De janvier à juin 2024, le Cameroun a acheté 549 900 tonnes de blé sur le marché international pour 100,1 milliards de Fcfa, représentant 4,15% du poids des importations à la période sous revue selon le Rapport sur la situation et les perspectives économiques, sociales, et financières de la nation, récemment publié par le ministère des Finances. Ce volume est en hausse de 38,8% par rapport à la même période en 2023, tandis que la facture s’est alourdie de 13 milliards en un an.
Cette dépendance accrue aux importations de blé ne s’aligne manifestement pas aux multiples actions que le gouvernement revendique dans le cadre de sa politique d’import-substitution dont le véhicule est en marche depuis 2021. En effet, le gouvernement avait annoncé des investissements de 31,42 milliards de Fcfa destinés à l’amélioration de la productivité et de la production des filières céréales (riz, maïs et blé) durant l’année 2023. Avec en plus 447 735 kg d’engrais octroyés aux producteurs des semences certifiées de ces spéculations à travers l’Institut de recherches agricoles pour le développement (Irad).
Une transition qui piétine
Plus loin encore, en juillet 2022, ce même établissement accueillait avec enthousiasme une subvention de 10,3 milliards de Fcfa ainsi que 03 champs semenciers à Wassande (45 ha pour 180 tonnes attendus), Mbang-Mboum (3 ha pour 12 tonnes de semences attendues) dans l’Adamaoua et à Bansoa dans la région de l’Ouest pour la relance de la culture du blé au Cameroun. Le Directeur général de l’Irad clamait d’ailleurs en novembre 2022 que ce financement était déjà utilisé à « bon escient » et que dans « au moins deux ans, les semences seront multipliées en grandeur nature ». Deux ans plus tard, l’Irad n’a réussi à produire que 452 tonnes de semences et 12 800 tonnes de farine locale selon le Premier ministre, soit 1,3% de la demande nationale estimée à 960 000 tonnes/an.
Ce bond des importations de blé, après un léger repli à 396 000 tonnes un an plus tôt, intervient dans un contexte où pullulent des projets de transition vers la farine locale avec notamment le lancement du Plan intégré d’import substitution agricole et halieutique (Piisah) 2024-2026 ainsi que les dizaines d’unités de transformation de tubercules de manioc en farine locale annoncées dans les 4 coins du pays pour cette même période. Selon le ministère de l’Agriculture, pour y parvenir il faudrait déjà réussir à produire 50 millions de tonnes de manioc contre à peine 19 millions actuellement. Un challenge quelque peu plus complexe que l’importation de 960 000 tonnes de blé pour satisfaire la demande locale malgré le poids de cette opération sur la balance commerciale du pays.



