions de tonnes/an contre 2,1 millions au moment du sinistre et la conformité aux nouvelles normes AFRI 5/6 et MARPOL – il s’agit des conventions internationales qui préviennent la pollution par les navires et encadrent la gestion des déchets.
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Le budget du PARRAS 24 est estimé à 300 milliards Fcfa, contre une fourchette précédente de 111 à 278 milliards Fcfa. Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs : l’actualisation des coûts après 5 années d’inflation et d’évolution des prix des matériaux, le périmètre élargi du plan incluant les anciennes unités (15, 255, 225), quelques bacs de stockage et une stratégie d’alimentation énergétique. Cette hausse du coût de la réhabilitation s’explique également par les coûts liés à la remise à niveau du personnel, à la supervision technique, aux contrôles qualité et aux inspections, les contingences pour risques inhérents aux travaux de ''revamping'' et la première charge en matières premières et consommables.
Dans le détail, le calendrier complet se déploie en trois étapes : 2026–2027 (réhabilitation des unités sinistrées et remise en service des installations non sinistrées dans le cadre du PARRAS 24); 2028–2030 (construction de l’hydrocraqueur et des nouvelles unités pour répondre aux spécifications AFRI 5/6 et MARPOL dans le cadre de ma phase 2 SONARA 2010) ; et 2031–2035 (deuxième ligne de raffinage pour doubler la capacité et garantir la couverture du marché national jusqu’en 2050).
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Au-delà de l’aspect industriel, le PARRAS 24 aura des retombées significatives pour l’économie camerounaise. Il permettra non seulement de relancer le raffinage local, mais aussi de limiter les importations de produits pétroliers et d’assurer la préservation des emplois et des compétences locales, tout en posant les bases d’une souveraineté énergétique durable. Avec un calendrier désormais clair et un budget sécurisé sous conditions de nantissement, le PARRAS 24 fait de 2026 le véritable point de départ de la relance de la SONARA, après 6 années de stagnation. Pour mémoire, au-delà du coût de la relance de la raffinerie qui est estimé à 300 milliards Fcfa, 479 milliards Fcfa supplémentaires ont d’ores-et-déjà été sécurisés par l’Etat du Cameroun à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) pour apurer la dette de la Sonara.












