Alors que la Société de développement et d'exploitation des productions animales (Sodepa) vient d'enregistrer une quatrième année consécutive de pertes, un autre indicateur illustre les difficultés structurelles auxquelles reste confrontée l'entreprise publique camerounaise. En 2025, ses charges de personnel ont atteint 2,13 milliards FCFA, en hausse de 6,4 % sur un an, selon les états financiers certifiés. Ce montant représente près de 97 % de son chiffre d'affaires annuel (2,2 milliards FCFA) et près de trois fois sa valeur ajoutée (739,8 millions de FCFA), c'est-à-dire la richesse effectivement créée par l'entreprise au cours de l'exercice. Au final, la Sodepa a clôturé l'exercice sur une perte nette record de 2,13 milliards de FCFA, contre 1,49 milliard un an plus tôt.
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Les notes annexes montrent pourtant que la société ne présente pas un effectif exceptionnellement élevé. Au 31 décembre 2025, elle employait 865 salariés, dont 658 techniciens, agents de maîtrise et ouvriers qualifiés, 172 techniciens supérieurs et cadres moyens et seulement 35 cadres supérieurs. Rapporté aux effectifs, le chiffre d'affaires de la Sodepa ressort ainsi à environ 2,54 millions de FCFA par salarié et par an, tandis que les charges de personnel atteignent 2,46 millions de FCFA par employé. Autrement dit, chaque salarié génère en moyenne à peine davantage de revenus que ce que coûte sa rémunération à l'entreprise, avant même la prise en compte des achats, de la maintenance, du transport, des amortissements ou des autres charges d'exploitation.
Cette faible création de richesse est accentuée par les difficultés de gestion relevées par le commissaire aux comptes. Dans son rapport, celui-ci attire l'attention sur l'activité d'achat-revente de bétail, qui a généré 427,8 millions de FCFA de ventes pour 862,7 millions de FCFA d'achats, soit une marge commerciale négative de près de 435 millions de FCFA. L'auditeur pointe également des insuffisances dans les procédures d'approvisionnement, le suivi des pesées des carcasses et l'encaissement des ventes, autant de faiblesses qui fragilisent le contrôle interne.
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Malgré ces contreperformances, l'entreprise continue de bénéficier d'un important soutien de l'État. Les subventions d'exploitation sont restées stables à 1,3 milliard de FCFA, tandis que les subventions d'investissement inscrites au bilan atteignent désormais 12,96 milliards de FCFA, principalement grâce aux équipements financés dans le cadre du Plan d'urgence de transformation de l'élevage (Planut) et du Projet intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH). Ces financements, complétés par de nouveaux emprunts, ont permis à la trésorerie nette de rebondir à 2,04 milliards de FCFA, contre seulement 100,6 millions un an auparavant, malgré une capacité d'autofinancement toujours négative.
Le cas de la Sodepa fait écho aux constats dressés par la Chambre des comptes dans son rapport sur les entreprises à participation publique. La juridiction financière relève que, dans plusieurs sociétés publiques, les charges de personnel absorbent la totalité, voire dépassent largement la valeur ajoutée créée. Elle cite notamment le CNIC, où elles représentent 2 011 % de la valeur ajoutée, le MIDEPECAM (1 127 %), la MAETUR (387 %), la CAMPOST (125 %), la SONARA (110 %), la CRTV (105 %) et l'ANAFOR (104 %). Selon la Chambre, cette situation résulte de sureffectifs, d'un appareil de production vieillissant et d'une faible productivité, qui réduisent la compétitivité des entreprises publiques et limitent leur capacité à financer leur développement.












