S’achemine-t-on vers la non-atteinte des objectifs fixés en termes de collecte de recettes douanières au Cameroun en 2024 après une embellie en 2023 ? La réponse n’est certes pas encore à l’affirmative à deux mois de la fin de l’exercice mais plusieurs éléments laissent déjà planer des incertitudes sur la capacité de la Direction générales des Douanes (DGD) à mobiliser les 1 094,6 millairds de Fcfa (15% du budget de l’Etat revu à 7 278,1 milliards de Fcfa, Ndlr) projetés dans la loi de finances rectificative après 1 079,9 milliards de Fcfa initialement prévus.
D’entrée de jeu, le ministère des Finances (Minfi) renseigne que le Cameroun a mobilisé 215 milliards de Fcfa de recettes douanières au premier trimestre sur un objectif de 250 milliards de Fcfa soit un échec de 35 milliards de Fcfa. En outre, les statistiques du commerce extérieur au cours du troisième trimestre, rassurent peu. En effet, d’après la DGD, le nombre de déclarations de marchandises à l’exportation a évolué de 1010 pour s’établir à 9 196 déclarations. Mais cette légère évolution a été atténuée par les déclarations de marchandises qui ont essuyé une baisse de 2 977 déclarations en glissement annuel pour s’établir à 41 370 déclarations au 3e trimestre 2024 ce qui a engendré une baisse globale de 1 967 déclarations (-3,7%) passant de 52 533 déclarations au 3e trimestre 2023 à 50 566 à la même période en 2024.
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Ces incertitudes s’accentuent au regard de la performance des principaux produits d’exportation entre juillet-septembre 2024. A titre d’illustration, le cacao en fèves a essuyé une chute du volume exporté de 15 448 tonnes (-71%) et de 10,4 milliards de Fcfa en valeur monétaire (-46%). Il en est de même pour le bois en grumes (dont le droit de sortie est passé de 60% à 75%) et le bois scié dont la valeur cumulée a régressé de près de 5 milliards de Fcfa comparé à la même période en 2023.
Impayés, fraudes….
En attendant la cloture de l’année en cours, une source interne à la Douane partage son inquiétude sur la réalisation des objectifs escomptés. « Globalement, la tendance de l’évolution des recettes douanières n’est pas bonne du tout. Il y a déjà un repli de l’activité au niveau de la situation interne et il ne faut pas s’attendre forcément d’après nos perpectives, à atteindre les objectifs ; cela va etre difficile dans notre contexte. On a déjà notre vision, on discute ces jours-ci avec le FMI. Avant cette institution de Bretton Woods, on a tenu des séances de cadrage budgétaire en septembre et qui ont conduit à revoir globalement nos perspectives», explique notre informateur.
Entretemps, le chiffres sur les recettes du second trimestre n’ont pas été publiés encore moins ceux du 3e trimestre. L’on se souvient que les mêmes sources tentaient d’expliquer la non-atteinte des objectifs du premier trimestre 2024 par la fraude, la contrebande, les crises économique et sécuritaire, etc. Les impayés de la Société nationale de raffinage (Sonara) ainsi que celles des marqueteurs étaient pointées du doigt.
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Pour sa part, le Document de programmation budgétaire alerte sur des facteurs endogènes et exogènes susceptibles d’influencer significativement la réalisation de ses missions. Il s’agit entre autres, de l’insuffisance de moyens logistiques de contrôle et de surveillance adaptés pour la lutte contre la fraude commerciale et la contrebande à l’instar des drones et des laboratoires d’analyses ; un rétrécissement de l’assiette fiscale en rapport avec la mise en œuvre des Accords de Partenariat Économique (APE), la Zone de Libre-Échange continentale africaine (Zlecaf) et les communautés économiques sous régionales (Cemac et Ceeac, etc).
Déficit budgétaire
Si l’on s’en tient aux réalisations au cours des trois premiers mois de l’année, le Cameroun se situe pas sur une bonne piste en matière de collecte de ses recettes internes pourtant censées soutenir la hausse de 533 milliards de Fcfa du budget de l’Etat dans le collectif budgétaire. La preuve, sur les 1035 milliards de Fcfa de recettes fiscales attendues , 982,9 milliards de Fcfa ont été mobilisés soit un manque de 52,1 milliards de Fcfa de Fcfa. De même, sur 202,4 milliards de Fcfa de recettes pétroliers espérées à fin mars 2024, seuls 167,4 milliards de Fcfa ont été collectés pour un déficit de 35 milliards de Fcfa. Idem en ce qui concerne les recettes non fiscales où 45 milliards de Fcfa ont été captés sur de projections 56,1 milliards de Fcfa , d’où un vide de 11,1 milliards de Fcfa. bien plus, sur 396,6 milliards de Fcfa d’emprunts et dons attendus, le Cameroun a reçu 266,3 milliards de Fcfa soit un manque de 130,3 milliards de Fcfa. Au total, à fin mars 2024, les ressources budgétaires totales mobilisées s’élèvent à 1 461,5 milliards, en diminution de 76,9 milliards (-5 %) par rapport aux prévisions trimestrielles de 2024.
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Si la courbe ne se redressait pas au cours du second, troisième et 4e trimestre et que les dépenses explosaient par rapport aux objectifs, le déficit budgétaire s’aggraverait plus qu’il est prévu. D’après le ministère des Finances, il se chiffre à 137,9 milliards contre 125,4 milliards en loi de finance initiale. N’ayant pas suffisamment de ressources budgétaires pour couvrir ses dépenses, l’Etat pourrait dans ce cas, soit faire recours aux emprunts ou tout simplement réduire les dépenses. Pour rappel, en 2023, les objectifs initialement prévus pour les recettes douanières avaient été de 1 004, 7 milliards de Fcfa. Au cours de l’année, ils ont été abaissé à 973,7 milliards de Fcfa pour tenir compte de la conjoncture internationale. Finalement, 1 022,6 milliards de Fcfa ont été mobilisés (après 901,2 milliards de Fcfa en 2022) avec un dépassement de 48,3 milliards de Fcfa sur les objectifs.








