Ce n'est forcément pas la nouvelle la plus séduisante pour Aéroports du Cameroun (ADC) qui ambitionne de vendre très bientôt des actions au public en vu d'entrer en bourse. L'entreprise publique camerounaise chargée de l'exploitation, de la maintenance et du développement des sept principaux aéroports du pays, a clôturé l'exercice 2025 avec un bénéfice net de 2,5 milliards FCFA, contre 9,2 milliards de FCFA un an plus tôt, soit un recul de 72,8 %. D'après les états financiers consultés par EcoMatin, il s'agit du plus faible résultat bénéficiaire enregistré par la société depuis la sortie de la crise sanitaire liée au Covid-19.
Après une perte de 1,9 milliard de FCFA en 2020, provoquée par l'effondrement du trafic aérien mondial, l'entreprise avait progressivement renoué avec les bénéfices, enregistrant 4,1 milliards de FCFA en 2021, puis 3,2 milliards en 2022. Les profits avaient ensuite atteint 4,6 milliards en 2023 avant de culminer à 9,2 milliards de FCFA en 2024, un niveau qui apparaît aujourd'hui comme atypique au regard de l'évolution de l'activité.
Camair-Co
Selon des sources internes aux ADC, cette baisse s'explique d'abord par un effet de comparaison. Le bénéfice record enregistré en 2024 avait été fortement soutenu par un élément exceptionnel, sans lien direct avec l'activité courante de l'entreprise. Les ADC avaient en effet pu réintégrer dans leurs comptes une provision de 28 milliards de FCFA constituée au titre de la dette de Camair-Co arrêtée au 31 décembre 2020, après que cette dette a été reprise par l'État puis refinancée sur le marché financier. Cette opération avait généré un important produit hors activités ordinaires, gonflant mécaniquement le résultat net de 2024. « En 2025, on revient à un niveau de rentabilité normal, davantage représentatif de l'activité réelle de l'entreprise », résume notre interlocuteur.
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À cette normalisation comptable s'ajoute, selon la même source, un contexte d'exploitation moins favorable. Les tensions ayant entouré l'élection présidentielle d'octobre 2025 auraient perturbé le trafic aérien pendant plusieurs semaines, provoquant des annulations de vols et un ralentissement de l'activité. Le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) avait d'ailleurs évalué à plus de 43 milliards de FCFA les pertes de recettes fiscales subies par l'économie camerounaise durant cette période.
Moderniser les infrastructures aérportuaires
Pour autant, les comptes ne traduisent pas une dégradation généralisée de la santé financière de l'entreprise. Le chiffre d'affaires est resté pratiquement stable à 36,9 milliards de FCFA, contre 36,8 milliards en 2024, tandis que la trésorerie nette a plus que triplé en un an, passant de 7,6 à 23,4 milliards de FCFA. Les capitaux propres poursuivent également leur progression pour dépasser 41 milliards de FCFA. En revanche, la rentabilité opérationnelle s'est contractée sous l'effet d'une hausse de la masse salariale et d'un renforcement des dotations aux amortissements et aux provisions, qui ont pesé sur le résultat d'exploitation.
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Créés en 1993, ADC exploite dans le cadre d'une convention de concession de 50 ans signée avec l'État en 2015, les aéroports internationaux de Douala, Yaoundé-Nsimalen, Garoua et Maroua-Salak, ainsi que les plateformes de Ngaoundéré, Bamenda et Bertoua. L'entreprise met actuellement en œuvre un plan stratégique d'investissements 2023-2027 estimé à 74,7 milliards de FCFA, destiné à moderniser les infrastructures aéroportuaires et à accompagner la croissance du trafic aérien. Dans cette perspective, elle a d'ailleurs signé en décembre 2025 un nouveau prêt de 58,4 millions d'euros avec l'Agence française de développement (AFD) pour financer la réhabilitation de l'aérogare passagers de l'aéroport international de Douala.
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