Le 16 mars dernier, une dizaine des quelque 500 producteurs de cacao de Ngoulemekong, localité située à 54 km d’Ebolowa dans la région du Sud, se sont réunis pour une vente groupée de leurs fèves. Le prix d’achat négocié avec les intermédiaires, communément appelés « coxeurs », s’est établi à 1 000 FCFA le kilogramme, soit environ 300 FCFA de moins que dans les principaux bassins de production du pays.
Les autres pour leur part ont suspendu leurs ventes depuis décembre dernier et conservent des stocks de fèves séchées en attendant que le prix reparte à la hausse.
« Ce qu’ils proposent (les coxeurs) est bien loin de la réalité. Nous avons besoin d’argent mais nous savons la valeur de nos produits. On préfère sécher ce cacao chaque jour jusqu’à ce que le prix remonte », nous a confié Gervais Ndi, un producteur de la localité.
Apres l’intercampagne les prix devraient remonter
Dans le village de Pongsolo, dans l’arrondissement d’Evodoula, à une soixantaine de kilomètres de Yaoundé, les prix sont encore plus faibles. Le prix producteur y plafonne autour de 900 FCFA le kilogramme, soit un niveau nettement inférieur à celui observé à la même période un an plus tôt.
Gallius Tsala, producteur de cacao de la zone explique que cette différence est à mettre à l’effet de la basse saison encore appelée inter campagne. Cette période s’étend de février à mai et se caractérise par une faible production.
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« Les prix sont bas parce que la production a aussi baissé et les acheteurs se sont tournés vers le café […] Je suis persuadé que les prix pourraient très bien remonter après l’inter-campagne », a exprimé M. Tsala.
En effet, au Cameroun, la période des récoltes du cacao est encore loin mais quelques cabosses ont déjà mûries, permettant aux cacaoculteurs des differents bassins de production d’effectuer des petites ventes et subvenir à leurs besoins primaires. Cependant la manne n’est plus pareille depuis plusieurs mois entraînant le fait que les producteurs Camerounais soient moins payés que leurs pairs ivoiriens et ghanéens.
Conditions climatiques défavorables
Selon Hermann Liedji, expert et analyste de la cooperative Agri-Cam qui réunit près de 1 500 planteurs, l’inégalité des prix producteurs est adossée à plusieurs facteurs. Au-delà de la baisse de la production qui limite les ventes dans les grands bassins, le climat instable (averses et inondations) n’est pas propice à la récolte et au séchage des fèves, conduisant à des conditions de ventes plus complexes pour le producteur.
« Les bassins qui produisent actuellement sont pour la plus part dans les zones marécageuses et avec les fortes pluies qui tombent prématurément, il est difficile de sécher les fèves dans ces zones là et les chances de se retrouver avec du cacao de moins bonne qualité augmentent. Donc les coxeurs facturent désormais non seulement la logistique mais aussi le séchage, le tri et la possibilité que le cacao acheté soit de mauvaise qualité tout en prélevant leurs marges », explique l’analyste.
Soutenant que le prix producteur indiqué par l’Office national du cacao et café (ONCC) est largement inférieur à ce qui était pratiqué en 2024 (5 000 FCFA/kg), ce dernier, moins optimiste, met des réserves sur un possible retour à la hausse des prix pour les cacaoculteurs des différents bassins. « Ici ce n’est pas comme en Côte d’Ivoire, le prix que l’ONCC affiche découle directement du cours mondial et prend en compte des caractéristiques propres à notre pays. Il est donc ambitieux d’espérer prochainement une nouvelle hausse du prix du cacao, vu la tendance du marché international du cacao », indique t-il.
Pour rappel, le cacao Camerounais s’échange sur les bourses européennes (London Stock Exchange et Euronext) et dépend essentiellement des spéculations faites sur ces places boursières. Ainsi les producteurs locaux ont fortement profité de la flambée du cours du cacao lors que celui-ci a atteint 12 000 dollars la tonne en mi 2024. Aujourd’hui, la tendance est à la baisse avec des contrats fermes conclus à 3 285 dollars US la tonne de fèves selon Trading Economics.
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